‹ Œuvres diversesChapitre 92 sur 281 · DE GARDER LE SECRET · texte numérisé non relu

DE GARDER LE SECRET

Seigneur Jésus! et qui en doute que les supérieures ne soient obligées de garder le secret à leurs Sœurs, quand ce sont choses qui le méritent? car pour certaines badineries propres à dire en récréation, la supérieure n'est pas obligée à les tenir secrètes.

Mais, quand ce sont des choses de conséquence, ou que les Sœurs ne désirent pas qu'on le sache, oh ! certes, si je savais une supérieure dans l'Ordre qui les révélât, je procurerais sa déposition; et, si j'avais quelque crédit, elle serait démise, comme indigne et incapable de gouverner jamais, ne sachant pas tenir les secrets quand il est requis ; car, ôtant à ses Sœurs le moyen de découvrir leur cœur sincèrement, elle leur ôte aussi le moyen de se perfectionner.

S'il advient qu'une Sœur, ayant vu faire une faute à une autre, le dise à la supérieure, en secret, la supérieure ne doit pas dire à la défaillante : « Une telle Sœur m'a dit que vous aviez fait telle chose ; amendez-vous-en » , ains lui faire la correction selon la gravité de la chose. — Mais, si la défaillante vient à dire : Personne n'a vu faire cela qu'une telle Sœur. — Oh! [doit répondre la supérieure], contentez-vous que vous l'ayez fait, et ne vous mettez pas en peine de savoir si je l'ai vu, ou si on me l'a dit La supérieure pécherait, si elle faisait connaître aux Sœurs celles qui avertissent des défauts, bien qu'elle corrige selon que sa conscience l'oblige.

Oui, ma fille, votre maîtresse [la directrice] est obligée de vous tenir la fidélité du secret, quand ce sont des choses qui le méritent; mais, toutefois, elle peut dire à la supérieure ce que vous lui dites, quand elle juge qu'il est expédient, ou pour prendre conseil, et recevoir instruction comme elle se doit comporter en votre gouvernement; elle le peut faire, non-seulement a la supérieure, mais aussi à quelques Pères de religion, sans toutefois faire connaître à ceux-ci pour qui c'est que l'on requiert leur conseil. Voilà une fille qui a des troubles de conscience, des embarrassements, et des scrupules ; je ne me sens pas assez capable pour les lui résoudre, j'en dois conférer avec quoique Père de piété pour recevoir des lumières de lui ; mais, je dois le faire si discrètement, qu'il ne s'aperçoive point pour qui on parle, sinon que la fille le désire ; car alors il serait bon

que ce fût elle-même qui en parlât, si la supérieure le juge expédient.

Mais, si une novice avait dit quelque chose à sa maîtresse qu'elle témoignât désirer bien fort que la supérieure ne le sût pas, que faudrait-il faire? La directrice doit considérer si la chose étant dite sera à Futilité de la fille ou de la maison ; cela étant, elle le doit dire; en telle sorte que la supérieure connaisse que la novice ne désire pas qu'elle le sache; et jamais la supérieure ne doit témoigner à la novice ce que sa maîtresse lui a dit. Il y a même des occasions où la prudente maîtresse doit dire les choses en telle sorte que la supérieure ne s'aperçoive point que la novice ne veut pas qu'elle le sache, et manque de confiance envers elle. Mais si la chose est de nulle utilité, ni d'un côté ni d'un autre, la directrice n'a que faire d'en parler, et elle ne le doit pas faire. Car, à quel propos, je vous prie, irait-elle ôter la confiance à une pauvre novice de lui découvrir son cœur, pour une chose qui ne tire point à conséquence? Les maîtresses ne sauraient être trop soigneuses de donner une grande confiance aux novices, de s'adresser à elles; car c'est une partie de leur devoir, et du bonheur de la persévérance d'une novice, que d'avoir une maîtresse qu'elle aime, et dans le cœur de laquelle elle puisse, à toute heure, verser le sien, pour prendre force, lumière et haleine en son entreprise. Il est bon, quand les novices lui disent quelque chose, qu'elle pense être à propos de faire savoir à la supérieure qu'elle les porte à le dire elles-mêmes, ou bien qu'elle leur demande : Voulezvous que je le lui dise moi-même? puis se comporter comme j'ai dit.

Oui, les novices peuvent dire les bonnes choses que la maîtresse leur a dites au noviciat, comme serait leur défi, pratique des vertus, et entreprises dévotes, sans qu'elles contreviennent au Directoire. Je n'agrée pas que l'on fasse les renchéries de ces petits biens; une pauvre Sœur en pourrait tirer bien du

profit, quoiqu'elle ferait mal d'interroger, par curiosité, une novice. Après avoir dit les bonnes choses, celle-ci doit se taire e1 dire humblement que le Directoire ne lui permet pas de diiv outre chose.

Je voudrais, quand nos Sœurs viennent rendre compte, qu'elles eussent toutes leurs petites affaires prêtes, pour les dire tout d'une suite, et après la supérieure dit ce qu'elle veut. Il ne faut point tant dire de petites chosettes qui ne servent à

rien, mais : J'ai souvent fait telle faute je suis sujette à.

dire des paroles inutiles j'ai sept ou huit fois suivi une telle

inclination, quand l'occasion s'en est présentée Ensuite,

dire un ou deux bons mots, une ou deux bonnes fautes particulières; puis, ajouter : 11 me semble, ma Mère, que j'ai fait

les pratiques dont j'ai eu la vue Ou bien, j'y ai manqué

J'ai été attentive à faire ce que Votre Charité m'avait dit le mois

passé et en dire deux ou trois pratiques; et, après, dire

ses petites peines et comme on s'y est comporté.

Pour l'oraison, dire : Ma Mère, j'ai, ce mois, fait l'oraison

comme Votre Charité sait Je n'ai rien eu d'extraordinaire

il me semble que je me sens fort inclinée à unir ma volonté à celle de Dieu en toutes choses; je fais profit de cela. Ou bien dire : J'ai été environ huit ou quinze jours avec beaucoup de

distractions et de peines, je m'y suis comportée ainsi Mes

exercices, je les fais selon le Directoire ou bien : Je fais

les exercices avec l'occupation intérieure que vous savez ; et

de même pour le silence. Si l'on a quelque spéciale inclination, l'avouer, afin de recevoir lumière vers la supérieure comme on s'y doit comporter, et ainsi dire de suite ce que l'on éprouve pour recevoir humblement ce que la supérieure conseille, et s'en aller, tachant, tout le mois, de pratiquer ce que l'on nous a dit jusqu'à l'autre mois, et ainsi aller toujours en avançant dans les voies de Dieu,

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