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LES AVERTISSEMENTS

Mes chères Sœurs, il m'est venu une pensée, que je veux vous dire tout simplement : c'est qu'il m'est tombé en l'esprit que nous avons besoin de purifier notre intention. Je vois clairement, ce me semble, que nous ne sommes pas assez épurées, et que, de ce défaut, viennent presque tous nos manquem nts : si notre intention était bien droite, nous ne regarderions que Dieu en notre supérieure et en nos Sœurs, de sorte que nous serions simples et sincères comme un enfant, en la reddition de compte que nous faisons à la supérieure. Nous lui ferions voir avec une grande naïveté tous les replis de notre cœur, comme nos saintes constitutions nous marquent; nous aurions recours à elle avec une grande confiance, pour lui dire tout ce que nous croirions être obligées de lui dire, tant de nous que des autres, sans tant de regards et de réflexions. Nous aurions aussi une grande candeur, confiance et sainte liberté d'esprit avec nos Sœurs; nous ne nous craindrions pas tant l'une l'autre.

Si donc notre intention était pure, nous marcherions confidemment notre grand chemin, tâchant de rien faire, ni ne rien dire qui ne fût à propos ; puis nous laisserions aller tout le reste sans tant craindre et soupçonner si l'on a bien ou mal pris; si on pensera ceci ou cela; si l'on ira le dire à la supérieure; si on le redira à celle-ci ou à celle-là ; si l'on nous en avertira ; si l'on en concevra de la mésestime, que sais-je, moi? mille tracasseries, qui ne servent de rien qu'à troubler nos esprits et nous faire concevoir de la mésestime de nos Sœurs, de nous

refroidir et sécher le cœur, et être plus réservées envers elles. Quand même nous aurions dit quelque chose, ne nous en mettons pas en peine; humilions-nous doucement et laissons à la divine Providence que les Sœurs l'aillent dire, ou non ; qu'elles le disent comme il est, ou tout autrement, comme sa Bonté permettra.

Si les aides s'avertissent au réfectoire? Non, ma Sœur, ce n'est pas la coutume. Vous me demandez si, lorsqu'on a reconnu quelque Sœur se refroidir en votre endroit quand vous l'avez avertie, si vous ne devriez point ne lui plus faire d'avertissement, de peur que vous ne soyez cause des fautes qu'elle fait ensuite? Notre Bienheureux Père a répondu à cette question; car il dit, en un de ses Entretiens, qu'il ne faut pas laisser d'avertir les Sœurs, encore qu'elles commettent des défauts sur les avertissements; d'autant, dit-il, que si une Sœur fait un péché véniel sur un avertissement qu'on lui a fait, elle en évitera aussi plusieurs, qu'elle eût commis, si elle eût continué à commettre le défaut duquel on l'a avertie. Il ne faut pas aussi prendre garde si celle qu'on a avertie témoigne de la froideur. Les premiers mouvements ne sont pas à nous-même; il faut laisser passer ce jour-là, pourvu que le lendemain elle traite avec vous comme à l'ordinaire. Mon Dieu! qu'est-ce que tout cela? quel mal lui avez-vous fait? vous lui avez fait un acte de charité et un office de vraie Sœur. Vous avez observé votre règle, en laquelle rien n'a été mis en vain : c'est par l'inspiration du Saint-Esprit qu'elle a été dressée; et ceux qui l'ont dressée n'y ont rien mis, sinon ce que le Saint-Esprit leur a inspiré.

Nous craignons les avertissements, et nous ne nous avertissons pas assez fidèlement; prenons garde, mes Sœurs, nous

amassons de la crasse et de la mousse Savcz-vous de quoi il

faut avertir? Des fautes contre la Règle, Constitutions, Coutumier, et les ordonnances de la supérieure. Non, mes Sœurs, n'ayez point peur que vos avertissements ne soient bien reçus,

et qu'ils ne profitent, à vous et à celles à qui vous les faites, si vous avez soin de les faire comme il faut, avec esprit d'humilité et charité, de support et compassion. L'on sent si bien cela, et Ton connaît clairement celles qui les font de la sorte. Si c'était une chose controuvée que les avertissements, nous aurions sujet de nous offenser; quoique pourtant nous ne le devions jamais faire, ains supporter doucement cela pour l'amour de Notre- Seigneur. Comment voulons-nous l'imiter, ce divin Sauveur, si nous ne voulons pas souffrir la moindre contrariété, une petite mortification, un petit avertissement d'une faute que nous avons bien commise? Les épouses doivent être conformes à leur Epoux. Nous sommes épouses de Notre-Seigneur, qui a été tout couvert d'opprobres, de mépris, d'humiliations et souffrances, sans ouvrir la bouche pour se plaindre ou s'excuser, quoiqu'il fût innocent, voire, l'innocence même.

Vous me demandez maintenant quelle différence entre avertir la supérieure des manquements qui se commettent, et faire des rapports? J'aime cette question; car elle est bien utile, ma chère Sœur. Il faut que nous sachions que tout ce que l'on dit à la supérieure n'est point rapport. Il est bien nécessaire de lui dire les fautes que les Sœurs font; et la règle y oblige, afin qu'elle y mette ordre. Comment remédiera-t-elle à ceci ou à cela, si elle ne le sait pas? Il faut donc lui faire savoir les choses, et ce qui se passe, avec une grande confiance et simplicité, prenant garde de ne lui rien dire qui ne soit bien vrai, et de lui dire ce qu'on a remarqué sans passion, ni préoccupation d'esprit et d'intérêt, ains seulement pour observer sa règle, et pour le zèle du bien de la maison. Et qu'on ne sème point cette mauvaise semence parmi nous, de dire que l'on va faire des rapports à la supérieure; que celles qui s'en apercevront me le viennent dire; car cela est très-mal. Quoi! on pourrait trouver mauvais qu'une Sœur observât sa règle ! qu'elle fit son devoir en disant à la supérieure ce qu'elle juge lui devoir dire en conscience, pour

l'avertir des fautes qui se commettent dans le monastère, et des choses qui tirent à conséquence, afin qu'elle y remédie, et ne laisse pas prendre pied à ces défauts? Savez-vous ce que c'est de faire des rapports, mes Sœurs? C'est d'aller redire à une Sœur ce qu'une autre Sœur a dit d'elle, qui serait à son désavantage, et qui porterait à la désunion ; d'aller rapporter enfin les unes parmi les autres ce qui se fait, ce qui se dit, qui ne servirait de rien qu'à nous mortifier, refroidir la charité, et nous inquiéter et donner de la distraction : il faut éviter absolument telles imperfections qui seraient bien dangereuses et feraient bien du mal en une communauté. Dieu nous garde de ces manquements, s'il lui plaît!

Or sus, mes Sœurs, c'est assez; ayons, je vous prie, notre intention pure, comme je vous ai dit, et vous verrez que nous éviterons beaucoup de manquements, que nous croîtrons en perfection comme l'aube du jour; dans peu de temps nous nous trouverons fort avancées et attirerons les grâces de Dieu sur nous en abondance; sa douce Bonté veuille qu'il aille de la sorte et nous bénisse. Betirons-nous en paix.

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