SUR LA CONFESSION ET SUR LES AVERTISSEMENTS
11 faut que je dise un mot de la confession, si toutefois nos Sœurs me le veulent permettre. C'est que je pense qu'on se confesse comme l'on dit ses coulpes ; si cela était, les confesseurs ne sauraient pas ce que nous voulons dire : Je m'accuse de ce que je me suis arrêtée à des pensées de répugnance ; f ai dit des paroles de désapprobation. Cela n'est pas assez; il faut dire plus clairement quelles paroles ce sont. N'est-ce point une pa-
rôle de dépit, de dédain, de murmure, que vous avez dite? Il faut dire les choses comme on les a faites, sans les déguiser, ni chercher à pallier ses fautes. Il faut donc dire : J'ai fait des actes de légèreté, ou des actions légères, par un mouvement de dépit ou d'impatience ou bien, par une grande inconsidération ou précipitation j'ai commencé à dire des paroles
de murmure ou de plainte car, bien que sitôt que vous avez
dit la parole vous vous en soyez repentie, il ne faut pas laisser de vous en confesser, parce qu'il est à craindre qu'il y ait eu de la volonté; et partant, il peut y avoir du péché. Il faut donc bien regarder le consentement, car c'est ce qui fait le mal, et examiner les actions que l'on a faites par suite du consentement.
Ma fille, si vous allez dire à une Sœur qu'elle vous a bien mortifiée, vous êtes plus immortifiée qu'elle; et qui doute qu'il ne se faille confesser de cela, quoique vous vous en repentiez aussitôt que vous l'avez dit.
Il ne faut pas aller dire au confesseur : Je m'accuse d'avoir dit des paroles par suite de mon désagrément, ou de mon dépit, car ce ne serait pas faire connaître votre faute; mais il faut dire : Je m'accuse de ce que, par dépit, pour un mol qu'on m'a
dit ou pour une chose pénible qu'on m'a faite, ou qui n'était
pas comme je voulais j'ai dit une parole froidement pour
faire sentir qu'on m'avait bien mortifiée j'ai dit que je ne
demanderai plus rien, et que j'aurai besoin de beaucoup de
choses avant que j'en demande une seule et ainsi dire les
autres fautes tout simplement.
Quand je dors une partie de l'office, bien que j'aie fait mon possible pour m'éveiller, je ne laisse pas de m'en confesser; et tout de même pour l'oraison l.
Qui en cloute, qu'il ne faille se confesser, si vous avez laissé à faire quelques avertissements, et aussi si vous avez bien disputé
1 Cet entretien prouve la délicatesse de conscience de notre sainte Fondatrice, que l'esprit d'humilité portait à se confesser même d'une imperfection.
EXTRETIEJVS. 397
avant que de vous résoudre à le faire, à cause du peu d'inclination que vous y avez, ou crainte de fâcher votre Sœur; si ce n'était que vous vissiez que cette Sœur fût abattue de quelque peine ou fâcherie, et que la véritable charité ne nous tît laisser ou différer l'avertissement, ou que peut-être elle ne fera pas cela une autre fois ; alors vous ne feriez point de mal de le laisser. Mais prenez garde, que ce soit la charité qui fasse cela et non votre inclination; car, ma fille, vous n'êtes pas venue ici pour vivre selon icelle, mais pour y vivre selon la raison, la règle et l'obéissance. Si vous vivez autrement, il aurait mieux valu que vous fussiez demeurée au monde.
Et qu'avez-vous à faire, ma fille, de regarder si les autres ont plus de lumières que vous, pour connaître les fautes? Votre règle vous dit-elle que vous lassiez regard si celles qui ont plus de lumières ne font point d'avertissement? Non. — Quand vous en avez à faire, faites-les. Ma fille, nos Sœurs sont si humbles, qu'elles ne voient point les défauts des autres, ains seulement les leurs. Elles n'ont pas la lumière que vous avez pour voir les manquements que l'on fait; voilà pourquoi elles n'en avertissent pas. Il faut donc que vous, qui l'avez vu, fassiez l'avertissement, sans examiner si les autres le font ou non.
Quand nous pensons que les surveillantes ont vu la faute qu'a commise une Sœur, aussi bien que nous, nous voudrions attendre qu'elles en fissent l'avertissement, combien de temps? Deux ou
trois jours — Non pas, ma chère Sœur. Ah! je ne le ferais
pas, moi! mais si elles n'en avertissaient aujourd'hui, j'en avertirais demain.
11 ne faut pas exagérer, en avertissant, mais dire simplement ce que l'on a vu, avec support, ainsi que dit notre Bienheureux Père : Si les fautes avaient cent visages, il les faudrait prendre par le meilleur. Que si celle qui est avertie pense que l'on exagère, ou bien qu'elle n'a pas fait la faute, il faut qu'elle pense que c'est son amour-propre qui trompe et qui l'aveugle, et
que les autres ont bien plus de lumières pour connaître ses défauts.
11 ne faut pas avertir les Sœurs des manquements intérieurs, comme serait : qu'elles ont manqué à la charité, qu'elles témoignent beaucoup de curiosité. Mais, si on n'a pas donné à une malade, ou à vous, ce que vous demandiez, dites-le ainsi; ou si on s'informe souvent des nouvelles, avertissez que souvent on s'enquiert de plusieurs petites choses. Et si la Sœur a fait une mine froide, et n'a pas laissé de vous donner ce que vous lui demandiez, n'est-ce pas assez? Que savez-vous, si sa mine froide ne vient point de ce qu'elle a mal à la tête, ou de quelque autre chose qui la fâche, et qui est cause (encore qu'elle vous donne de bon cœur ce que vous lui avez demandé) de l'air mal gracieux que vous lui voyez? Que voulez-vous? c'est qu'elle a froid; soufflez-lui les doigts, pour les lui réchauffer.
Je voudrais bien que l'on fit ainsi les avertissements : « Je dis très-humblement ma coulpe, et avertis, en charité, ma Sœur Marie-Alexis et ma Sœur Anne-Innocente de ce que nous avons parlé inutilement en écrivant ce livre." — Oh! que celleslà font bien qui s'avertissent de cette sorte! Je voudrais bien qu'en telles ou semblables fautes l'on se fit la même charité.
Non, on ne doit pas avertir une Sœur, quand elle demande ses imperfections, toujours d'une même chose. Dites-vous, si l'on pourrait lui dire qu'elle a l'esprit suffisant? Oh! certes, celle qui le ferait, l'aurait bien suffisant elle-même. Ce n'est pas à vous de connaître si les Sœurs ont l'esprit suffisant; mais vous leur pouvez dire, si vous l'avez remarqué, qu'elles font, ce vous semble, des actions qui ressentent la suffisance. En un mot, il ne faut point toucher l'intérieur des Sœurs, ains dire les fautes extérieures, et ce, avec grande cordialité et non sèchement.
Si l'on peut dire sa coulpe de quelque faute, crainte d'être avertie? 0 Dieu! sont-ce là nos pratiques? Si l'on faisait de telles
fautes, et que Ton en vînt dire sa coulpe, je priverais ces Sœurs de la communion.
Je n'ai rien à dire, sur la question faite, sinon que vous fassiez attention à ce que dit le Coutumier, que Von ne se doit point plaindre, les unes parmi les autres, de ses incommodités. Cela est contraire à la perfection et contre la charité d'aller dire : Mon Dieu! ma Sœur, n'avez-vous point vu la mine que m'a fait une telle Sœur, quand je lui ai demandé telle chose? Croyez que j'aurai de grands besoins avant de m'adresser à elle. Oh!
que c'est pitié d'avoir affaire à elle — et telle autre parole
que l'on dit tout doucement, quand il nous manque quelque chose, ou qu'on ne nous le donne pas, en la façon que nous voulons, et semblables petits murmures que j'entends assez souvent. Certes, tout cela est contraire à la charité; c'est pourquoi il s'en faut amender, car à quoi nous sert cela? Celle à qui vous faites ces plaintes ne peut pas corriger la Sœur de qui vous vous plaignez, ni vous faire donner ce qui vous manque; au lieu que si vous vous adressiez à la supérieure, elle pourrait corriger la Sœur et remédier à votre mal. Mais, outre cette imperfection, vous faites encore ce mal à votre âme, qu'en vous plaignant vous perdez le mérite de la souffrance, que vous deviez cacher entre Dieu et vous.