‹ Œuvres diversesChapitre 95 sur 281 · ET LA CONFIANCE EN DIEU · texte numérisé non relu

ET LA CONFIANCE EN DIEU

La disposition que l'on doit avoir pour entrer en solitude, c'est d'y aller avec une bonne volonté et ferme résolution de se renouveler entièrement, et de bien revoir l'état de sa conscience

et tous ses manquements, afin de les confesser et de s'en bien humilier; puis il faut faire de bons propos et fortes résolutions de s'amender, moyennant l'aide de Dieu, et d'être plus fidèle à l'observance au temps à venir. Mais ce n'est pas tout : il faut si bien établir ses résolutions qu'elles soient efficaces, car elles ne serviraient de rien si nous ne les pratiquions.

Quand on voit (dites-vous, ma chère fille) qu'on a tant fait de fautes et de manquements à toutes les constitutions, on ne sait par où commencer? Mes chères filles, il s'en faut humilier, à bon escient, reconnaître notre grande faiblesse et puis dire les plus grands [manquements], car il ne se faut pas tourmenter l'esprit à les vouloir tous chercher par le menu; ains il les faut dire en gros, et s'examiner sur les Commandements de Dieu et du prochain, et puis voir les principaux devoirs de nos constitutions; si nous avons manqué à celles de l'Obéissance et de la Modestie, et ainsi de toutes les autres.

Je ne vois point que nous soyons filles d'oraison : je remarque qu'on s'attache trop à ce que l'on fait et autour de soi-même ; je ne vois point tant cet esprit de recueillement comme autrefois ; nous nous laissons dissiper à mille petites choses : à voir, à parler, à nous mêler de ce que nous n'avons que faire, et mille autres petits manquements que nous commettons, faute de nous occuper en Dieu. Je vous mets toutes surveillantes les unes des autres, pour vous avertir fidèlement des fautes que vous verrez commettre. Ce n'est pas qu'il faille être en attention pour épier et surveiller vos Sœurs ; mais de les avertir des manquements que vous leur verrez commettre, comme des défauts de support, de respect, de charité, et tous les autres manquements, desquels je désire qu'on se corrige, à bon escient. Il ne faut nullement censurer ni trouver à redire à celles qui sont plus exactes que nous, car il y en a qui sont trop libres. Il s'en trouve fort peu qui soient parfaitement exactes; tâchons cependant de les imiter, et d'aller notre chemin, comme elles, avec humilité et douceur.

Je ne vois point que nous nous appliquions assez à la pratique des vraies vertus, quoique nos Constitutions et les Entretiens de notre Bienheureux Père nous en marquent tant. Je crois bien que nous faisons attention aux principaux articles de nos règles, comme de garder le silence, d'aller à l'Office et ailleurs, quand la cloche nous appelle; mais de faire attention à l'humilité, à l'amour de notre propre abjection, à la simplicité, pour dire naïvement ses infirmités et demander ce qui pourrait soulager, comme il est marqué dans nos constitutions, c'est le point sur lequel nous devons travailler; car, voyez-vous, celles qui ne le font pas ainsi, mais disputent, perdent beaucoup de temps à penser si elles le demanderont ou non ; celles-ci manquent aussi bien à la règle que si elles n'allaient pas au chœur ou au réfectoire, quand la cloche les appelle. Mais vous dites que notre Bienheureux Père recommande de ne rien demander ni rien refuser. Or, ce qu'il dit ne contrarie point à la simplicité que nous devons avoir de demander nos petites nécessités, car il l'entend pour les choses superflues; les nécessaires et utiles selon la règle se doivent demander, il l'entendait ainsi.

Mon Dieu ! qu'heureuses sont les âmes qui ne cherchent que Dieu, qui font tout pour Dieu, qui n'ont point de soin que de s'occuper autour de Notre-Seigneur, et de se rendre attentives à son amour !

Celles qui ont leurs passions vives, et beaucoup à redresser en leur commencement, doivent penser à leurs inclinations pour y renoncer. Si elles ne voulaient rien faire que se tenir auprès de Dieu, elles ne feraient pas bien, n'étant pas encore duites au recueillement; et, ayant beaucoup de choses à mortifier, difficilement pourraient-elles toujours être occupées à caresser Notre-Seigneur; mais il faut qu'elles travaillent à se vaincre et mortifier. En le faisant, je leur conseille de se tourner souvent vers Dieu, car il serait bien difficile de le faire sans cela. Celles qui le feront marcheront des deux pieds et feront beaucoup de » 26

chemin en peu de temps. Quand on est faible, il faut tant plus jeter sa confiance en Dieu, comme faisait David, lequel disait : Mes ennemis sont en grand nombre, Seigneur, mais je vous en laisse le soin. 0 mon Dieu! que cela me plaît! Que cette parole est aimable ! Nous devrions dire de même à Notre-Seigneur, lui parlant de nos ennemis spirituels, de nos passions et inclinations, esquelles nous sommes sujettes, et en laisser le soin à Dieu, nous confiant qu'il nous assistera pour les vaincre. Plus notre misère est grande, plus nous devons nous confier en la divine Bonté.

ENTRETIEN Lï

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