SUR LA FAÇON D'ENTRETENIR SON AIDE
Quand on entretient son aide, il le faut faire avec une grande cordialité. Pour moi, si j'avais une aide, quand je l'entretiendrais, je lui dirais : Or sus, ma chère aide, comment avez-vous
passé ce mois-ci? Pour moi, j'ai été grandement travaillée de
distractions et de sécheresses Mais, mon Dieu, ma chère
aide, ne remarquez-vous point comme je suis légère et maussade, rude et peu charitable? — Oui, mon aide, devrait-elle dire, si elle l'a remarqué, mais que voulez-vous? il vous faut bien amender de cela, et encore de telle et telle chose. — Et moi, mon aide, devrait-elle dire, ne vous êtes-vous point aperçue que je ne me suis point amendée de ce que vous m'aviez avertie, et que j'étais mélancolique ou trop joyeuse? — Il est vrai, je m'en suis bien aperçue, devrait-elle répondre. — C'est que j'ai été bien tranquille ce mois, et le contentement intérieur m'a fait rire quelquefois trop haut et faire telles autres légèretés.
Si votre aide ne vous avertit point, il lui faut dire quelques fautes que vous avez faites, bien suavement, comme : Mon Dieu! noire aide, oh! que j'ai eu de peine à me surmonter en telle occasion ! — Je m'assure que vous avez vu beaucoup de fautes que j'ai faites.
Si elle témoignait un peu de froideur, sur les avertissements que vous lui faites, il le faudrait supporter, et ne lui en pas tant faire en ce temps-là, ou du moins il faudrait bien sucrer la pilule ; mais il ne faudrait pas perdre la confiance de l'avertir une autre fois, et il ne faudrait jamais lui dire : 0 mon aide î je vois bien que vous n'avez pas pris en bonne part ce que je
vous ai dit , jamais plus je ne vous oserai avertir Je
serai plus avisée une autre fois , car tout cela sèche le
cœur; mais il ne faudrait point faire semblant de le connaître, et si vous ne l'avertissez ce mois, vous l'avertirez l'autre. Si vous vous en oubliez, il n'y aura point de mal. Non, il ne se faut point confesser quand on ne surveille pas son aide; il la faut bien quelquefois observer, mais non pas au chœur, ni au réfectoire, ni tant aux autres lieux, car ce n'est pas l'intention des constitutions, non plus, que de dire si courtement : Je vous
avertis, notre aide, de ceci et de cela. . ., c'est trop sec. Il faut un peu sucrer les pilules avant de les donner et s'encourager à l'amour de l'observance, disant : Ma chère aide, faisons un défi de telle chose, afin que nous nous amendions plus fidèlement. Ce n'est pas non plus l'intention des constitutions, de prendre le quart d'heure d'après l'oraison pour s'entretenir; car, en si peu de temps, on ne peut que dire ses fautes; cela n'est pas cordial.