‹ Œuvres diversesChapitre 134 sur 169 · Strabon, Géogr., liv. XVII, ch · texte numérisé non relu

Strabon, Géogr., liv. XVII, ch

s'avancent de la Mer Rouge. A la XII* dynastie, ces derniers ont progressé, et, depuis la XVIII* dynastie, le titre de Prince de Kiish, attribué aux gouverneurs du Soudan, atteste l'importance du rôle qu'ils jouent désormais. La fondation du royaume de Napata a favorisé à nouveau l'expansion de leur race. Mais l'apparition des Nobates signifie que les Soudaniens n'ont pas desarmé, et que, si les Kushites exercent leur influence à l'est du fleuve et vers l'Abyssinie, sur les routes qu'ils ont parcourues, l'Ouest n'est pas encore à eux.

On identifie volontiers les Nobates à ces Wawa, qu'on retrouve au sud de l'Egypte pendant toute l'histoire pharaonique. Je n'y contredis pas. Tout au moins faisaient-ils partie d'un ensemble de tribus comprises sous ce nom générique, et dont quelques membres épars sont perdus au milieu des nomades, le long du Nil Blanc. En ne les suivant que là où ils ont laissé des traces de leur langue et un souvenir de leur passage, on peut, sans donner beaucoup à l'hypothèse, voir en eux une race de même type que les For, les Kundjara, etc., qui, sous les dernières dynasties égyptiennes, du Kordofan où elle avait son centre, superposée à des peuplades inférieures déjà cantonnées, comme aujourd'hui, dans les montagnes, rayonnait jusqu'à Napata, et qui, après avoir probablement substitué aux rois d'origine thébaine des princes dont les noms ont une physionomie nubienne, Kash-to, Shaba-ok, Shaba-to-ko, Tahra-ko, ressaisit, pour un long temps, au déclin du royaume d'Ethiopie, l'avantage dans la lutte pour la possession du Nil.

Les Fiadikka et les Mahas semblent avoir pris les premiers la place qu'ils occupent aujourd'hui ; éloignés des routes qui conduisent au Nil, couverts au Sud par les Denagla, protégés au Nord par les Matokkia, ils se sont maintenus plus purs.

Ainsi, à l'intérêt qui s'attache pour les spécialistes à la réunion des légendes et contes d'une race quelconque, il faut

joindre ici'celui que provoquent ces tribus nubiennes (appelons-les de leur vrai nom), qui ont eu dans le passé une action considérable, qui se sont constituées politiquement dans un pays dont Thistoire est un chapitre de Thistoire d'Egypte, et qui, par leur langue, leur origine, nous assure-ront par la suite un point de départ pour l'étude des langues et des croyances de la partie de l'humanité répandue à travers l'Afrique centrale.

Au reste, contes et légendes, c'est peut-être tout ce que nous pouvons attendre des Nubiens, en dehors des renseignements qu'ont fournis les Égyptiens, les Grecs et les Arabes. L'islamisme a fait table rase de leurs idées et de leurs souvenirs ; le régime des Kashef bosniaques et turcs ^ qui, de leurs châteaux féodaux, rançonnent les vaincus, a consommé le morcellement des Nubiens et l'affaiblissement de la vie nationale. Or, pour les races qui n'ont pas ime organisation politique ou sacerdotale solide, l'histoire n'a pas de plans, le présent s'écoule sans souci de l'avenir, et elles n'entrevoient le passé que dans un brouillard confus. N'ai-je pas entendu un rhapsode de Farreg (en face d'Ibsambul) chanter :

Hellilhellilè asiltanga Abaimhelka, birbèga FransiS'kui awaana ;

« Hellilhellilè à son origine Absimbel, le temple, Les Français ont fait »,

mettant au compte du nom le plus récent les grandeurs de tout le passé?

1 . Les alliances ont fait de leurs descendants des Barbarins pars.

Le récit auquel j'ai donné le n® I est peut-être de ceux où peut glaner l'histoire.

C'est un épisode d'une guerre entre les gens d'une localité située à 40 kilomètres au nord de Wadi-Halfa, Andan, et ceux du Faras de l'Est, habitants de l'autre rive, conté d'après la version d'Andan. Il m'a été fourni par un homme ignorant, et cependant, de tous les morceaux que je connais dans cette langue, c'est celui où la recherche de l'eiSet littéraire est la plus manifeste. Malgré les altérations infligées à l'expression par une mémoire grossière, la phrase est nerveuse, et, dans certains passages, nettement rythmée.

La scène se passe dans un pays très pauvre, nourrissant mal ses rares habitants et dont quelques ânes composent toute la cavalerie ; faut-il voir dans ce récit un souvenir des antiques combats dont Noirs et Kushites faisaient retentir la vallée ? Les Nobates devaient avoir une cavalerie importante, et le cheval dongolawi est encore un des plus estimés du Soudan, au rapport de Munziger-pacha qui en donne une description dans ses Ostctfrikanische Studien, sur le Kordofan.

Les n^* II, III, IV, V sont des contes proprement dits. Les titres écrits en tête des traductions, n'ont pas été fournis par les narrateurs ; je les ai ajoutés pour plus de commodité.

En examinant le canevas du n^ II, que j'appelle Le Fils de l'âne, on ne peut s'empêcher de songer à cette fable de Poucet que M. Gaston Paris ' a analysée dans une délicate et ingénieuse étude. Je soumets aux mythographes les rapprochements suivants :

1^ Le Fils de l'âne n'est pas ridiculement petit ; mais en revanche, son origine est non moins humble que miracu-

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