NOTICE XXXI
une intervention européenne, la déchéance du khédive, son remplacement par un khédive nouveau, Tewflk-Pacha. Une commission d'enquête avait été nommée, qui cherchait à discerner l'état réel de l'Egypte, la condition matérielle et morale de ses habitants, les ressources naturelles et industrielles du pays, ce qu'il pouvait supporter sans ruine de dette et d'impôts. Les Européens sont rares qui s'inquiètent de ces matières et qui, pendant leur séjour aux bords du Nil, se mêlent à la population indigène, ou s'informent eux-mêmes de son caractère et de ses besoins. L'arrivée au Caire d'un Français, qui, par goût, venait de passer plus d'un an dans un village perdu du Said, parlant la langue des naturels, vivant leur vie, parut aux commissaires mêlés à l'affaire une chance inespérée dont ils s'empressèrent de profiter. Et de fait, M. de Kochemonteix, moitié curiosité instinctive, moitié sympathie acquise pour ce peuple qui l'avait accueilli de son mieux, avait observé avec un soin minutieux les choses et les gens. Les fonctionnaires, qui s'étonnaient si fort de sa science en matière de sectes musulmanes, eurent bientôt occasion d'admirer la façon rapide dont il apprit les principes de leur droit et s'habitua aux procédés de leur administration. Ils avaient pris l'habitude de le consulter dans les cas difficiles qui se présentaient parfois à leur jugement, et ils avaient apprécié bien vite la finesse de sa casuistique et la sûreté de ses décisions : il savait justifier chacune des solutions qu'il leur proposait par une citation appropriée du Coran, ou par une série de considérations juridiques, empruntées d'ordinaire à l'ouvrage du général Hanoteaux et de Letourneux sur les Kabyles. Les bons bourgeois d'Edfou, .