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XXXI] NOTICE

entrâmes par l'eiemple, venaient de pins en plas lui soumettre leurs différends, et il tranchait du juge de paix sous les portiques de la grande cour. L'emploi, tout bénévole, n'était pas sans désagréments ni même sans danger, et l'arbitre avait été assiégé une fois dans un des pylônes, par une douzaine de femmes enragées dont il avait condamné les maris : tandis qu'une moitié de la population appelait sur lui les bénédictions d'Allab, l'autre moitié l'accablait d'injures dont il ne se souciait guère, et à l'occasion de pierres, ce qui le laissait moins indifférent. Du moins y avait-il gagné une connaissance profonde des mœurs et de l'organisation administrative : il savait les procédés de culture et d'irrigation, les sources de revenus et les charges qui pesaient sur les paysans, il avait été le confident de leurs plaintes et de leurs espérances. Lorsqu'il comparut devant la commission d'enquête, il en enthousiasma la partie européenne par la netteté de ses réponses, par la sûreté et l'abondance de ses informations, par la bonne humeur narquoise avec laquelle il réfutaitlesobjectionsdes membres indigènes. Peut-être aurait-il du réprimer des saillies caustiques et des réponses cruelles qui lui valurent l'inimitié de plus d'un ministre ; mais qu'on songe qu'il avait alors vingt-neuf ans à peine, qu'il était harassé de questions et de contre-questions, que parfois on mettait en doute les faits d'expérience qu'il apportait, et l'on comprendra qu'il n'ait pas été toujours aussi pleinement maître de sa parole qu'il aurait eu intérêt à l'être *. M. de Bligniëres songea dès lors

1. On trouvera les dépositions de M. de Rochemonteix et les discussions auxquelles elles donnèrent lieu dans les rapports officiels de la Commission d'enquête, publiés au Caire en 1839.

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à tirer profit poar l'administratiOD anglo-française qu'il

voulait établir de ce jeune homme si bien doué, si bien

armé, si heureusement préparé pour les fonctions publiques.

Il lai proposa officieusement d'accepter un poste important

aax domaines de TÉtat, et H. de Rochemonteix revint en

France, avec la certitude d'avoir acquis par son travail

acharné non seulement la renommée scientifique qu'il était

allé chercher à Edfou, mais une carrière qui pouvait le

mener rapidement aux situations les plus brillantes.

Dès son arrivée, il fut saisi par des affaires de famille qui lai enlevèrent le meilleur de son temps ; il dut préparer le règlement de certaines questions d'héritage, qui s'étaient posées pendant son absence et qui étaient demeurées pendantes . Sans cesse en voyage entre Paris et le Berry, il ne put pas se reposer autant qu'il aurait dû et ces fatigues nouvelles, jointes à celles qu'il avait endurées en Egypte, déterminèrent chez lui quelques accès légers des maladies qui plus tard abrégèrent sa vie. Robuste comme il l'était, il avait cru pouvoir braver la haute température d'un été de la Haute*Égypte, sans ralentir un seul instant son activité : il sortait en apparence indemne de l'épreuve, mais en réalité, il était atteint profondément. Il vit bientôt qu'il ne pourrait mener de front ses tracas d'affaires et ses occupations scientifiques, et il relégua au second plan tout ce qui lui parut pouvoir attendre sans préjudice : il renonça à publier la thèse qu'il avait présentée à l'École des Hautes- Études, il interrompit ses recherches à travers les dialectes berbères et les idiomes nubiens, il se borna à rédiger un rapport sur sa mission et à demander les fonds nécessaires à la publication des documents qu'il avait recueillis h

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