SONORES
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Voyelles : a (— *, I) ; c (muet) ( — , et même l) : é— » , ; x ( ^ '^sSY^
o,ô(— ; l; — ); d (;); tt, lï ( — , j).
On voit par cette nomenclature que la prononciation de la Tafilelt a, comme celle des Qsours plus orientaux, une tendance à écarter les aspirations recherchées dans les alphabets algériens.
t' n'est pas une intradentale comme le ih anglais; pour former cette articulation, la langue se place dans la même position que pour notre t, avec cette différence que l'arrêt n'est pas complet et qu'un souffle peut passer, de manière qu'en l'exagérant on fait entendre successivement i-^h^ puis ^«. Devant un é ou un i accentué, on entend <-+-^> ^tr iiièni (comme ar iéthéni), hat'in = hathin; après un soukoun, il résonne commQ ta : iai gisent* (iat gîaents); suivant la nature des consonnes qui l'avoisinent, il devient un t ordinaire. Cette dernière articulation ne figure dans le tableau ci-dessus que comme doublet de t\
La sonore correspondante d' n'existe plus.
(/, i se forment par les mêmes contacts que notre d et notre ^, en même temps que la bouche se dispose comme pour émettre le son d.
r est notre r dentale des provinces du Centre.
g est toujours dur.
g' ('^) que le général Hanoteau transcrit r n'est pas un trille. C est une spirante formée exactement dans la même région que le yq/" arabe, et on entend ce dernier, si l'arrêt imparfait 5^' devient ferme. C*est ce qui explique l'échange fréquent des deux articulations dans les dialectes berbères.
k' (r- arabe) est la spirante sourde correspondant à g'; elle n'existe pas primitivement dans l'alphabet de la Tafîlelt; elle n'est qu'une modification de g' au voisinage d*un'e sourde.
h est très rare. — Toutes les autres consonnes ont la même valeur qu'en français.
Les voyelles comprises dans le tableau sont brèves; les voyelles longues ont été indiquées par un trait horizontal au-dessus de la lettre : a. — d et û sont toujours brèves.
e est notre e muet. Le plus souvent, il est si fugitif qu'il n'y a pas lieu de le noter dans l'écriture.
é est notre e fermé.
o est ouvert comme dans boiie. 11 est parfois difficile de distinguer Va de l'a (ou),
ô et û prononcés comme en allemand ne sont pas des voyelles primitives. Omar ben Haoucin. qui les prononce avec netteté, les substitue presque toujours à o, ô, ô, suivis de deux consonnes ou d'une nasale.
Enfin les voyelles surmontées d'un accent, à, i, 6^ û, marquent la syllabe accentuée du mot. Dans les contes que j'ai recueillis directement, j'ai, en effet, essayé de noter l'accent tonique. Je n'y ai pas assez souvent réussi. L'accent tonique est en shelh'a un accent àUniensiié plut6t qu'un accent d'intonation; l'influence des mots voisins, l'importance que l'interlocuteur veut donner à un terme de la proposition en rendent souvent l'appréciation impossible. Â cette difficulté s'en joint une autre commune d'ailleurs à toutes les langues, et qui a causé bien des échecs à ceux qui ont entrepris la tâche délicate de noter l'accentuation de dialectes sans culture : souvent, en effet, dans un même mot, deux accents luttent pour la préséance : l'ancien accent, théorique ou d'analogie, comparable, par exemple, à cet accent grec ou latin dont les grammairiens nous ont transmis les règles, et un autre, qui prépare l'avenir et résulte presque toujours d'une tendance générale, soit à attaquer vivement les mots, soit à appuyer au contraire sur les finales \ L'arabisant d'Egypte et celui du Maroc sont, à cet égard, en opposition absolue. Le premier déplace volontiers l'accent vers la première syllabe sur laquelle il élève la voix, tandis qu'il prononce la fin du mot sur une note plus grave et plus faible; dans
sa bouche, ^^ devient hàlîr^ que le Marocain prononce bah'àr, avec un accent d'intensité sur la finale. Cette divergence influe même, dans l'usage des deux dialectes arabes, sur le choix des
formes. Ainsi l'Egyptien emploie la forme //e-« sàkn « chaud », le
1. La prononciation de la population ouvrière de Paris fournit un bon exemple de cet antagonisme : elle tend â reporter sur la première syllabe l'accent, même dans les mots où il appartient le plus nettement & la dernière.
Mograbin o^ ak'Un, Entre rt^ et rL^ signifiant également « matin », l'Égyptien préfère le premier et les Mograbins le second. Enfin tous les grammairiens de l'arabe vulgaire ont constaté chez les populations de la Barbarie une tendance à supprimer Télif initial des mots.
C'est là, il me semble, un héritage des Berbères. Ceux que j'ai entendus parler soutiennent énergiquement la dernière syllabe. Il en ressort que les syllabes ouvertes paraissent fréquemment terminées par une consonne redoublée ou suivie d'un e muet très faible. Exemple : ian gisn s'entend comme ianne gtsn.
Il me faudrait quelques développements qui trouveront mieux leur place ailleurs pour expliquer le renforcement initial de certains radicaux berbères et l'accentuation des préfixes du genre, phénomènes qui sont en contradiction apparente avec l'habitude physiologique que je signale. Je rappellerai seulement, ce qui vient la confirmer, que l'article des mots arabes adoptés en tamazig't devient le, la au lieu de el: le-makàn pour el-makàn^ le-qist
pour el-qeççha îi3l . Si donc les Berbères ont eu une part considérable dans la composition ethnique des tribus dites arabes (ils paraissent, d'après de récentes recherches et contrairement à une opinion naguère accréditée, sur le point d'en éliminer le sang arabe), peut-être doit-on attribuer aux habitudes de prononciation propres à leur race une influence décisive sur la physionomie et la formation des dialectes arabes du Magreb. J'ai insisté quelque peu sur la nature et la place de l'accent berbère, parce que cet accent spécial me semble avoir une importance non seulement au point de vue de la phonétique, mais encore au point de vue des formes et de l'ordre des mots dans la phrase. Les érudits qui étudient les Berbères sur place pourront seuls nous dire si la tendance signalée est générale.
N. B. Les mots arabes adoptés en berbère ont été indiqués en note, sous leur forme originale.