Mariette, Denderahy pi. iv
et aux objets précieux, aux vaisseaux et aux ustensiles nécessaires au culte journalier. Le fait que ces chambres sont décorées avec le même luxe et d'après les mêmes principes que les autres chambres du temple, que la lumière n'y pénètre pas, que les dédicaces gravées sur le pourtour ne diffèrent pas lie celles des sanctuaires, amène à reconnaître que, tout en étantàun point de vue des dépendances de lasalledu Lever, elles sont elles-mêmes des sanctuaires, des chambres-coffres, si je puis traduire par ce mot l'idée du prêtre, des régions idéales de l'univers égyptien, où, par l'intervention divine, s'accomplit le mystère de la création des objets qui y sont conservés dans des caisses ou consacrés, comme s'accomplit dans les chambres secrètes de la deuxième partie du temple, à l'intérieur des châsses, le mystère des régénérations divines.
C*est spécialement dans la salle des offertoires, qui fait suite à celle du Lever, qu'on amenait solennellement, avant le sacrifice, les quatre bœufs, les victimes, avec une fleur à la corne ou au cou ; c'est là qu'on dressait sur des tables les offrandes en pyramides artistement diposées. Les viandes d'animaux, les oiseaux entassés, faisaient pendant aux amoncellements de légumes^ aux jarres d'huile, de bière, de vin, aux pots de lait et de crème cuite. Autour des vases d'or et d'argent aux panses arrondies, au col allongé, ornés de têtes de gazelles, s'enroulaient les torsades defleurs, s'épanouissaient les lotus. A l'heure prescrite, les holocaustes s'allumaient, l'encens brûlait, on jetait le kyphi sur la flamme, la libation coulait, et la brise, entrant du dehors par l'enfilade des portes, chassait les fumées et les vapeurs odorantes vers les sanctuaires : les dieux se repaissaient.
La salle des Offertoires pouvait s'isoler par une porte de la salle du Lever et du vestibule central, garni d'étendards et de statues. Du vestibule on pénétrait, par le fond, dans la retraite mystérieuse du dieu éponyme et dans les chapelles de ses parèdres, par les côtés, dans les sanctuaires spéciaux des fêtes communes à tous les temples : à la gauche, c'est-à-
dire, à Test du temple, dans celui de la Nouvelle Années à Touest dans celui de Chmin, dieu de la moisson.
Chambres mystérieuses. — Le vestibule central est la limite de la partie extérieure du temple. Au delà commence « le lieu du mystère », dont Taccès n'est permis qu'à un petit nombre de pontifes, tout cet ensemble de sombres retraites où se dissimulent les dieux, et qui correspond au coffre du tabernacle décrit plus haut. Là est enfermé, dans une niche de pierre scellée du cachet royal, un ancien fétiche^ objet ou animal, devenu l'emblème secret, l'apparence préférée d'un dieu supérieur, que le Pharaon seul avait le droit de contempler. L'image habitait aussi le tabernacle figurant la cabine de la barque sacrée, dans laquelle le dieu était censé poursuivre sur le Nil céleste sa course journalière. Elle y était en sûreté : la barque, garnie de tout le matériel pour la navigation, d'armes pour le combat, manœu vrée par un équipage céleste, défendue par une garde de divinités protectrices ou par leurs étendards, défiait les embûches de l'ennemi. Autour de l'arche sainte, les parasols, les chasse-mouches étaient dressés. Sur le couvercle et les côtés, des diadèmes, des voiles, des talismans, des devises, des cartouches royaux, écartaient, par leur action prophylactique, les mauvaises influences. Enfin, dans des vases rangés au pied du socle élevé sur lequel reposait la barque, des fleurs étaient entretenues, comme gage des renaissances perpétuelles assurées au dieu, et purifiaient par leur parfum l'air qu'il respirait. Aux jours fixés par le Rituel, les portes de l'adytum s'ouvraient, des prêtres spéciaux chargaient sur leurs épaules la civière qui portait la barque, et la divinité faisait ses sorties, comme le soleil du matin, comme les âmes des défunts, vers le jour.
Châsses et barques, voilà ce qui garnissait les sanctuaires. Strabon rapporte qu'on n'y voyait point de statues \ En effet,
1. Dans les sanctuaires, la décoration des parois comprenait des images divines comme dans les saUes antérieures : mais on verra plus loin que la signification symbolique de ces images, leur rôle dans la
chaque dieu revêtait deux formes principales : celle que révélait la statue érigée dans les salles antérieures^ sa forme dans le monde lumineux, celle qui demeurait invisible aux regards profanes et se cachait dans un coffre au fond des chambres mvstérieuses. Aussi on devait fournir à toutes les divinités honorées dans un temple une statue et un coffre^ le plus souvent surmonté de têtes d'animaux, paré, comme une image, de voiles et de diadèmes qu'on variait chaque jour*.
Dans les temples de dimensions moyennes, le lieu de mystère se réduit souvent à un adytum unique dans lequel, autour de la barque du dieu éponyme, sont rangées les châsses de ses parèdres. Généralement, il se subdivise en trois sanctuaires,cons2Lcrésk chacune des trois personnes composant la triade égyptienne. Suivant le point de vue sous lequel il envisage la divinité, le prêtre pénètre dans l'un des trois sanctuaires : dans celui du milieu, il adore le dieu conçu comme le créateur dont émanent toutes les formes ; dans celui de l'est, ou du côté gauche* du temple, trône le dieu fils, qui, à l'exemple du Soleil, renaît chaque matin, le principe énergique qui lutte contre le mal; celui de l'ouest appartient à la déesse mère, le récipient où se cache la substance divine qui sera le dieu de demain, la montagne de l'Occident dans les flancs de laquelle le disque disparaît chaque soir. Ainsi, dans un temple thébain, où la triade divine se compose d'Amon, Moût et Chonsou, Amon occupe au centre le sanctuaire principal, Moût celui de droite^ Chonsou le dieu fils, celui de gauche.
protection magique du saint lieu, ne permet pas de les assimiler à ces statues de dieux que Tadorateur élève aux maîtres du temple pour leur adresser directement son hommage. Leur présence n'infirme donc pas l'assertion de Strabon. On peut en dire autant des groupes de statuettes qu'on y déposait momentanément pour rappeler un épisode du mythe local ; ce sont des accessoires du culte.