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Ton àme au ciel, ta dépouille à la terre

ricière au cultivateur, avait été un des premiers dieux adorés; bon nombre de fêtes et de rites, les mythes les plus importants du personnage d'Osiris, sont des conceptions de cultivateur et de cultivateur égyptien courbé vers la terre limoneuse, périodiquement inondée, dont il attend tout pendant la vie, dans les profondeurs de laquelle il disparaîtra, comme le Soleil lui-même, comme l'astre nocturne, après sa mort.

La décoration des murailles de la demeure des dieux avait en Egypte une importance de premier ordre. Tout ce qui était construit en pierre était couvert d'inscriptions, de tableaux, d'emblèmes rehaussés d'or et de couleurs vives avec une profusion qui déroute l'imagination ; parois, corniches, colonnes, tout était ciselé, sculpté, enluminé. Sur les grands pylônes, on apercevait de loin la figure gigantesque des dieux, le massacre des victimes humaines rappelant les victoires des Pharaons et symbolisant le triomphe divin dans cette lutte pour la vie, dont le temple est, comme l'univers, le mystique théâtre. Dans les cours, sur les murs extérieurs, les inscriptions et les tableaux composaient une magnifique dédicace du monument. De même que nous écrivons au fronton de nos édifices la formule indiquant le but et l'auteur de la fondation, de même les Egyptiens avec ces tableaux et ces inscriptions avaient pour objet de glorifier le nom du Pharaon qui faisait au dieu l'hommage du temple, de célébrer les circonstances dans lesquelles la fondation avait été faite, les victoires dont le butin avait doté le dieu et permis la construction, les cérémonies qui avaient été instituées, les constitutions de propriétés dont les redevances devaient fournir aux besoins d'un culte somptueux, enfin les fêtes obligatoires. C'est ainsi que dans les premiers temps de la vie

historique de l'Egypte, nous voyons le défunt faire graver sur les murs de la chapelle extérieure, où se réuniront ses parents et ses amis, le détail des biens qu'il avait constitués pour les cérémonies funéraires, le calendrier des jours où il entendait que les vœux et les prières des survivants viendraient soulager son âme des angoisses de l'autre monde. Aux époques de conquêtes, les tableaux étalaient aux yeux la pompe triomphale du roi inaugurant son temple, les épisodes de victoires gigantesques, homériques, les déroutes des ennemis, les massacres, les amoncellements de mains et de membres coupés aux morts, les sacrifices de prisonniers offerts comme premières victimes par le roi lui-même, les trésors présentés en hommage au dieu. Plus tard, sous les Ptolémées, il y eut bien quelques guerres, mais elles n'intéressaient plus les prêtres, et les rois considéraient les temples, comme les dominateurs actuels de l'Egypte, des Indes et des pays chinois considèrent les mosquées et les pagodes, en admirateurs et non en dévots. Aussi, les pontifes des derniers temps ont-ils remplacé toutes ces glorieuses représentations par des extraits du Rituel de la fondation, par des hymnes, par des récits de combats mythiques, par les tableaux sans nombre dans lesquels les diverses ofiErandes, le matériel du culte, sont présentés devant les types divers de la personne divine. Au lieu des peuples vaincus, ils font défiler les propriétés sacrées de chaque nôme, comme les domaines de mainmorte dans les tombeaux du vieil Empire, enfin ils prodiguaient les listes des noms des formes divines adorées dans le temple, des prêtres, des salles de l'intérieur, des barques, des bassins, des jardins, des arbres sacrés, du champ funéraire; tous renseignements d'ailleurs bien précieux et qui animent pour nous les sanctuaires aujourd'hui abandonnés.

Dans la salle hypostyle, à toute époque, la décoration des parois devientexclusivementreligieuse.EUe n'en est ni moins riche, ni moins variée, le sculpteur ptolémaïque surtout mul-

tiplie les sujets, développe les textes avec une fécondité qui ne s'épuise pas. La disposition des éléments de la décoration s'explique par Tidée que le prêtre se faisait du temple. Le soubassement tout comme notre terre porte des fleurs, des plantes, des bestiaux circulant au milieu des papyrus, ou encore les Nils, canaux, lacs, pays étrangers, nômes, villes, cantons, domaines apportant les prémices du sol, et aussi ces personnages symboliques, les ka, chargés d'autres dons non moins recherchés dans notre monde, et nécessaires, parait-il, dans le monde divin : la faculté de voir, d'entendre, de déguster, d'être sensible, la santé, la force, la richesse, la prospérité^ le savoir. Le champ des parois figure les espaces célestes : dans le registre des tableaux, voisin du soubassement, le dieu est représenté en marche faisant une partie du chemin au-devant de son adorateur ; dans les registres plus élevés, il est assis au milieu de son auguste demeure. La frise est décorée d'emblèmes analogues à ceux des chapelles mortuaires; de même que ceux de la corniche extérieure, ils sont destinés à protéger la personne du dieu et à assurer ses transformations. Le plafond rappelant la voûte où brillent les astres est constellé d'étoiles ou orné de personnages astronomiques ; dans l'allée centrale, passage du dieu ou du personnage royal, planent comme un zénith les grands vautours obombrant le saint cortège de leurs ailes protectrices.

La décoration était en outre, d'une manière plus ou moins saisissable au premier abord, en rapport avec la destination de chaque partie du temple, tantôt les tableaux étaient épisodiques et représentaient les dispositions de quelque fête, reproduisaient les statues, les groupes symboliques, les emblèmes, les ustensiles du cult^ conservés dans la salle, tantôt dogmatiques et passaient en revue les formes divines correspondant aux divers aspects sous lesquels le prêtre envisageait momentanément son dieu.

On ne sera pas étonné que l'hiératisme^ auquel bien des personnes croient encore devoir attribuer une influence si

décisive sur le développement de Tart égyptien, ait tout comprimé, raidie glacé, dans son propre domaine, et cependant^ sur les murs extérieurs des temples, dans les péristyles; le sculpteur a traité les grandes compositions de batailles^ les épisodes des campagnes glorieuses, avec une liberté, une verve, un réalisme qui répudient toutes tradition d'école. Parfois naïf, il donne toujours des gages d'un talent qui s'est aiguisé par l'observation de la nature et l'instinct des formes, lorsqu'il s'agit de peindre les caractères ethniques des prisonniers, les animaux, les plantes exotiques. Mais dès qu'il se trouve à l'intérieur du temple, alors il fait abstraction de sa personnalité, il n'est plus qu'un praticien. L'impression que laissent les innombrables bas-reliefs dont il va couvrir sans vide les parois, d'après les cartons fournis par l'hiérogrammate, n'a rien d'artistique. Toutes les figures sont reproduites au moyen de poncifs absolument invariables, de même hauteur et rangés méthodiquement en ligne comme les caractères d'une écriture colossale. Les emblèmes, les ornements dont ces figures sont parées, les accessoires des cérémonies, sont eux-mêmes de véritables clichés. Aucune composition, aucune autre liberté que le choix des images ou des objets qui seront insérés dans chaque tableau : on dirait que les indications fournies par l'hiérogrammate sont de celles que donne un prote à l'ouvrier imprimeur.

C'est qu'en effet, il ne s'agit pas ici de flatter l'œil par des représentations artistiques. Le but de la décoration estd'autre importance : avant tout, il faut donner asile aux âmes des dieux dans leurs formes matérielles, les parer d'emblèmes qui ont une signification déterminée. A peine les sculptures sont-elles achevées, que les dieux s'empressent de prendre possession de leurs images, des enveloppes qui ont été créées pour eux : « Les grandes formes (de la divinité éponyme), dit une inscription de Denderah, ont été figurées sur les murs aux places qu'elles doivent occuper; son âme descend vers son portique, elle contemple ce qu'on a fait pour elle.

elle vole comme un épervier à tête humaine, au corps de turquoise, suivie de ses compagnes, vers les retraites où est sa divine image, elle pénètre dans sa statue au fond du sanctuaire \ » Et ailleurs * le cortège des compagnons d'Hathor, ses propres transformations, ses grandes formes, toutes les sociétés divines qui sont représentées dans son temple, s'écrient de leur côté : « Allons, approchons de Denderah, le séjour bien-aimé d'Hathor, car voici qu'elle s'envole, épervier à tête humaine, en avant de ses parèdres, pour se poser dans sa barque sacrée, pour éclairer son temple au premier jour de l'année, pour se réunir au rayon de son père (le soleil) dans l'horizon. » Ainsi cette foule innombrable d'images qui défilaient en creux ou en relief sur les murailles^ ces statues qui remplissaient le temple, correspondaient à autant de personnes divines que le prêtre pouvait en déterminer. Elles n'étaient pas vides, elles servaient d'asile à l'âme de ces personnes divines; quelques statues même étaient articulées pour permettre au dieu intérieur d'indiquer par des mouvements sa volonté aux humains. Si le sculpteur^ se laissant aller au caprice de son imagination, avait fait à Amon^ par exemple, une image plus réelle, s'il lui avait donné une attitude gracieuse ou terrible, s'il l'avait animée de son propre sentiment de la vie, alors cette image artistique n'aurait plus été un Amon. Ainsi des autres dieux; leurs âmes n'auraient plus reconnu leur enveloppe dans des statues fantaisistes ; quel désordre lors de l'arrivée de la divine société dans ses sanctuaires ! Qui peut dire même si les figures créées de la sorte n'appartenaient pas à des âmes perverses qui auraient envahi le temple ? Il n'en est pas autrement des emblèmes disposés autour des dieux, des objets consacrés qui leur sont présentés : chacun a sa signification ; comme toute chose, dans l'univers, ils ont aussi leur âme de chose; au contraire, sous la forme hiératique, ils avaient

1. Mariette, Denderah, t. ii, pi. 54. — 2. /cf., t. i, pi. 39.

toute leur efficacité, toute leur vertu prophylactique qui était leur principale raison d'être aux yeux du prêtre. Puisque les personnages, les objets représentés étaient plus que de simples images, les cérémonies et les offrandes dans lesquelles ils figuraient avec la mimique prescrite, et dont les tableaux fixaient la scène, se reproduisaient en réalité sur la muraille d'une manière permanente, telles qu'elles avaient eu lieu la première fois dans le temple, en face des dieux, telles qu'elles s'y renouvelaient chaque jour. Le but que le fidèle se proposait en faisant ces cérémonies et ces offrandes, c'est-à-dire l'obtention des faveurs demandées, la satisfaction des dieux, leur préservation et la préservation de leurs œuvres, l'accomplissement de leurs transformations, ce but était également atteint sans discontinuité au moyen des tableaux. Par suite, rien n'y pouvait être changé, pas plus qu'aux prières, aux textes gravés à côté. En fait, le résultat pratique, recherché avant tout dans la décoration, c'est la protection du dieu et de son temple. On n'attendait pas moins d'ailleurs des emblèmes et ustensiles existant en nature dans l'édifice, et qui, tout en ayant les usages dans les rites, possédaient aussi une efficacité magique destinée à calmer les inquiétudes perpétuelles de l'Égyptien. En sorte que ces images rigides plaquées sur les murailles, véritables signes idéographiques, qui malgré leurs couleurs brillantes, malgré la richesse de leurs diadèmes et de leurs cuirasses dorées, nous causent à nous un sentiment de vide et de mort, s'animaient pour le prêtre méditant dans l'ombre des sanctuaires, se dressaient comme une armée de divinités éclatantes qui, avec leurs amulettes et leurs talismans, formaient une garde terrible contre les agressions du dehors et les embûches des puissances mauvaises.

C'est au milieu des espaces célestes que les cérémonies et les offrandes représentées sur le champ des parois étaient censées avoir lieu. Aussi, on n'y voit figurer les prêtres qu'à titre de comparses et dans des scènes d'un caractère abso-

lument ëpisodique. En principe, chaque tableau est conçu comme un acte d'offrande à une ou plusieurs formes de la divinité adorée, et cet acte est accompli par le Pharaon régnant. Tous les tableaux forment donc comme un développement détaillé de Thommage que le Pharaon a fait au dieu, en lui dédiant le temple, avec son mobilier sacré, ses redevances, ses rites et ses cérémonies. Ce qui frappe au premier abord, c'est la multitude des personnages divins devant lesquels le Pharaon se présente successivement. Sous les Ptolémées, le scribe semble mettre son point d'honneur à passer dans chaque salle une sorte de revue des divinités égyptiennes. Le temple devient un Olympe banal où tous les dieux inventés par les diverses tribus de TÉgypte, à quelque classe de mythes qu'ils appartiennent, ont droit à une place : tous les types combinés par les adorateurs du soleil contemplé dans ses diverses phases et sous ses divers aspects, la lune, les autres, la terre, l'eau, le ciel, l'air, le feu, la plante, la pierre, la bête divinisée, les génies descendus de la voûte céleste, sortis de l'enfer, mâles, femelles, enfants, vieillartls. tous ces êtres qui travaillent dans l'autre monde aux vx^uvros que les croyants ont imaginées dans celui-ci, se pivssont à Tenvi, s'installent suivant la dignité de leur fonction, suivant l'importance politique du centre religieux où ils priivnt naissance, chacun sous la forme, avec les attributs matériels, surtout avec les facultés et les rôles qui lui furent inip0v<<>s délinitivement, lorsque la prédominance de la religion héliopolitaine les fit incorporer à peu près tous de force dans le cycle solaire. Au temps des Pharaons, l'unité de la monarchie, la conscience de la communauté d'origine avaient de bonne heure inspiré le sentiment de l'identité des dieux. Dans chaque temple le dieu éponyme, quel qu'il fût, était celui dont émanent tous les autres, qui sont a ses membres », ses transformations. Si en passant en revue l'histoire mythique d'Amon, l'adorateur se souvient que son dieu se comporte comme Chonsou, comme Shou, le matin, comme

Osiris, le soir, comme Moût en tant que récipient de la création; s'il a en outre la conscience, même confuse, que tous les dieux diversement nommés ne sont que des formes de ce dieu égyptien qui brille des mêmes feux par toute la vallée, il en arrivera peu à peu à adorer sans résistance Amon sous les différents noms divins, et le seul fait de prononcer celui de Moût lui fera envisager immédiatement la divinité sous les aspects propres au personnage de Moût ; les noms sans se séparer complètement des dieux deviendront ainsi surtout des épithètes. Tout d'abord, les parèdres ne sont introduits dans la société de la divinité éponyme d'un temple que pour des considérations géographiques, politiques, étrangères au dogme- Mais plus tard, ces considérations sont reléguées à l'arrière-plan, la conception abstraite des personnes divines est passée dans les habitudes théologiques. La figure d'un dieu, un emblème ne sont plus véritablement que les idéogrammes de personnes, d'idées, de facultés. L'adoration même ne s'adresse plus directement à ces grands dieux du panthéon égyptien dont les protocoles se développent à côté des images, elle va au delà, jusqu'au dieu du temple qui veille au fond du sanctuaire, qui résume toutes leurs facultés, tous leurs rôles, et le prêtre précise dans chaque tableau sa conception momentanée en alignant les figures et emblèmes pour former le catalogue des facultés et des rôles qu'il veut exprimer; il pose les termes de ce que j'ai appelé le polynôme dicin\ L'esprit qui inspire ces combinaisons, aussi utiles pour la connaissance du dogme qu'un texte sacré, est celui qui inspire les œuvres des théologiens de l'Egypte ; le décorateur, comme les disciples de Thoth, procède par allusions à tous les mythes connus, recherche les rapprochements subtils, et tourne constamment dans un ordre d'idées en somme assez restreint.

Le Pharaon que les bas-reliefs mettent en rapport avec les

1. Recueil de Travaux relatifs à la Philologie ègr/pt., t. vi, p 28.

dieux n'est point devant eux un petit personnage, un nain devant des géants, comme on figurait dans les tombeaux les fils de famille, accomplissant les cérémonies funéraires devant l'image paternelle : il est représenté comme leur égal, avec les mêmes proportions, et c'est sur sa ressemblance qu'est modelé leur visage; il revêt leurs diadèmes, se pare des mêmes ornements emblématiques, et par là le décorateur lui confère leurs attributs, leurs facultés. Sa propre personne se décompose même en plusieurs personnes figurées par des images de dieux, il devient ainsi l'un des types d'un groupe divin faisant l'adoration, et composé comme le groupe divin qui reçoit r hommage. Les deux groupes s'avancent à la rencontre l'un de l'autre; la route que suit le Pharaon est celle qui conduit au sanctuaire où trône le dieu. On le voit en effet, dans le pronaos, sortant comme le soleil du Padaout, l'autre monde où les dieux qui président aux renaissances parleur énergie triomphante et la science divine. Horus et Thoth, l'aspergent d'eau de pureté et dévie; les deux déesses dont la mission est de protéger le disque solaire au moment de son apparition, de l'élever vers la voûte céleste pour le montrer au monde, et qui le pleurent le soir, lui mettent sur la tête le pschent, ce diadème qui donne les puissances nécessaires au Midi et au Nord ; le soleil terrible du jour, Montou, le soleil de nuit dont les forces sont cachées, Toumou, le prennent par la main, et au milieu d'eux, comme le disque à Taurore, il pénètre dans la salle du Lever, il continue sa route, il fait toutes les cérémonies qui lui permettront l'accès du sanctuaire; il y entre, il monte les marches de la châsse, il brise le cachet royal, il pousse le verrou, la porte s'ouvre, « il voit le dieu, il contemple son père)), il est en communication avec lui; les soins qu'il lui doit étant accomplis, il imprime à nouveau son cachet sur le verrou, et après cette éclipse momentanée, il sort du sanctuaire : comme le dieu à un nouveau matin, il réapparaît dans la grande salle, comme au ciel. Il est bien réellement

un dieu, il est « Hoiais », comme l'appellent les protocoles royaux, il est le dieu jeune, agissant, qui se manifeste par des actes, a fils de Râ» ; il est par excellence le dieu fils, émanation en ce monde du dieu souverain, et le groupe de l'adoration représente la seconde génération divine. Chaque tableau est ainsi un épisode des rapports du dieu fils avec le dieu père. Le fils reçoit du père toute vertu, à charge d'assurer les voies de la vie, de maintenir la création, de permettre les renaissances comme Horus fit pour Osiris, et cela par l'effet des rites et les cérémonies qu'il accomplit dans le temple. De même que le fils égyptien dans la chapelle funéraire de son père lui fait revivre une nouvelle vie en apportant devant lui, en lui procurant tout ce qui lui était nécessaire en ce monde, en lui rendant l'usage de ses mouvements et de ses sens, en lui faisant le simulacre de tous les actes auxquels il se livrait sur terre; de môme toute cérémonie^ tout rite est un « acte de vivification » accompli par le Pharaon et destiné à faire subsister le dieu son père; dans un sens plus général, et ici, je vous préviens que les formules par lesquelles nos langues expriment ces antiques conceptions leur donnent toujours une précision et une portée philosophique qu'il faut atténuer, cet acte doit être, en principe, le simulacre d'une manifestation de la vie universelle, d'un phénomène naturel, et a pour but d'en assurer la reproduction réelle. Par ces actes, par la simple lecture des paroles sacrées qui les accompagnaient, le dieu fils empêchait l'anéantissement, il donnait un cours régulier à la loi des transformations, des alternatives de glorification et de déchéance, de mort et de vie, à laquelle les dieux sont soumis comme leurs créatures.

Mtiis il est temps de quitter cette atmosphère sacerdotale où je vous ai plongés à propos de la décoration, et de terminer par quelques mots sur ces rites et ces cérémonies, et sur les acteurs qui y prenaient part.

Les offices chômaient peu dans un temple égyptien, et le Pharaon aurait eu fort à faire de reproduire dans toutes les demeures du dieu les manifestations de la vie de TUnivers. En effet, cette conception théologique du rôle du Pharaon tirait son origine de la vieille organisation sociale et religieuse des tribus. Les grands temples occupaient en général l'emplacement d'un antique sanctuaire élevé par une tribu, où trônait le dieu d'un chef qui avait le privilège de le servir, comme un fils son père passé dans l'autre monde'. Le Pharaon en réunissant sous son sceptre toutes les tribus égyptiennes, se substituait au chef de chacune d'elles et servait sa divinité qui devenait alors un dieu pharaonique, classé dans la hiérarchie divine, parmi les formes du dieu spécial de la famille royale. Le Pharaon devait en conséquence être représenté officiant à l'exclusion de tout autre; mais, à l'exemple du chef de tribu, il pouvait se faire aider par des assistants^ des serviteurs, déléguer ses pouvoirs à l'un d'eux. Tout comme dans le monde des dieux, ces suivants sont avec lui dans le même rapport que les parèdres vis-à-vis du grand dieu dont ils émanent, ils sont « ses

1. On peut dire que le chef de la tribu égyptienne avait au point de vue social et religieux les attributions du père dans les familles qui la composaient. Comme le père de famille officiant au nom des siens, il se chargeait des hommages de tous les membres de la tribu pour son auteur mort, et lorsque le culte des défunts se fondit avec celui des dieux de la nature, il resta le descendant et le prêtre d'un dieu ayant les mômes clients que lui.

membres » ; et puisque dans Tordre d'idées que je vous exposais tout à l'heure le Pharaon est dieu, il n'est pas étonnant qu'ils soient eux-mêmes des images des dieux : (( Les serviteurs divins (les prophètes), les pères divins de Denderah, ce sont les types divins du divin lieu\ » Les serviteurs divins ont, en cette qualité, droit au nom de prophètes que leur donnaient les Grecs; ils sont les porte-paroles du dieu se manifestant aux humains ; c'est par la bouche de son grand prêtre qu'Amon TOasien adoptait Alexandre le Grand pour fils *. L'àme divine ne pouvait-elle être à l'aise dans la chair des «purs» mieux encore que dans la matière de la statue articulée par les mains les plus habiles ? Aussi, dans toutes les cérémonies, c'est-à-dire dans ces drames mystiques de la vie universelle, les prêtres revêtaient, chacun suivant son grade, les personnages que leur mythologie mettait en scène; quelques-uns pour compléter l'illusion de la ressemblance avec les dieux s'afiEublaient de masques d'animaux. En réalité, parles incantations, par les pratiques qu'ils répétaient incessamment, ils croyaient bien s'approprier les vertus divines : leur état de pureté matérielle, leur souci de s'abstenir, à certaines dates, de toute nourriture, de toute action qui rappelait, dans la légende locale, un événement fâcheux pour le dieu, affermissaient en eux le sentiment qu'ils étaient quelque peu de sa famille.

Le clergé se divisait en deux grandes classes : 1^ les prêtres proprement dits, rasés, revêtus de longues robes, qui se répartissent le soin des offrandes et des rites censés accomplis parle roi, prophètes, horoscopes on astrologues yhiérogrammates, lecteurs, auxquels il faut joindre les stoUstes qui parent les coffresdans les sanctuaires^ les porteurs desbarques, des enseignes des dieux et des châsses, les libanophores qui font brûler l'encens, les spondistes qui purifient par l'eau,

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