Supra, p
(III, 6). Enfin, e est un des éléments de la diphtongue ei transcrite par I, assez fréquente et employée par exemple dans les noms de certaines lettres (voir notamment l'alphabet de Bouqdour). e a donc rendu très probablement, chez les Saïdiens et chez les Égyptiens du Delta, les sons du groupe e et parait avoir noté principalement, tantôt la voyelle neutre, tantôt un son plus ouvert que é et comparable à Ve du mot français (( belle » ; les Coptes modernes en ont fait un a régulier, comme les puristes arabes, lorsqu'ils affectent de prononcer correctement les e du dialecte courant que recouvre, dans l'écriture, Mnfatha^.
H heta, hada (hida) se prononce tantôt comme «^ et e, tantôt i bref ou long ; l'instituteur de Siout a formulé une règle de répartition assez inexactement appliquée : selon lui,
H = a dans les syllabes fermées,
H = i dans les syllabes ouvertes :
e-»iRTq ath'adf(\, 15) ;
OTH& uàb (I, 19) ;
nnipo^fCTHc bi ebro'fidas (pass.) ;
Aid^^RTHc màtidas (Mikaïl) ;
^iJULHp himar (Mikaïl) ;
THpc, THpoY dar-Sy dar-u (posa.), etc. ;
^H bi, bei (pass.) ; T*».pxH darsi (I, 1) ; 0HpiSîri(I,12; III, 15,19); •^pXH^^c>c ark'ilaos (III, 22), etc.
On rencontre, d'ailleurs, aussi :
lop^^jtKc [y]ordanis (Mikaïl) ;
XH*a(I,12, 10; 111,9, 15);
£H ha (I, 2) ;
ifH na(I, 12; III, 20);
AA^pK"^ em ebràde (I, 14 ; III, 5) ;
nipK béira (II, 5) ;
XKAU kdmi (lïl, 13, 15) ;
îiJéHi- enk'àdi (I, 4, 14 ; ÏII, 6) ;
^cAJiH di esma^ isme (Mik'aïl) ; ïïï, 18).
Dans la plupart des cas, h suivi de. i, oy se prononce de préférence a :
ifTA^^juLHi endaehmai (1,9); Aie-»AJiHi matmai (ï, 14, 17) ; n;6pHi enek'rai (£P«^i) (I, 14 ; I II, 11) ; ^'TïKi^audaif (\^ 17) ; c^itHo*!* atnao (ï, 10) ; tu^HOTi neifaui (II, 2, 7) ; cTcéKOTT adeak'aud (III, 5) ; eniia abiai (III, 14) ;
iticHOY bi siio (III, 1 , 16), etc.
L'h de plusieurs mots étrangers est rendu par é.
£LH-»AeejuL b'étlaam, b'itlaam (III, pass.) ; npio-^Hc érô'daSy irudcLS (III, posa,; divers) ; ^KrcA&con e'ffamon (111,6).
En somme h, même dans les mots où il représentait à l'origine, non pas un d ou un i primitif, mais un son spécial, s'est désagrégé et partagé entre les deux voyelles a et i dont il formait sans doute un intermédiaire, comme le x priniitif entre k' et s. Ce partage s'est fait d'après des conventions obscures même pour ceux qui les appliquent, puisque nos transcriptions nous donnent les doubles lectures :
\^X** psiki et psika ;
juLoiforeifKc monoffanis, monoffanaa ;
^Hime hibba et habba, etc.
I iôda n'est pas seulement notre voyelle i / de môme que le iod sémitique, il joue aussi le rôle d'une consonne y y soit au commencement des syllabes,
iop']k«JtKc (y)ordani8, icTiLeit (y)isgan (III, 16) ;
soit à là (in des syllabes accentuées ; il est alors précédé d'une voyelle d'appui e ^ :
^q^ a/dé(y) (I, 12) ; *ai^i an§é(y) (I, 16) ; lupK béira (II, 5) ; ni^HOTi né(y)/aui ■ (II, 1, 7) ; lucioY né(y)8io (II, 6) ;
«.ql a/éiy) (I, 6, 11); c'i aé(y); ixnà.7€c\ embadasé(y) (Mik'aïl) ;
^iTorq hé(y)dodf(\\\, 5, 12, 17, 23) ; cTe^TjiTOY adauhé{y)du (III, 11).
Cf. aussi les noms de lettres aju, ni^ ni, ^i, x'= i^^(y)i ^é(y), bé(yhMy), ké(y).
Simple voyelle, i se lit î, ï, et é surtout à la fin des mots.
0. (A) et ©Y voyelle, sont de véritables sosies. Comme e, ^, k, la psalmodie, Taccent tonique les dénaturent et les confondent. On peut voir, par les transcriptions, que je les ai entendues indifféremment o, ô, et U, î^. Il y a plus : j'ai constaté, lorsque j'appelais l'attention de mes lecteurs sur la distinction à établir dans la prononciation des trois graphies, que non seulement ils semblent les considérer comme de simples variantes orthographiques, mais encore que leur oreille est assez indifférente à l'échange, dans une môme syllabe, des sons o, o\ u ; de même, la majorité des paysans égyptiens n'enregistrent qu'une sensation générale pour des couleurs dont nos yeux affirment la dissemblance, le bleu et le vert, le vert et le gris, le bleu foncé et le noir, etc.
On peut observer cependant que o et (o, quelle que soit leur quantité, oscillent autour de ô, se rapprochent de u dans les syl-
1. Cette prononciation semble être de règle chez les Coptes d'Abydos.
2. A côté de kifi^HOTli, enni/a'ui^ groupe dans lequel l'adjonction n a modillô l'importance de l'article ni.
labes où la voyelle est longue, au voisinage de ai, et deviennent o, et même e muet, dans les syllabes brèves : rocajioc keames, TU>nR, «kC[T(A)ifq, denk, afdenf(\\\, 13^ 14).
Voilà pour la lecture. Mais les noms des lettres, articulés plus scrupuleusement, conservent la trace d'une prononciation distincte, pour o et c»>.
o s'appelle où, ô ;
po — rô'ûy rô, ru ;
^opi — hori, hôri, huri (Stcrn).
C'est donc à cette lettre que convient le mieux la transcription ô. to nommé «^y est un o ouvert, comparable même, d'après la diction de Waceb, kV à Scandinave.
La graphie oy n'est pas seulement prononcée comme une voyelle (principalement û, â), mais aussi comme la diphtongue o + a, ou encore le groupe ow :
cT^c ecoTen adba asoddn (Mik'aïl) ; T*».OTKoy daunou (do) ; OTO^ o(w)oh (pose.) ; fiTA^oTCDogr endau[w)est (III, 8) ; OTCAJiH o{ww)i8Tne (ÏII, 18).
T hé est un t, dit l'instituteur de Siout :
oTATÀd^ifoc olîVanos (III, 11) ; \I^T5(^Kj3«t/ca (III, 20).
Comme son nom hé l'indique, il est aussi prononcé é : ot^tuoTAJtenoc ohégumanos (III, 6). Ceci pour les mots grecs ; car dans les mots coptes, il ajoute le son u^ aux éléments avec lesquels il se combine, ou bien joue le rôle de consonne (w).
*,Y, €Y = a + u et parfois o :
1. On trouve une fois ot^«^A = oe'sdl (III, 11). D'après le curé de Louqsor oe' est môme la prononciation correcte de oy.
«».t\ au-é (Mikaîï) ;
èrejuuuLd^*!* ne ^iî^^y adaemmau rC ebnau (<!•) ; CT«.TOT(oii adau o(w)on (III, 11) ; CTCAJioT'J- au-amôdi (Mik'aïl) ; ^«jiActVthc fianlau'idas (1, 19) ; «^PX"^p€Tc arEfaros {III, 4).
Hj, KOY = a + u, î + " (voir supra),
c»>oy = 0 + M, se réduit le plus souvent à d, a ;
€T*.q-^(A)OT^ adaftôdi (III, 4) ; i6*.^u>OT f^'àgô (ÏII, 9) ; «kT^encocy aitSà'nu (III, 9, 12, 13) ; ncKioof K*.q fta^ott no/* (III, 5).
•.I, ei, Hi (voir supra), oi, (oi, sont les groupes a + i, o + î diphtongues ou non, jamais é, i.
Enfin je relève dans la transcription II les exemples suivants qui notent une diphtongaison analogue à celle que le français a fait subir aux voyelles accentuées a, o, devenues ai, oi :
n^oq ean^/( II, 10, 11) ; «.qTiLOc afgoes (II, 10) ; «kTcu>iiT ausoïnd (II, 11).
Tel est le bilan actuel du vocalisme copte. A ne considérer que récriture, ce vocalisme parait riche et précis ; à entendre les lecteurs modernes, il est pauvre et indécis. Toutes les voyelles sont ramenées vers les trois types principaux A, I, U ; mais certains repères qui subsistent suffisent à montrer que l'appareil graphique de la langue sacrée avait été adapté à des formes réelles de la vocalisation. Sous ce rapport, le copte, vocalisant avec la netteté que recherchent les langues européennes, se distingue essentiellement des dialectes modernes de Tarabe, et se classe au contraire, avec des procédés identiques, à côté des langues dites couchites et des langues nubiennes. Non point que l'arabe d'Egypte en soit réduit aux trois voyelles figurées par l'écriture ^c, j, \y et qu'un Égyptien
moderne doive se plier à une éducation pénible pour prononcer les voyelles è, é, Oy ô ; ce dialecte les possède sans les enregistrer et les emploie couramment. Vé est très net à l'intérieur de certains mots (io béim « petite digue »), et il est recherché principalement par les paysans d'Abydos et de Thèbes pour rendre les
finales <5, » {^\,\i iaalé « viens » ; ^^'ji k'awàgé « bourgeois »). C^
(( maison », c^j « huile », ia-p. « mur », etc., sont prononcés par les uns bét^ zét^ h*ét, par les autres bèt^ zèt^ Kèt. Avant un ^ , le
j quiescent et^ dans la bouche des puristes, la diphtongue j s'entendent ô : »-jj rôh « âme », *-j rôK « va-t-en ! », Jj3l el-qôl « la parole ». On reconnaît o dans Ji^i edVol « entre! », L$->4r^ 4oruri « nécessaire », rj) loK « planche ». Ce qui caractérise l'arabe
parlé, c'est Timportance qu'il donne aux consonnes, par suite, la légèreté des voyelles brèves, initiales et médiales, le plus souvent abandonnées en équilibre instable aux influences des lettres voisines, variables suivant les individus, et toujours plus rapprochées du son neutre que de leur son essentiel. Pour les voyelles longues, la tendance est plut6t d'en réduire que d'en augmenter
la liste : ô ( j) vient à se confondre avec ft ; s'il s'agit de prononcer des mots étrangers, les voyelles quelles qu'elles soient, sont rigoureusement ramenées au son neutre ou aux sons A, I, U \ C'est à l'imperfection d'un organe mal exercé par la pratique d'une vocalisation spéciale, menue et flottante, qu'il faut, ce semble, attribuer l'altération manifeste que les Coptes saïdiens ont fait subira la vocalisation du vieil idiome égyptien.
Il me reste à extraire des observations un peu minutieuses qui viennent d'être exposées un tableau de l'alphabet ihébain tel qu'il nous est conservé.
1. De telles habitudes donnent à ces dialectes une physionomie sèche et décolorée qu'imposent aussi à notre langue les Arabes qui la parlent le plus correctement.
lo LETTRES SAÏDIENNES
Labiales : — B (n) ; M (mx) ; B' (Si); F (q). Dentales : — D (t, i») ; N (n) ; — S (c) ; R (p) ; L (A).
Palatales: K (k) , — — G('x),CH*((S'); S (5g); — —
Glottales: v*(') : A,E*,I,0,0,U («.,€,i,(o,o,ot); H (z)] — —
Il convient d'ajouter : «? = ot, t 2^ lettres memphitiques et grecques
En laissant de côté la deuxième catégorie, ce qui frappe tout d'abord, c'est la pénurie de cet alphabet, le petit nombre d'explosives par rapport aux arrêts faibles et aux spirantes. Le phonétisme de la langue égyptienne, dont Talphabet hiéroglyphique atteste la richesse, était-il donc si dégradé, si amolli, lorsqu'on commença d'écrire, avec des caractères grecs, le copte ssddien ? On doit écarter cette conclusion. Il est à peine contestable que le hori (2) servit d'abord indifféremment pour deux articulations au moins, dont l'une a été figurée par les Coptes du Delta^ au moyen du ^. En comparant le vocabulaire copte avec le vocabulaire antique, on remarque d'autre part qu'à un signe copte correspondent aussi le plus souvent deux ou plusieurs lettres hiéroglyphiques dont les phonèmes sont parfois assez distants. Il y a plus : la forme actuelle de certains des caractères ajoutés à l'alphabet grec semble avoir été dérivée de plusieurs signes démotiques, de forme voisine, mais de valeur différente *. On peut donc avancer avec quelque vraisemblance que plusieurs lettres coptes avaient au moins deux lectures. Les inventeurs saïdiens de l'écriture nou-
1. Révillout, Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne^i, III, p. 38, note.
velle sont allés à réconomie. Ils ont réservé aux lettres grecques qui symbolisaient des articulations étrangères leur prononciation spéciale ; mais ils ont surchargé d'emplois, sans système préconçu, les caractères démotiques ou grecs, qui répondaient originairement à des phonèmes d'un usage familier. Ils n*ont pas procédé autrement que les Phéniciens lorsqu'ils empruntèrent quelques symboles aux Égyptiens; pas autrement que les Arabes lorsqu'ils écrivent leur langue avec leurs lettres dépourvues de points diacritiques et de voyelles. Les écritures sémitiques, celles de l'Egypte ancienne, sont des écritures mnémoniques ^ bien plutôt qu'anaZyiiquea. Chaque mot forme un groupe que l'usage apprend à reconnaître. Dans ces longues lignes sans séparations, l'œil épèle les mots au lieu des lettres ; il les isole comme des monogrammes dont les éléments peuvent, sans danger, être polyphones ; c'est avant tout la combinaison de ces éléments qui annonce le mot et indique pour chaque polyphone une prononciation déterminée. Les Nubiens, par exemple, qui ont adapté, par des conventions bien conçues, l'alphabet arabe à leur langue, n'ont redouté aucune ambiguïté en représentant les trois articulations g, Je, n, par un
seul signe ^. Les Berbères du Maroc et du Sahara n'ont pas plus de scrupules. Au déclin de la civilisation égyptienne, les scribes étaient assez sûrs de leur expérience pour se livrer, en pleine fantaisie, à des jeux orthographiques oùTabusdes polyphones, la confusion des dentales et des palatales entre elles ne laissaient à Tceil du lecteur que quelques repères de loin en loin. Certes, les premiers Égyptiens qui transcrivirent en grec des formules magiques eurent des préoccupations tout opposées et visèrent à éviter des erreurs de nature à compromettre l'efficacité de ces formules. Mais il y aurait exagération à considérer leurs transcriptions comme minutieusement adaptées à la parole ; elles n*étaient pas destinées à instruire l'ignorant par une simple lecture ; elles devaient être surtout des aide-mémoire pour l'initié déjà maître de la diction et de rintonation, et à qui une convention graphique même assez
lâche sujQSrait à assurer une (( voix juste )). Je reviendrai sur la polyphonie de quelques-unes des lettres de l'alphabet copte-grec, avec les détails que comporte la question.
L'alphabet ci-dessus suggère une deuxième remarque : Tactivité phonétique du copte s'est surtout développée dans la région des dentales supérieures et des palatales ; les intra-dentales et les uvopalatales, si nombreuses en arabe, sont absentes ; elles tendent même à s'éliminer du patois arabe parlé par les descendants des Égyptiens du Saïd. C'est là un trait de plus à ajouter à tous ceux que le copte a en commun avec les autres idiomes du pays de Kousch.
En résumé, la tradition copte moderne de la Haute-Egypte présente les particularités suivantes :
Elle a laissé hors d*usage une partie des articulations primitives et réduit, par élection, tous les caractères du premier alphabet thébain à être monophones ;
Les lettres introduites par le dialecte du Delta, sauf •», ne symbolisent aucune articulation ; ce ne sont plus que des doublets orthographiques ;
Les articulations grecques ont été conservées avec une prononciation qui, altérée ou non, est aujourd'hui celle d'articulations arabes ;
L'arabe a exercé avec plus d'intensité son influence sur la vocalisation à laquelle il a communiqué ses intonations indécises, en laissant cependant subsister des débris suffisants pour une restitution.
Par contre, la tradition copte a maintenu dans sa phonétique cet ensemble de traits que j'ai indiqués à chaque pas, et qui, en donnant à la vieille langue égyptienne un air de parenté avec les diiUectes modernes du bassin du Nil, et notamment avec ceux de Bisharis, l'opposent à l'arabe. Des deux articulations indigènes sauvées de l'oubli, 6' et ^, la seconde s'est même imposée à la langue conquérante.
Cette tradition, en réalité, n'est pas Tœuvre plus ou moins éclectique d'une école héritière des premiers Saldiens, vivant à l'écart d'emprunts et de maigres souvenirs ; elle marque un état dans l'appauvrissement du système phonétique fixé par les Égyptiens du Nord et répandu dans toute l'Egypte, lors de l'invasion musulmane. Depuis ces temps éloignés, l'enseignement de la lecture s'est tenu en dehors des injQiuences étrangères; il a perdu une partie de son bien ; mais, sauf pour les consonnes grecques, il n'a fait ni échange ni compromis. Nous pouvons donc demander à la tradition moderne quelques documents fidèles, un écho sonore de la voix égyptienne. Le copte, tel qu'elle nous le fait entendre, nous laisse encore l'impression d'une langue harmonieuse, un peu molle, langue d'un peuple adouci, façonnée pour la prière et les psalmodies.
BiBL. ÉGYPT., T. ni.