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L'ÉGYPTIEN ET LE BERBÈRE

Le présent Essai a dû, pour ne point retarder la publication du second volume du Congrès, être imprimé pendant mon séjour en Egypte : la rédaction première d'un travail destiné moins à être lu qu'à être développé en public n'a donc pas été modifiée, et c'est grâce seulement à la patiente intervention de M. Maspero qu'un grand nombre de fautes matérielles, au milieu de difficultés d'impression considérables, ont pu être évitées.

Je laisse donc paraître tel quel ce petit Mémoire, avec l'intention d'exposer bientôt, séparément et en détail, chacune des idées qui y sont contenues. — Juillet 1876*.

La parenté entre les langues égyptienne, berbère et sémitique a été Tobjet de nombreuses controverses ; elle a été niée ou affirmée avec la même énergie. Deux opinions se sont établies. Les uns, s'appuyant sur certaines affinités grammaticales, ont voulu former, à côté de la famille sémitique, une famille dite chamitique, composée de l'égyptien et du

1. Extrait des Mémoires du Congrès international des Orientalistes, P' session. Parisy 1873, t. n, p. 66-106.

2. On trouvera insérées à leur place, dans la suite de ce Mémoire, diverses additions et corrections que M. de Rochemonteix avait faîtes à son retour d'Egypte. — G. M.

berbère, et n'ont pas remarqué que des affinités tout aussi grandes existent entre les langues syro-arabes et celles qui se parlent sur les bords du Nil. Une autre école, interrogeant le dictionnaire, repousse l'opinion précédente et rapproche le berbère des langues sémitiques.

De ces débats mêmes, il ressort qu'entre les langues qui nous occupent certaines ressemblances se laissent apercevoir au premier abord, mais trop peu nombreuses et d'un caractère trop peu précis pour permettre immédiatement, soit de classer ces langues les unes par rapport aux autres, soit même de démontrer entre elles une parenté dans les limites étroites auxquelles nous ont habitués la philologie indo-européenne et la comparaison des membres delà famille sémitique. La filiation des langues aryennes, la naissance de nouvelles branches se produisent sous nos yeux, et ces évolutions ont lieu dans un espace de temps relativement limité ; à une époque où il est permis de croire que les ancêtres de peuples, qui parlent aujourd'hui des langues si diverses, pouvaient s'entendre, l'Égyptien parlait déjà sa langue propre et ne comprenait plus les races issues de la même souche. Les rapports entre des langues séparées depuis si longtemps ne sauraient donc être de même nature ni si apparents. On peut s'en faire une idée, si, supprimant les intermédiaires, on compare un dialecte moderne de rinde avec le français : après avoir jeté un coup d'œil sur les deux grammaires et feuilleté des vocabulaires plus ou moins complets, on sera invinciblement tenté de repousser une parenté aujourd'hui évidente.

Ce n'est donc pas à la surface, parmi les noms ouïes verbes en.cours, à travers les menus détails grammaticaux, mais dans des couches plus profondes, dans les procédés à demi efifacés, parmi ces suffixes momifiés, témoins d'un autre âge philologique, qu'il faut rechercher une parenté plus éloignée, mais non moins certaine que celle des membres de la famille aryenne. La tâche sera moins difficile, et l'hypothèse aura moins de prise que ne le paraît le faire penser la distance du

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