‹ Œuvres diversesChapitre 70 sur 169 · DE L EGYPTIEN ET DU BERBÈRE · texte numérisé non relu

DE L EGYPTIEN ET DU BERBÈRE

point de départ commun. L'illustre maître de la grammaire des langues sémitiques, M . Renan, a fait remarquer leur immobilité. Celle du berbère est plus évidente encore, et l'immense étendue de pays où il se parle présente une homogénéité de langage qui avait frappé saint Augustin, et que n'offre pas un pays uni comme le nôtre ; l'uniformité du désert se reflète dans la parole, et le petit nombre d'idées, répondant à des besoins toujours les mêmes, que ces peuples ont à exprimer, ne saurait amener des perturbations dans le langage^ comme l'activité intellectuelle qui use et revivifie les langues européennes. L'égyptien parlé dans un pays vigoureusement centralisé, pays de tradition, l'égyptien comprimé par son écriture sacrée, a peu modifié ses radicaux et sa grammaire ; la longue série de monuments que nous possédons ne nous fait assister à la naissance que d'un très petit nombre de procédés qui lui soient propres ^ .

Je présente ici un aperçu rapide de l'étude des rapports qui peuvent exister entre leslangues berbère et égyptienne. J'ai recherché les éléments qui ont constitué leur grammaire ; l'identité de ces éléments, des groupes qu'ils ont formés, des procédés par lesquels ils ont été traités, sont la preuve de l'antique réunion de ces deux langues. J'ai réservé la question du vocabulaire pour un autre travail. La simplicité des radicaux dans la période commune, les modifications qu'ils ont subies par l'adjonction de certaines lettres, et le phénomène

1. Il est curieux de remarquer que la lenteur du travail philologique chez les Égyptiens et les Berbères est due à des causes diamétralement opposées. Ces races ne nous ont pas laissé la même variété de langues que les Sémites. L'absence d'histoire chez les uns, habitant des contrées peu favorables à la naissance des empires ou opprimés par les invasions étrangères, l'unité politique chez les autres, confinés dans une vallée étroite, ont été un obstacle à la production des dialectes ; au contraire les Sémites, répandus dans l'Asie occidentale, fondateurs d'empires, se sont divisés en plusieurs rameaux possédant leur civilisation, leur histoire, et, par suite, leur langue à part.

de la trilittérisation, commun aux trois familles, exigent une grande prudence et l'accumulation de détails d'une autre nature. — J'ai été contraint de laisser de côté les dialectes berbères orientaux, sur lesquels les voyageurs ne nous ont laissé que des indications insuffisantes. Quant à ceux du midi de l'Egypte et de l'Arabie, M. J. Halévy, le courageux voyageur et l'ingénieux philologue, ici présent, a dit tout ce qu'il était possible d'en dire dans l'état de nos connaissances \ Dans la présente esquisse, je n'ai interprété que des faits pris dans les deux dialectes les mieux connus du public, et consignés dans les ouvrages si pratiques de M. le général Hanoteau, ouvrages dont l'expérience a justifié la parfaite exactitude V Pour l'égyptien, je renvoie à la Chrestomathie de M. le vicomte E. de Rougé, à la Grammaire copte de Peyron, aux Mémoires de M. Maspero sur les pronoms et le verbe en égyptien, mémoires que l'auteur a développés et toujours tenus au courant des progrès de la science, dans ses cours au Collège de France, et à l'École des Hautes-Études.

§ I. — Pronoms.

Les éléments constitutifs de la grammaire et les meilleurs termes de comparaison doivent être d'abord cherchés dans les mots qui résistent le mieux au choc des autres langues, les pronoms. On a contesté la valeur des rapprochements tirés de l'examen des pronoms. Sans doute, l'aspect extérieur de ces mots très courts dans toutes les langues peut offrir des ressemblances dangereuses à enregistrer. Mais si, dans deux

1. Voyez surtout son Étude sur le Hadendoa, dans la Reoue de Philologie ^ 1867.

2. Grammaire kabyle (Igaouaouen), Alger, 1859 ; Grammaire tamachekf Paris, 1863. —Voyez, sur l'étrange succès obtenu par ce livre dans le Sahara, l'ouvrage de M. Duveyrier, Les Touaregs du Nord (Paris, Challamel).

DE l'Égyptien et du berbère

langues, ou parvient à résoudre les pronoms en leurs éléments, si ces éléments sont identiques et s'ils se combinent entre eux par des procédés semblables, les arguments qu'on en tirera pour attribuer à ces deux langues une origine commune auront une valeur considérable.

PRONOMS AFFIXES Berbère.

SINGULIER

Kabyle (Djardjara). Touareg.

kem . .

viL ■ • • • (o • • « .

•:, Ar,

PLURIEL

1" P. I C. ar • I , nar

2^ . m. 'uun, 'un . .

f . knt + D : • , kemet

m. sert, then,, \ o, sen,

|:, 'un, I* •:, kun

f . sent, thent . + | o, sent,

I +> <^^ + I +. tent

La colonne de gauche renferme les pronoms jouant le rôle de régime direct des verbes. La colonne de droite renferme les pronoms qui sont gouvernés par un nom, une préposition, ou sont des régimes indirects d'un verbe. Liés moins étroitement que les premiers au mot qui précède, ils peuvent être renforcés :

1® Par l'adjonction du démonstratif a : ak, am, as, etc.

2** Par radjonction de en: nar\ nuen, etc. Ils forment ainsi un paradigme incomplet parallèle au paradigme des

pronoms égyptiens isolés, «.ror « nous », (1 S/ ^"''^ anten « vous » , û S/ '"^^'^ ansen « eux » .

3** (Touareg) par le préfixe h: hi, hak, etc., qui est un affaiblissement de la particule ke, dont il sera parlé plus loin.

Le k de la 8« personne du masculin singulier s'affaiblit dans ces composés et est fréquemment devenu 'u\

Un coup d'œil sur le tableau précédent montre que la seconde personne du singulier seule distingue les genres par une racine différente: k et m;lek dans A:e/n étant la particule adjonctive ke.

A la 3® personne des deux genres, deux racines < et «jouent le même rôle. La première est d'un usage plus général ; elle a eu tendance à exprimer le masculin chez les Touaregs qui, après un verbe, ont formé le pronom féminin + + tet.

Le pluriel se forme, excepté à la 1" personne, en ajoutant le suffixe n aux pronoms du singulier. Le féminin s'est ensuite distingué du masculin par l'addition d'un t final. Le touareg a gardé le souvenir du pluriel féminin de la 2® personne, dérivé de la racine m, dans le pronom kemet.

Les pronoms suffixes égyptiens sont :

SINGULIER

* j f . Ci, 8=5, t

1. Les gutturales, comme les labiales, ont, chez les Berbères j une indécision qui produit un grand nombre de phénomènes phonétiques remarquables. Le passage du k à Vi et à Vu est fréquent dans le même dialecte ou d'un dialecte à l'autre. Réciproquement, t devant un y ou un y, devient souvent ^, k, m, devant un 'a, g^ k. Pour les transcriptions en caractères européens, voyez Hanoteau, Grammaire kabyle, et E. de Rougé, Chrestomathie ; — u doit être prononcé ou.

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PLURIEL

A/V/WVA

2e p^ I c. '^^^^ , ten

' III

l m. ^ ,un (archaïque), I sert

r\ /S/SA/VNA

f. I , sert

Mil

La comparaison de ce tableau avec celui des pronoms berbères fournit les conclusions suivantes :

l** La V^ personne, la seconde du masculin, la troisième du féminin, ont, dans les deux groupes de langues, des racines identiques.

Le t qui marque en égyptien la seconde personne du féminin, marque surtout, en berbère, la troisième du masculin ; le t est remplacé en égyptien par le w inusité en berbère, et dans cette dernière langue par m inusité en égyptien ;

2** Les deux familles distinguent les genres par des racines différentes ;

3o Elles forment ^ le pluriel par l'addition de n aux pronoms du singulier * ;

4* Elles tendent à n'employer au pluriel qu'une seule racine pour les deux genres ; l'égyptien a préféré les pronoms féminins, le berbère, les pronoms masculins, auxquels, par une évolution postérieure, il a ajouté un <pour former le féminin correspondant.

1 . La première personne du pluriel berbère est irrégulière. La voyelle a disparu, il n'est resté qu'une particule r' qui existe à l'état libre dans la langue.

2. Le pluriel en n n'a subsisté en égyptien que dans les pronoms.

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