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G. Maspero, Cours du Collège de France

DE l'Égyptien et du berbère 155

4<> / ( û est, dans la période historique, le radical pronominal le plus usité. On peut dire qu'à lui seul il pourrait former toute la grammaire égyptienne. Mais il donne surtout aux

radicaux le sens qualificatif, passif : 1 suten, « roi » 1

m suten-t « royal ». Il a fourni la forme la plus usitée

du passif en copte, dans laquelle il est devenu k passé dans l'intérieur du mot. A côté du monosyllabe en co à valeur plus

spécialement transitive, et dérivé d'un thème en v\ w final,

se présente la forme passive en h. Comme ^ m, il a servi à

élargir les pronoms personnels. Ex. : toi pourKs^^w (cf.

Maspero, Pronoms).

Cet affixe parait être postérieur aux autres ; tandis que la

plupart des formes en ^ <, ^ a, ua ont perdu leur valeur

grammaticale, les formes en i sont encore vivantes, et les remplacent souvent ^ .

En copte, il devient i, ci, h; il a une tendance à tomber à la fin des mots ; en dialecte thébain il s'affaiblit en c ; son maintien à la fin du mot est dû souvent à la chute du t qui le suivait.

Mais l'influence de l'accent tonique Ta fait surtout pénétrer dans le corps du mot. Akl (démotique) « dédicace », «.ir et

«.eiR ; «jie, one (( jonc, » et ocir, de (1 ^^ ]J7 CLqet, en démotique aArt/iHcparallèle à ia)c, hiég. ^K^ 1 (| (| "^ asi, ^.0 ^ asu « Jesttnare », primitif

Keriii face vers », cp. ^i[p], etc.

Nous avons déjà donné des exemples de f préfixe.

En berbère :

1^ Le radical a s'ajoute aux radicaux attributifs pour

1 . C'est surtout vers la VI* dynastie que i envahit la grammaire égyptienne; aux noms en a se substituent les noms en i : pepi^ hehû ameniy etc. Peut-être doit-on y voir une influence dialectale.

I "^ as; ^ , h'er et

accentuer l'énergie de l'action qu'ils expriment : serra de serr\ sens-a de sens, etc. ; le plus souvent il est passé dans rintérieur du mot: gan, « dormir habituellement », de gen « dormir », sekcham, « faire entrer habituellement », de sekchem, « faire entrer », etc.

Combiné avec ï, il produit une nouvelle forme d'habitude : sed'haiy de sedhu ; seruai, de seruu, etc. Avec a, il produit des formes telles que tilau-t « existence », de el « être, exister ». Ainsi l'emploi de a paraît être antérieur à celui de u et de t; toutefois, après avoir été abandonné, il a été repris, surtout au commencement des mots : Cf. th-a-u-ak'keS'a,de ek'k'es, « piquer ».

L'usage de a préfixe est aujourd'hui général comme indice des noms masculins. Il se rencontre aussi au commencement des radicaux proprement dits : err' « rendre » ; tsa-rr'a « rendre habituellement» ; ts-a-dja « abandonner habituellement », de edj « laisser »; tsu-a-ress « être mordu », de r'ess « mordre ».

2^ U affixe ajoute aussi aux radicaux l'idée d'habitude : end « devenir beurre », send « faire le beurre », send-u « faire le beurre habituellement » ; sburr « se voiler » , sburr-u « se voiler habituellement », etc. Beaucoup de thèmes en u ont perdu cette valeur ; ils remplacent le radical qui n'est plus usité ; mais celui-ci reparait en composé : esl-u « égorger », em-sel « s'égorger réciproquement ».

Il pénètre dans le mot els « s'habiller », sels « habiller », selus « habiller habituellement », an-ekchum « entrée », de kchem « entrer ^ ».

U préfixe : u-dji « abandon », radical edj « abandonner », effer « sortir », sufer « faire sortir », enk'ech « piocher », ts-enk'ech et ts-unk'ech « être pioché », etc. Dans certains cas cet u initial peut devenir un b : ebseg « être mouillé »,

1. Beaucoup de noms dérivés nous reportent à des formes verbales aujourd'hui inusitées.

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ebges a se ceindre », ebded « être debout », en regard de la forme par a initial qu'on retrouve dans les dérivés ts-a^eg (( être mouillé habituellement » , ts-ages « se ceindre les reins habituellement », is-added «être debout habituellement^ ».

3® / à la fin des mots : el et ili « exister », iremi « action de teindre » de rem « teindre », thasousemi « silence » de sousem « se taire », ts-emlili « se réunir habituellement » de embil « se réunir », srimi « faire s'asseoir habituellement » de srim « faire s'asseoir ». •

Dans le corps du mot : dherres « agacer », ts-edherris « agacer habituellement », sired' « laver », sirid' « laver habituellement », e:sdh « moudre », ùidh « action de moudre ». Il se combine avec u pour donner des formes telles que thimenr-iu-th, radical enr\

Au commencement des mots : iremi « action de teindre » de rem; thimelin « indication » de mel, etc. '.

La question de la chronologie de l'emploi de ces afïixes est encore moins facile à éclaircir que pour l'égyptien. Il semble qu'ils aient été repris et abandonnés à tour de rôle. Cependant l'inspection de la généralité des formes est en faveur de la priorité de a sur u et /; i lui-môme paraît actuellement abandonner la grammaire, tandis que a et u sont en pleine activité de formation. Mais si on trouve des suffixes composés, tels que i-uth, on a aussi des mots comme aguni. Les mots composés avec ces trois racines pronominales sont d'ailleurs usités simultanément, comme en égyptien: aguglu et agugli « fromage », akjun et akzin (touarfeg)

1. La règle suivante trouve ainsi son explication : la première consonne de quelques verbes primitifs se change en a à la quatrième forme (Hanoteau. Grammaire kabyle, p. 121). Cette première consonne modifiée est toujours un 6.

2. Le rôle de i se restreint de plus en plus à former le démonstratif pluriel; les pronoms ui « quel? », uin, rappellent son emploi comme pronom démonstratif du masculin singulier.

« chien », agenna (touareg) et igenni (kabyle) « ciel », tille-min et tullemin « chamelles », ari (touareg) et ca^u (kabyle) « écrire », etc.

4® Comme en égyptien, le t joue un rôle important en berbère. A la fin des mots son emploi semble plus restreint, il indique l'idée de devenir : ehgerei-er « je suis devenu long » de ehgr-ir « je suis long ». Beaucoup de thèmes en t, it, ut

( (In o j, (^^) ont subsisté dans des noms dont les Berbères

ont par analogie formé des féminins. Dans plusieurs noms restés masculins, t est tombé au singulier et s'est maintenu au pluriel : ini « couleur », pluriel ini-t-en.

Comme préfixe, il sert à former un grand nombre de thèmes, il ajoute au radical l'idée du passif ou d'habitude. Dans ce rôle il peut être comparé à l'auxiliaire égyptien

<a>K tu : etch « manger », tsuatch et tsetch ; ezçua planter »,

te^çu; efk « donner », i-tuefk « il a été donné ».

Le berbère a encore d'autres racines qui servent à modifier ridée verbale :

-Hi— s, comme en égyptien, donne au radical la valeur factitive : end « devenir beurre », send « faire le beurre ». A l'époque historique, s est toujours préfixe. L'étude des radicaux montre qu'il a été aussi suffixe : Cf. > — x^^^^ ^t > — xemes (voir Brugsch, Dict.y Introd.). La production des radicaux trilitères doit beaucoup à cette formation : «S suffixe semble avoir eu une valeur intensive (G. Maspero, Cours de V École des Hautes-Études).

iV a im rôle restreint dans les deux langues comme préfixe ; en touareg, elle forme avec m un groupe nm indiquant la réciprocité. Le verbe tsu-nejk, de efk « donner », conserve une ancienne forme kabyle commençant par n. On verra que les noms surtout ont conservé ces thèmes formés par n préfixe.

Suffixe, il a donné naissance, en égyptien, à des élargissements tels que -^^ j> o mât « cheminer, calcare », mât^en.

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puis mât-en-u ; ^^^^ wed, ^^ toeden, et (1 *^^^ v sawennu , avec assimilation de la dentale ; souvent la nasale s'intercale entre les deux articulations de la racine ^S^ et ^^ . En berbère, son emploi est plus fréquent ; il sert à former le participe présent^ mais sans être lié invariablement au radical, et peut, sous l'influence de certaines particules, se déplacer dans la phrase ; un grand nombre de substantifs sont terminés en o-n, des noms d'état en a-n.

M entre aussi dans la composition des thèmes verbaux et nominaux. Son rôle est restreint ; en copte, on a otwj» (( addere » et oto^jul ; coA et (oAjul « attollere ». En berbère, il est préfixe et indique souvent la réciprocité. Af est aussi le pronom de la 2® personne du féminin berbère.

Tels sont les principaux affixes qui, dans les deux langues, servent à modifier l'aspect du radical verbal et à nuancer l'idée qu'il exprime; chacun d'eux peut être le germe de formes de passif, de réciprocité, d'habitude, etc. Ces groupes, qui n'indiquent d'abord qu'une tendance vague, avortent ou se particularisent de plus en plus ; on a ainsi, pour une même valeur grammaticale, un grand nombre de formes. Celles qui expriment Vhabitude abondent en berbère ; leur existence, en égyptien, n'a pas encore été constatée d'une manière méthodique.

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