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A L'ÉTUDE DES EDIFICES RELIGIEUX D'EGYPTE ET DE NUBIE

LE TEMPLE D'APET

ou EST ENGENDRÉ L'OSIRIS THÉBAIN

par

Le m» de ROCHEMONTEIX

(Extrait do Recuàl de Travaux rdatift à la Philologie et à l'Archéologie

égyptiennes et atfyriennes.)

La présente Notice, rédigée en 1878 pendant mon séjour en Haute-Egypte, n'a pu être publiée que récemment. Le texte primitif n'a fait l'objet que de corrections de détail.

Cette Étude servira d'introduction à la description de divers temples d'Egypte et de Nubie, notamment ceux d'Edfou et de Kalabshèh ' . R.

1. Le commencement de ce Mémoire a été publié dans le Recueil de Travaux, t. m, p. 72-86, et t. vi, p. 21-35. M. de Rochemonteix avait laissé deux on trois versions différentes de la seconde partie : M. Chas sinat les a condensées et fondues Tune dans Tautre, de manière à rendre sensible la pensée de l'auteur. La troisième partie devait contenir les textes hiéroglyphiques. M. Chassinat a mis en ordre ceux d'entre eux dont les estampages ou la copie se sont retrouvés dans les papiers de M. de Rochemonteix : c'est malheureusement le plus petit nombre. Le Mémoire demeure donc inachevé. — G. M.

LE TEMPLE D'APET

DESCRIPTION GÉNÉRALE, HISTOIRE ET PLAN DU TEMPLE d'aPET

Le monument que j'appelle ainsi est situé à Karnac. C'est le même que la Commission d'Egypte a nommé « le petit temple du Sud », Nestor Lhôte « le petit temple d'Hathor », et que M.Lepsius a désigné par la lettre u, dans son plan des ruines de Karnac.

État actuel et aspect général.

Quand on vient de Louqsorpar l'allée de Béliers qui précède la magnifique porte d'Évergète, on l'aperçoit au milieu des maisons du village, tout contre le temple de Chons \ dont il semble une annexe. Des édifices de cette partie de Thèbes, c'est le mieux conservé ; toutes les parties décorées en sont accessibles à l'étude. Quelques murs en briques élevés pour combler les brèches principales, les déblayements entrepris par ChampoUion qui l'habita, puis par Mariette qui en a fait un dépôt d'antiquités, lui ont rendu à l'intérieur son aspect primitif. Les voyagevu's qui, après avoir visité la salle

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des prêtres d'Ammon, bravent le soleil pour venir jusque-là, en passent rarement le seuil. Une façade étroite et nue refroidit la curiosité, et lorsque le gardien, après de longs efforts, a fait céder la serrure d'une lourde porte arabe, l'odeur des milliers de chauve-souris qui se cachent dans les chambres du fond, l'obscurité coupée, mais non dissipée par les rayons lumineux tombant des ouvertures de la voûte, font renoncer les plus intrépides au désir d'aller plus avant. L'archéologue plus patient, après avoir pénétré à l'intérieur, se trouve dans une salle presque carrée, supportée par deux colonnes à chapiteau en forme de bouquet de papyrus, avec un abaque assez élevé, sur les quatre faces duquel a été gravée une tête d'Hathor ; de toutes parts gisent des fragments de statues, des têtes de sphinx, des tables d'offrandes, sur lesquels la lumière découpe des surfaces éblouissantes de l'effet le plus bizarre. A droite et à gauche s'ouvrent des portes étroites ; les unes sont murées, les autres donnent accès dans des chambres encombrées de poteries antiques. Le fond de la salle forme comme une seconde façade, qui laisse entrevoir par une large entrée une autre salle, dans laquelle trois portes d'assez bon style conduisent aux chambres mystérieuses proprement dites (marquées sur le plan a, 6, c). Les deux chambres latérales 6 et c sont faiblement éclairées, et on y distingue avec peine les sculptures empâtées par une suie noire et gluante. Dans celle du fond, la plus petite, l'obscurité est complète : une odeur méphitique y règne, et les premiers pas du visiteur soulèvent les chauves-souris qui envahissent en tourbillonnant le reste de l'édifice et rendent extrêmement pénible l'étude des tableaux supérieurs. C'est cette chambre qui formait le sanctuaire du temple.

Telle est la partie aujourd'hui accessible du monument. Mais d'autres petites salles se groupent autour de celles que j'ai décrites, de manière à carrer l'enceintede l'édifice. Celles du sud sont presque entièrement remplies de décombres et n'ont d'ailleurs aucune décoration ; quant à celles du nord.

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de môme que l'escalier qui conduisait aux terrasses, elles semblent à l'extérieur du temple, par suite de Téboulement de la partie nord du mur d'enceinte. Mon plan rend compte de 1 état actuel des lieux.

De la destination du temple.

On ne saurait dire, d'une manière générale, que le temple est consacré à un dieu, comme nous l'entendons pour des monuments tels que ceux de Karnac, de Dendérah, d'Edfou, de Philse, etc., où la divinité sous les noms d'Ammon^ d'Hathor, d'Horus, d'Isis, etc., accomplit chaque jour sa carrière, à l'image du soleil, et où elle reçoit, dans les rôles correspondant à ses diverses étapes, et sous la forme qui les résume tous, les hommages des humains. Il s'élève sur un sol sacré, celui où a été engendré Osiris Thébain, et est destiné à célébrer ce grand événement mythologique ; aussi les inscriptions l'appel lent-el les « le lieu de Vengendrement du Dieu »

Mais bien qu'érigé en l'honneur d'Osiris, comme le déclarent plusieurs dédicaces, il ne porte pas le nom de ce dieu; il est le temple de « la grande Apet, la mère divine », dont l'image occupe le sanctuaire, et qui, dans les représentations, prend souvent la première place. C'est donc le principe femelle dont les flancs ont porté le dieu, le récipient, comme dit Platon, où il a été engendré, qui, sous le nom d'Apet forme la divinité principale du temple ; Osiris, comme dieu fils, ne vient qu'au second rang.

Dès l'entrée, la pensée des constructeurs est révélée par les têtes d'Hathor placées au-dessus des chapiteaux des colonnes pour indiquer symboliquement que le monument a été consacré à une déesse ^ .

1. C'est ce qui fit croire à Nestor Lhôte que le temple est consacré à Hathor, à laquelle on pensait alors que la tête à oreilles de vache était attribuée exclusi veulent, tandis qu'elle convient à toute divinité femelle.

Je vais rechercher comment les Ptolémées ont conçu le plan et la décoration d'un tel édifice.

Histoire.

Le temple est en effet de construction grecque. C'est Ptolémée IX Évergète II qui en fut le fondateur, mais dans son projet, le monument ne devait pas s'arrêter à la façade actuelle ; les gros murs latéraux se continuent et semblent destinés à former soit une cour, soit une seconde salle hypostyle. Le plan donne ce qui en subsiste encore au-dessus du sol ; le reste a été démoli et les arasements en sont cachés sous les maisons voisines. Les travaux, interrompus après Évergète, ne furent pas repris du vivant de sa femme Cléopâtre Coccé. Le temple d'Apet devait rester inachevé. On sait que Soter II, à son retour d'exil, châtia rudement les habitants deThèbes; cette ville ne s'en releva pas, et tomba, pour ainsi dire, en disgrâce. De nombreuses constructions, commencées au sud et à l'ouest de Karnac, témoignent d'une interruption méthodique. On se contenta par la suite de mettre en état les monuments à peu près terminés.

Ainsi, Ptolémée Denys, sans continuer les décorations de l'intérieur, fit seulement sculpter les montants extérieurs de la porte d'entrée pour donner une façade au temple. Enfin sous Auguste, on entreprit sur le mur méridional extérieur des travaux qui ne furent pas achevés ^ .

Le plan indique les parties décorées. On y voit qu'Évergète fit sculpter la salle D et les trois chambres qui y ont accès ; qu'il commença la décoration de la chambre nord F'H, et, dans la salle sud correspondante, ne fit que mettre ses cartouches sur les montants de la porte.

Le temple d'Apet était un trop petit monument perdu

1. On voit par d*aatres exemples non terminés que les parties qu'il était nécessaire de décorer étaient principalement le sanctuaire et Teztérieur.

dans la masse des édifices de Karnac pour exciter la curiosité banale des voyageurs^ et on n'y trouve pas les inscription et les emblèmes gravés qui abondent dans les grands temples. Mais, après l'abolition du culte égyptien par Théodose, il subit le sort commun des édifices de Thèbes et devint peut-être une église chrétienne. A l'extérieur, une des fenêtres de la grande salle a été évidée en forme de niche, pour donner asile à quelque image de saint, et une croix copte, gravée auprès, sanctifie la paroi.

La transition d'un culte à l'autre n'y fut pas moins violente qu'ailleurs ; l'intérieur a été profané, et les exécuteurs du christianisme y ont accompli les martellements méthodiques qu'on déplore presque partout.

Enfin, il a dans la suite servi d'habitation aux Fellahs qui y ont laissé la couche de suie, dont l'épaisseur et l'âcreté opposent à l'estampeur ou au copiste des difficultés souvent insurmontables.

Telle est l'histoire du monument depuis sa fondation. Mais Évergète est-il le véritable fondateur du temple à!Apet f A-t-il voulu rendre hommage à une tradition qui faisait naître Osiris à Thèbes, et choisi l'emplacement qui lui parut le plus conforme aux anciens souvenirs t Ou bien n'a-t-il fait que relever un édifice plus ancien ? Nous sommes moins heureux que pour d'autres temples, et les inscriptions ne nous donnent aucun renseignement à cet égard.

La magnifique statue saïte en serpentine verte de la déesse Apet à corps d'hippopotame, trouvée par M. Mariette, non loin de là, sur l'emplacement de la ville antique, peut provenir d'un temple plus ancien, et avoir été, après l'abolition du culte, enlevée au sanctuaire actuel.

Quoi qu'il en soit, l'emplacement choisi a sa signification. Le temple d'Apet est le lieu de Tengendrement d'Osiris, et, comme tel, il a été placé dans l'intérieur de la grande enceinte qui devient ainsi l'enclos des naissances divines.

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Orientation,

Mais rorientation diffère de celle du monument où trône le troisième personnage de la triade thébaine. Généralement, les temples égyptiens ne sont pas orientés, la façade regarde le fleuve qui est le centre de TÉgypte. Quelques-uns font exception à cette règle, soit pour répondre à des exigences locales, soit pour des motifs symboliques ; à Edfou, par exemple, le temple regarde le Midi, la région céleste d'où Hor-Houd illumine le monde. La même pensée a sans doute guidé les constructeurs du temple de Chons, le dieu à tôte d'épervier, le soleil vainqueur, dissipant les mauvaises influences, qui doit avoir, comme l'épervier, sa face tournée vers le soleil. Il n'en est pas de même du « lieu de Tengendrement » d'Osiris ; il regarde le fleuve, c'est-à-dire, l'Ouest ', rentrant ainsi dans la règle générale qui devient ici symbolique. N'est-ce point dans la montagne d'Occident que le dieu, victime de Typhon, prépare ses renaissances, c'est-à-dire est engendré chaque nuit dans le sein d'Apet ?

Plan.

Le plan du temple est aussi simple et aussi ingénieux que possible. Il est l'œuvre de l'école ptolémaïque qui, modifiant les traditions pharaoniques, a créé le plan d'Edfou et de Dendérah, plan imité par les derniers Ptolémées et les Romains, et sans doute considéré par eux comme le type de la perfection, de la conformité aux règles du Rituel (comp. petit temple au sud de Médinèh-Thabou, temple de Sen- Hour, etc.; voyez Mariette, Dendérah, I, 65).

1. Ce n'est pas l'Ouest vrai ; mais, pour les Égyptiens, le fleuve coule du Sud au Nord^ une des rives est la rive orientale, l'autre la rive occidentale, ce qui fait dire aux Égyptiens modernes qu*à Dcshné^ où le Nil fait un coude, le soleil se lève à l'Ouest.

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J'ai déjà donné une idée de la disposition intérieure de l'édifice. Au premier coup d'œil, deux divisions, matériellement indiquées, peuvent être reconnues :

1® La première réunit les lieux de réunion, de passage, de dépôt pour les objets du culte, et comprend : la salle hypostyle E, l'escalier pour monter aux terrasses, et les petites chambres auxquelles conduisent les portes latérales de la salle £", et qui forment comme une ceinture autour de la deuxième partie du monument ;

2^ Celle-ci, séparée de la précédente par une façade, se compose des salles A, B, C, D ei correspond à ce que M. Mariette a appelé la partie dogmatique. Je vais étudier chaque salle séparément.

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