DIVISIONS SYMBOLIQUES
1* De chaque chambre et du temple entier en deux parties symétriques
correspondant au Nord et au Midi.
Le temple est en réalité « la demeure de la divinité », l'image du ciel qu'à l'exemple du soleil le dieu parcourt sans cesse ^ . Or, ainsi que l'a si bien expliqué M. Grébaut dans son Hymne à Ammon-Ra, le soleil dans sa course d'Orient en Occident partage le ciel en ciel du Nord et en ciel du Midi.
entre elles et perpendiculaires aux premières. Ces diverses salles forment donc, au même titre, comme des subdivisions du sanctuaire ou siège du dieu, dans le sens que je viens d'indiquer. Souvent, aux basses époques ptolémaïques, la chambre m^me de Taxe, devenue trop étroite, et considérée seulement comme l'étape la plus glorieuse de la course du dieu, ne renferme plu$ les emblèmes sacrés comme dans les autres temples ; unadytum central, où la lumière ne pénètre pas^ donne asile aux grandes barques, dont la cabine cache sous ses voiles la divinité mystérieuse (temples d'Edfou, Dendérah, Louqsor).
1. Cette manière de concevoir un temple égyptien, est la conséquence de Tidentiflcation presque constante des dieux au soleil. L'Égyptien se sert, pour glorifier la divinité, des mêmes paroles qu'il emploierait pour cet astre ; il en décrit les divers actes, comme il décrirait un phénomène de la révolution solaire. On ne peut pénétrer dans un monument religieux sans reconnaître dans cet ordre d'idées le point de départ des principales préoccupations de l'architecte, construisant l'édifice ou en disposant la décoration, et de celles du prêtre composant un hymne. J'appelle l'attention du lecteur à cet égard ; c'est un repère auquel il sera souvent ramené dans la présente étude.
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Comme le ciel, le temple est donc partagé en deux parties symétriques correspondant Tune, celle qui est à la droite en entrant, à la région du Sud, l'autre à la région du Nord. Aucun monument égyptien n'échappe à cette règle. Les stèles mômes y sont soumises, et on en retrouve l'application dans les emblèmes gravés au cintre ou servant de frontispice. L'aspect de la vallée du Nil fait comprendre l'origine de cette division: aujourd'hui encore le moderne Égyptien, en un point quelconque du fleuve, se trouve entre le Midi et le Nord, et ses indications les plus familières partent de cette donnée. Dans les temps antiques, ce dualisme ne s'appliquait pas seulement au ciel. Comme M. Maspero l'a montré dans ses cours au Collège de France, il s'étendait à l'Univers entier, divisé jusque dans ses moindres éléments en deux parties égales, correspondant au midi et au nord de l'élément; la réunion de ces deux parties compose l'élément lui-môme, et ainsi s'expliquent les nombreuses expressions hiéroglyphiques, où entre
le nombre 2, ai, par exemple, signifie simplement « le
temple de Ptah ». Il résulte de ce qui précède que la division du monument en Nord et en Midi s'appliquera à chaque chambre en particulier, et c'est ce que nous serons amenés à vérifier constamment ci-après.
2* Division des salies mystérieuses en salles orientales et salles
occidentales.
Cette division symbolique du temple n'est pas la seule ; elle se combine avec une autre, plus importante au point de vue du plan général de l'édifice et du groupement des salles divines entre elles, et qui tire aussi son origine de l'identification du temple avec le ciel parcouru par le soleil.
Tout ce qui est à la droite de l'adorateur dans le temple, rappelant pour lui le Midi, comme nous venons de le dire, devra être accompagné d'idées de lumière, de vie ; tout ce qui est à sa gauche lui rappellera la région du Nord que le
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soleil ne parcourt point, et les idées de ténèbres, de mort, y domineront. — Mais ce qui est la droite pour le prêtre, regardant le fond de Tédifice, est la gauche du temple, et si Ton continue la comparaison avec le ciel où trône effectivement le dieu, la salle divine (ou toutes les salles divines dans un grand temple) de droite, devenant le ciel de gauche, c'està-dire TEst, devra avoir rapport au culte du dieu dans le ciel oriental. Cette disposition est celle des papyrus, où, à la droite du spectateur, le défunt passe dans l'hémisphère supérieur. — De même, la chambre de gauche devra être en rapport avec le dieu dans le ciel de Y Ouest.
Entre la chambre du nord et la chambre du sud est celle qui figure la région intermédiaire, c'est-à-dire le sénith ; c'est là qu'on placera le sanctuaire, le trône par excellence du dieu, le lieu où il est à Tapogée de sa gloire, où il résume sous sa transformation la plus magnifique tous ses rôles et toutes ses facultés. Quelle que soit la divinité adorée dans le temple, quelle que soit sa personnalité dominante, qu'elle prenne le nom d'Ammon, d'Horus, de Ptah ou d'Hathor, elle devient dans son sanctuaire le grand dieu, celui de qui tous les autres dérivent. — A la gauche du temple, ses attributs se particularisent, elle est sous un autre nom la puissance victorieuse, terrible, celle qui a lutté pour les renaissances divines et maintient sa création, celle qu'on invoque dans les moments de détresse, quand l'homme ou le dieu sont en danger. Les chambres de ce côté, en un mot, sont consacrées à la glorification des forces actives de la divinité. — Dans les chambres du côté droit, le dieu est tombé sous les coups du méchant\mais il n'est mort que pour renaître; son tombeau devient son nouveau berceau, et le prêtre célèbre, dans cette partie du temple, la divinité quand elle conserve un rôle passif.
Telle est la règle symbolique qui a présidé d'une manière
1. A Tépoque ptolémaïque, il prend spécialement le nom d'Osiris.
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générale à la conception du plan à\x groupe dogmatique dans les temples égyptiens. Le petit monument de Karnac n'y a point échappé. Nous verrons en étudiant la décoration des trois salles A,B,C, qu'elles répondent bien aux trois régions de l'Est, du zénith etdeTOuest, où le dieu poursuit sa carrière entre le ciel du Midi et le ciel du Nord ; que, loin d'être consacrées chacune à un dieu proprement dit, elles sont composées comme trois stations de l'épopée divine. Les inscriptions gravées sur le lintel de la porte des chambres B, C, par exemple, mettent ces chambres chacune sous l'invocation de deux divinités ^ .
Cryptes.
Enfin, le temple possède deux cryptes qui ont leur issue dans les chambres latérales B, C, On y pénètre en rampant par une étroite ouverture, située immédiatement dans l'angle le plus voisin de la chambre du milieu ; après avoir traversé l'épaisseur de la muraille^ on se trouve dans un couloir parallèle au sanctuaire et de même hauteur. C'est là que l'on cachait les objets les plus précieux du temple, nécessaires seulement dans certaines cérémonies, ou qu'on voulait mettre à l'abri d'un coup de main. Une pierre mobile fermait l'entrée ; au-dessus, on a sculpté, suivant la chambre^ les étendards d'Osiris ou d'Horus, qui, à l'exemple des inscriptions gravées sur les portes des cryptes de Dendérah, doivent arrêter l'ennemi par leur vertu magique.
1. La règle peut se formuler, en résumé, comme il suit: Dans tout temple, les chambres correspondant au culte du dieu dans le ciel oriental sont à la droite du spectateur, regardant le fond de Tédiâce, les chambres de VOuest à sa gauche. Dans toute salle, le Midi est à la droite du spectateur se dirigeant vers le fond de la salle ; le Nord à sa gauche» Ceci est indiqué par la décoration. Il y a quelques exceptions : on a parfois, surtout pour la division en Midi et en Nord, tenu compte de l'orientation du monument.
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