XX NOTICE
» C'est alors qu'on désire des lettres, mais on n'a plus la » force d'en écrire, on s'endort sur sa mise au net, ce qui » m'est déjà souvent arrivé. » Les habitants, habitués à voir défiler des troupeaux de voyageurs essoufflés, avaient commencé par se méfier de ce touriste, qui ne s'en allait pas comme les autres après deux heures de promenade, mais qui voulait s'installer chez eux. Rassurés bientôt par sa bonne humeur, ilssétaient liés avec lui et s'évertuaient à lui rendre la vie facile, a [ci, à Edfou, je jouis de la société du grand » monde qui me recherche beaucoup. Mon bateau est » amarré derrière celui du vicc-moudir dont il semble la » chaloupe. Tous les jours, ce seigneur, venu pour j'impôt, » m'envoie chercher pour dîner avec lui, ce que j'évite par » mille moyens, vu que je déteste la soupe au citron. Il » vient là le maire, l'employé du télégraphe (car il y a le » télégraphe partout pour le Gouvernement), et on me de- » mande mille détails sur le Magreb. Ils sont émerveillés » que j'aie observé tant de choses et que je sache qu'ils » sont malékites. Le lendemain, ces Messieurs viennent au » temple et me font cortège à mon retour. Je songe à me » porter aux prochaines élections. » Le travail allait bon train, mais les ressources s'épuisaient et il fallait obtenir du Ministère une mission nouvelle : M. de Ilochemonleix espérait se donner des titres à l'obtenir, en copiant le plus qu'il pouvait : « 1^ une chambre couverte de textes de haut en » bas, sur Osiris\ et il y en a pour plus de dix planches » calculées d'après celles qu'on fait; seulement, c'est du » travail à huit mètres de hauteur, une bougie à la main,
1. C'est ce qu'il appela plus tard la Deuxième chambre de Sokaris, Edfou, pi. XXV.
NOTICE XXi
» lellre par lellre, sur deux échelles liées ensemble, et » mal écrit ; i^ je copie des textes photographiés en per- «> spective par M. de Banville; 3^ un texte relatif à la nais- » sance d'Horus, 115 lignes ; 4** un texte où il y a le car- » touche d'Amenemhâ et d'Usurtesen, de quatre mètres de » haut, et serré ; 5° La bibliothèque avec noms de livres, » voyez Clément d'Alexandrie, et, pour comparer, j'ai » copié à Phila^ la bibliothèque; 6"" les dédicaces des » chambres. Je quitte Edfou dans cinq ou six jours et » retourne à Thèbes lermhier un autre temple', en m'ar- » rétant à El-Kab*. » Il espérait que tant de travail toucherait le cœur du Ministre, et il comptait sur le concours de ses amis de Paris pour profiter de cette bonne impression, et pour obtenir des bureaux les secours nécessaires à Taccom plissement de son œuvre.
Lorsqu'il rentra en France au mois de juin 1876, il rencontra partout le meilleur accueil. Ses études sur les dialectes nubiens avaient fourni à M. Schéfer la matière d'un rapport favorable, et ses copies d'inscriptions, ses plans d'exploration, ses projets d'histoire religieuse, soumis aux égyptologues, avaient emporté leur approbation chaleureuse. Mariette s'était d'ailleurs exprimé sur son compte de la manière la plus élogieuse. « J'esh père, disait-il, que ce jeune homme fera son chemin. » Il est désireux d'apprendre, il est très instruit, il a » l'esprit juste et une certaine aptitude naturelle que j'ai » eu plus d'une occasion de reconnaître. Seulement il
1. C'est le temple d*Apet dont la notice inachevée est publiée, p. 169 sqq. du présent volume.