‹ OEuvres diverses. PublieésChapitre 161 sur 218 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

C'est pousser l'illusion un peu loin. Mais ce palais (les fées, quand en sortirons-nous?

LE ROI

Quand je serai assuré de plaire a la belle Eliska.

FÉDÉRIC

Eh! sire, il ne fallait donc pas vous déguiser en simple chevalier partant pour une expédition contre les Turcs ; il fallait, tout en arrivant, dire : Je suis le Roi. Avec ce tltre-là on ne trouve point de cruelles.

LE ROI

Mais conçois-tu comme il est piquant pour moi d'interroger mes sujets sur ce qu'ils pensent de mon gouvernement? de m'entendre dire de bonnes vérités dont je puis profiter, ou de recevoir des éloges qui ne sont point des flatteries? Je ne suis point blasé sur ce plalsir-là. Enfin, las des intrigues de ma cour, des perfidies des femmes qui cherchent à attirer mes regards, je trouve ici une jeune personne qui a plus d'attraits qu'elles n'en ont, et une franchise qu'elles n'ont pas. Sous l'habit d'un simple chevalier, sous le nom vulgaire de Ramire, je cherche à l'intéresser, à lui plaire. Figure-toi l'excès de mon bonheur, si je parviens à être aimé pour moi-même !

FÉDÉRIC

Je vois à vos projets un petit inconvénient; la fille de Sigismond est trop noble et trop vertueuse pour être la maîtresse du chevalier Romire-, et vous ne peu-

sez pas sans doute à en faire la femme du roi de Pologne?

Pourquoi non? ignores-tu l'origine illustre des Sigismond? Serait-ce la première fois qu'ils se seraient allies au sang royal?

FÉDÉRIC

Et si quelqu'un vous reconnaissait?

LE ROI

Qui pourrait me reconnaître? Le fils du comte est à son régiment et d'ailleurs ne m'a jamais vu. Le comte lui-même n'a point paru à la cour depuis mon avènement... Mais il y a une heure qu'il devrait être descendu ici avec sa fille...

FÉDÉRIC

Oui; et voilà une heure que votre majesté attend.

LE ROI

Que veux-tu, mon ami? je suis amoureux, il faut ouhlier que je suis roi. On m'a attendu souvent, aujourd'hui il faut que j'attende; ailleurs on me fait la cour, ici c'est à moi de la faire. Si l'on me reçoit mal, eh hien! mes courtisans me le paieront; et toi tout le premier. Mais chut! j'aperçois la suivante d'Eliska.

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