‹ Œuvres Diverses publiéesChapitre 159 sur 192 · Nous laissoni^ chinoise · texte numérisé non relu

Nous laissoni^ chinoise

se l'être concilié par de douces paroles et quelques rasades de bon vin :

— (( Votre maître est-il marié ou non? » lui demandât-elle.

— (( Mon maître, répondit le vieux serviteur, n'est point » encore marié. »

— (( Mais a-t-il fait choix d'une personne qu'il aurait » l'intention d'épouser? »

Le serviteur, qui paraissait en proie à V ivresse lui répondit : « Mon maître a dit que s'il pouvait obtenir une » beauté aussi célèbre que vous, madame le désir de son » cœur serait rempli. »

— (( A-t-il réellement parlé ainsi, s'écria la veuve, ou » me dites-vous un mensonge? »

— « Un Chinois avancé en âge, tel c^ue ie suis, conscn- » tirait-il à mentir? » répliqua le vievixL serviteur

— (( Je voudrais, dit alors la dume, ^vie vous fussiez Vin- )) termédiaire entre nous pour arriver £v un mariage, et que, » SI cela ne lui est pas désagréable, vovis 1 u i fissiez connaître » le desir que j ai de devenir son épovaso

— « Mon maître, dit le serviteur .^ ^ .. ,. ^' Voff-ùro

. , 11- ^ '^ * » *.!, élciâ discute 1 anairc

» avec moi, et a déclare que ce ser-^^^ ^ , . ^voM-

1 X n- • »•! ^^^ T:>our Un une excei-

» lente alliance, mais qu il respecte^ i^ i^vjvii i

,) à disciple, et redoute les censurot ^ ^ '"''"

— « Mais en réalité, répliqua Ti^^^^ P^^^^^; ; ^^.^^^ „-, » jamais eu de rapports avec mon <i<^f ^^**i' ^vu^ ^

» suivi ses leçons. Je sais bien qu'il ric^***^ ™^"' " * vec » les relations de maître à disciple j^. Plaisanterait pas a ^ » retirée, l'habitation solitaire, less ^^^l^eurs. la collme c » très éloignés. Qui donc pourriti-t f * . ^Ses les plus voisi ^ » Tachez de lever toutes ces dimci.li -- ^^-^i^e des observations' ,, pour vous. .. '^^ ' il y aura de bon vin

Le serviteur donna son assentii^ ..

s'éloigner lorsque la dame ajouta ^ ^* h ce plai^ ^* ^ ^^ » sent, qu'il soit jour ou nuit, ne rr^.^ ^ ^i votre maître con

'^"-^^■^quez pas de venir sur-

)) tion de savoir s'il se trouve vis — àr— ^v^îs de Chouang-Sang » dans la relation de disciple à miiîtr^, puisqu'il napas reçu » directement ses leçons; mais il s^ renoontre dans Taffaire » trois circonstances funestes qui détormînent la réponse )) que j'ai à vous faire. »

— (( Quelles sont donc ces trois ci r-constances? » dit la veuve impatiente.

— (( Mon maître fait d'abord obser^ver qu'il est arrivé )) dans cette maison au milieu du. trovxble d'un événement )) malheureux : un mariage arrang-o sous de si tristes aus- » pices ne donnerait pas de bonheur- intime et serait vu de » mauvais œil.

» En second lieu, dit mon xnaîtr-o, Chouang-Sang et » Tien-Shi ont vécu ensemble comxno mari et femme : or, » Chouang-Sang était un docteur célobre de l'école du Taô. » Ma science est bien inférieure à, la. sîoriiie • ie dois craindre » que, pour ce motif, elle ne vienno ît, me mépriser.

» Finalement, mes bagages sont i-ostcSs en route; ilsn'ar- » rivent pas. Je ne suis donc pas en état de subvenir aux )) dépenses des cadeaux et de la fôto dos noces, car il n'y a » personne ici qui puisse me prociar-or- dé l'areent

)) Telles sont les trois raisons qui r^otiorment mon maître.»

— (( Il n'y a nulle nécessité, reprit la dame de s'attacher » à ces trois circonstances. Un cadav-ro n'est pas la source » de la vie : il y a derrière la maison une petite chambre ,) vide où je puis le faire transporter^ ^fixi d'écarter les aM^ » pices défavorables.

» Ensuite, s'il est vrai que mon ciôfu-r,^ ■ e ^

« docteur de la doctrine du Taô, il rx Gxx^lJ^f' "* T "^^^^'^ » car il a eu le désir de divorcer avec sa ^ " pas plus moral, » louaient sa creuse vertu et le pr-irxo ^"îi'^®" *^0"»™e8 » prendre à sa vaine réputation. Jl 1^,'^ «e Tsou se laissa » considérables dans le but d'en faire sc^ <>« rit des présents

» mais, se rendant bien compte de l'ij-» P^'^mier ministre. » lents, mon mari vint se réfugier i^.! ^^ffisance de ses ta-

y a quelques mois,

déposèrent dans une hutte ruinée derrière l'ha^****'Ttout salle à toit de chaume fut ensuite nettoyée et par^^' ^ fut disposé pour la fête des noces :

Le prince a de l'esprit ; la. veuve est encore b^^^*' Mais pour un seul cheval ce n'est plus une selle L'époux qu'elle a chercliô comble son vif désir, Et son cœur tout entier s'abandonne au plaisir.

Le soir. Tien-Shi prépara liv cluvmbre nuptiale et g*AY\\\\. la salle de lumières. Le prince s' y rendit vêtu d'un pantalon et d'une tunique à ceintxxre ornée de boutons. Sur un cjileçon de soie, Tien-Shi portait un surtout brodé. Us se placèrent tous les deux aia lï^ili^vi des flambeaux enguirlandés, et ressemblaient à des pierres précieuses encbâssées dans une monture d or dont U, >^euuté serait indescriptible.

Lorsque les cérémonies furent terminées ils se prirent l'un Tautre par la main avec tc^i^-i^^ tnit,i.b, n» ^ taffection, et entrèrent dans W*?^ ^«« marques à Uive NVn«^ vidé la dernière coupe, ils so* V:"**"^brc nuptia\e. lA, ^^'^^^^ lorsque subitement les do vi x: ^^^POfaient à se mettre ai» *■ ^^. tèrent : les yeux fixés sur v.iri ^^^^^^^ *^^ prince sft cont^* ^ç, pouvoir plus faire aucun monv^*^^*^* unique, \\ s(iTO\A\>>, ^ÔKi se redresser, mais tombu star i^"^*^"*- Ressaya toutef *^^ x)0\trine des deux mains. Tovit e^ ^""Lf"^ ^« frappant !•> q«>^ éprouvait au cœur une dotii^ /-. ^^ *^ P^t dire, c'esk>

Tien-Shi, qui aimait rêeH ^^tolorable. ,.^^^

de voir son mariage doveni ^^^nt ^® Prince, trè<, ,^^î \«i l'embrassa et le frictionuîx I ^^nsi inutile sW ,^ ^^}) quelle pouvait être la eau\^^ -es mains/ 0,^,^^^^^''! la souffrance empêchait 1^ ^ ^«^ son malaise -kT-.^^'^ meuse couvrait ses lèvres ^^^'^'^ce de narl^^rT' ^^'^^^^ l'^ve é^"' sance. ' «^t il p^^^.^ ^«r : unesiC^ ^nnai*'

A cet instant, le vieux se**. - '^ ^'^^^

1) eu quelquefois de seiriKi -^ -.^^ ^OUr »T^»^„ • « ^'^'^

'''^^^^ « lui denwc-^

puis, grinçnnt des dents et mcttiin* <3« cciy force, elle fit tomber la hiiche sur- 1<^ *"J"'^VV funéraire. Mais, comment peut-cllo, aet" ^ . ^ réussir à fendre le bois de la caisse ? ^-^ *~^^ \Sih^ lu raison que ee bois était fort mince. C^'joiJ'' Av\*y rt "^'^ sa positivement recommandé la plus strict^ ^^ ^^ VÎV/ '^^'ft confection de son cercueil. %\ ^^fii ^'^'f

Au trente et unième coup, un éclat cl<3 ^^^^^ *^ 'ioj>'^^^r en continuant de la sorte, elle finit par jj>n»-t'*ï(^^ ''e (/'•'"»(

ture suffisante. ^^\ ^^^

Elle s'arrêtait pour reprendre haleine, <3^*'^ ''/Jo *%.

elle vit Cliouang-Sang, poussant un praf^'if^^ ""'.?/■/

lever le couverele du cercueil et se mettre Sq^ ^^ ^'^f^

Malgré toute sa hardiesse et sa résoluti'^'î, ^o/j^'''. ^o^ soudain prise d'une peur extrême: ses jartihe^ ^//e J^^'"it, la soutenir, ses muscles perdirent toute fwcç *^«s^^ ^*^^6> devint d'étoupe. Pleine de confusion, elle -se (^â,?^ ®Oh^^^ 'i^ en laissant machinalement tomber la hache pjt,, '^» tio '^^^t-

Chouang-Sang la rappela : « Relevez-moi, ^ '^''f-o. '^^^^fe.

Ne pouvant se refuser à obéir à cet ordre, «ij '^'ïi^j sortir du cercueil. *^ ïu» .".'*

Il prit la lampe et se dirigea vers sii cliamh " ^ ^

suivit. ^^' Of,

Comme elle savait que le prince et son servit ^^

elle se sentit inondée d'une sueur froide- ^^ y ^t pas, elle reculait de deux. ' '^^**'tXçiij^T^*'<3ne

En entrant dans l'appartement, où tout était ^'^n

disposé, Tien-Shi n'y vit ni le prince, ni le r ^^^Uîhjétonnée, elle comprima ses appréhensions et ^'"^^te,^/^*^ent caractère artificieux, dit à Chouang-Sane • ' ^^r*^en- ^"^rt

— « Après votre mort je suis demeure^ i '^^^^ ®**«

» mes tristes pensées; mais, ayant entendu ^'^'' ^' Ht ■ » une espèce d'écho dans votre cercueil ^^ ^^Uit ^^ris

» pelée que dans le passé plusieurs person'n'''^ *^c si" ■^^"^'ïie » possession de leurs âmes. J'ai donc espé ■ ^^«ie ''^P-

^ aussf

370 LA VËUVË

Bien plus facilement que le bois d'un cercueil, Me briserait le chef pour vous remettre en deuil !

A hi lecture de ces rimes, le rouge de la confusion couvrit le visage de Tien-Shi; sa bouche contractée ne put articuler une seule parole.

Chouang-Sang écrivit encore :

La femme et le mari, dans cent instants d'ivresse. Se jurent Tun à l'autre éternelle tendresse.

Mais le premier venu s'implante dans leur cœur Et remplace l'objet de leur première ardeur.

Vite 1 sur le cercueil que la hache retombe ! Car il serait trop long d'éventrer une tombe.

« Je vais vous les montrer tous les deux », cria Chouang- Sang, le doigt dirigé vers le dehors.

Tien-Shi suivit le geste et aperçut le prince de Tsou et son vieux serviteur qui s'approchaient. Tremblante, retenant son haleine, elle jeta les yeux autour d'elle et ne vit plus Chouang-Sang. Elle reporta ensuite ses regards vers la porte : le prince et son serviteur avaient disparu.

Comment ces prodiges avaient-ils pu s'opérer? L'explication en est fort simple. Chouang-Sang, comme nous l'avons dit, possédait la faculté de se diviser lui-même en ombre et en substance; le prince et son serviteur n'étaient autres que Chouang-Sang et son ombre.

Parvenue au paroxysme de l'agitation et vovunt c "^ A\

n avait aucun moyen de s'excuser, Tien-Shi r>rit A

ture brodée qui serrait sa taille, l'attacha à une * ^^^~

pendit et expira; mais sa mort était une mri».^. i V ^^' ^^ r^i o 4. y ^^ *^^*ort oieu réftllp

Chouang-Sang, ayant reconnu qu elle avait g \ a .

alla chercher le cercueil brisé et l'y introd.\>^i ^^^clewvre, nant un pot de terre pour instrument de tïxi • P^^s, prepuya sur le cercueil et se mit à chanter : ^^^^> ^^ s'ap-

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