‹ Œuvres Diverses publiéesChapitre 160 sur 192 · CONTE CHINOIS · texte numérisé non relu

CONTE CHINOIS

La comédie est sans cœur ;

Elle et moi, nous étions des acteurs.

Si je n'eusse point été son mari,

Comment aurait-elle pu être ma femme?

Le hasard nous avait réunis ;

Notre vie commune est à sa fin.

Qu'importe à l'homme de vivre en union ou en séparation? Les sentiments sont réglés par la vie ; Mais c'est à la mort que le sentiment véritable se fait jour. Serait-elle morte, si elle n'était venue au monde? Devenue veuve,

Elle déplora ma perte à coups de hache 1

Moi, je pleure sur elle ....

Avec une chanson !

Au bruit de la hache, je revins à la vie.

La chanson est finie ; elle peut le savoir.

Oh ! oh I je brise ce pot de terre,

Et ne chanterai plus I

Qu'est-elle? Que suis-je?

Ensuite il ajouta ces quatre vers :

Après ma fausse mort, vous prîtes un mari ; Mais c'est vous qui mourez et moi qui vous enterre. Ah ! si j'étais bien mort, combien vous auriez ri ! Moi, je ris à prtîfeent, et vous êtes sous terre !

Puis Chouang-Sang, éclatant de rire, brisa le pot de terre, prit du feu dans la salle et incendia la cabane qui contenait le cercueil. Tout fut réduit en cendres.

Les seuls objets qui échappèrent à l'incendie furent les livres du Taô-tih-King et le Nan-houa-King. Quelques habitants du district les recueillirent et les conservèrent à la postérité.

Chouang-Sang se retira dans TOuest et ne se remaria plus. On assure qu'il retrouva Laô-Tsze dans le Han-Kouh-

37â La Veuve

Kouan, qu'il s'attacha à ses pas et ne quitta le monde qu'après avoir atteint le grand Taô et l'état spirituel.

Un poète, s'inspirant de ses aventures, a écrit les vers suivants :

Wou-Ki, tuant sa femme, était un insensé, Kou-Ling, blasphémateur, était un misérable; Mais le sage Chouang-Sang, grattant son pot cassé. Est le modèle vrai de l'homme raisonnable.

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