SA VIE ET SES OLVRAGES. CCXI
j'ai déjà commencé à conlerer le dialogue des orateurs avec le latin. Ce que j'en ai vu me paroil extrêmement bien. La langue y est parfaitement écrite. Il n'y a rien de gêné, tout y paroît libre et original...» Puis après quelques observations de détail sur le sens de certains mots, et une excursion dans son propre domaine poétique, Boileau revient au procédé de Dubois et raconte comment, à propos de son opinion sur un point de la doctrine de saint Augustin, il a été réfuté par le grand Arnaud lui-même, dans une dissertation qui lui paroit ce qu'on a fait en noire langue de plus beau et de plus fort sur les matières de rhétorique. « Tout le monde, dit-il, voudroit que le dévot fût encore en vie pour voir ce qu'il diroiten se voyant si bien foudroyé. » — « J'ai lu, répond Maucroix à Boileau, la dissertation de M. Arnaud sur la |»réface du dévot. Je fus fâché, en la lisant, de n'être pas un peu plus vindicatif que je le suis, car j'aurois en bien du plaisir à voir tirer de si belle force les oreilles à mon homme... »
Malgré les écarts de son imagination et l'apparente fragilité de sa vertu, Maucroix étoil appelé à de longs jours. La force de sa constitution, et, quoi qu'il eu ait pu laisser croire, la régularité de sa vie, dévoient le faire survivre à sou siècle. Triste privilège pour l'homme sensible qui voit, à côté de lui, tomber successivement tout ce qu'il a connu, tout ce qu'il a aimé. Telle fui la destinée de Maucroix.
CCXII MAUCROÏX.
Après son frère, après Coiirart, d'Ablaiicourl et Palm, qu'il aima diversement, voici maintenant des Réaux, qu'il cliérissoit presque à l'égal de La Fontaine. Maucroix, qui certainement connoissoit le manuscrit des Historiettes, absout volontiers leur auteur des attentats énormes que la critique moderne impute à sa mémoire. Qu'on reproche à Tallemant son peu de retenue, ses exagérations et parfois ses inexactitudes, c'est là une affaire d'appréciation et d'examen. Mais traiter de Vidocq de ruelles et d'es/y/o« de bas étage un homme dont les récits, quoique frivoles et parfois malséants, appartiennent si intimement à l'histoire , c'est manquer de sang-froid, d'équité, et cela ne s'appelle plus de la critique. Maucroix dans ses Mémoires ne jette point un tel anathème sur l'auteur des Historiettes, et malgré l'esprit dont on a fait preuve dans l'article auquel nous faisons allusion , nous préférons à ce redoutable factum le petit jugement que voici: « Le 10 novembre (1692) mourut à Paris, dans sa maison, près de la porte de Richelieu, mon cher ami M. des Réaux : c'étoit un des plus hommes d'honneur et de la plus grande probité que j'aie jamais connus. Outre les grandes qualités de son esprit, il avoit la mémoire admirable, écrivoit bien en vers et en prose et avec une merveilleuse facilité. Si la composition lui eût donné plus de peine, elle auroit pu être plus correcte ; il se conteutoit un peu trop de ses premières pensées, car, du reste, il avoit l'esprit beau et fécond, et peu de gens en ont autant que lui. Jamais