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homme ne fut plus exact : il parloit en bons termes et facilement, et raconloit aussi bien qu'homme de France. »
Cette appréciation si bien sentie, venant d'un homme tel que Maucroix, couvrira quelque peu, nous l'espérons, l'auteur des Historiettes, et le maintiendra au-dessus des basses et impures régions où la passion a voulu un instant l'ensevelir. Elle a d'ailleurs le mérite de iixcr l'époque de la mort de des Réaux, qui étoit restée inconnue à MM. Monmerqué et Taschcreau, ses premiers éditeurs.
L'année suivante, le 7 février 1693, mourut aussi Paul Pellisson, de l'Académie, si célèbre par ses relations littéraires el surtout par son noble dévouement au malheureux Fouquet. Pellisson, sur le mérite duquel nous ne reviendrons pas, étoit d'une figure peu avenante. On connoit le mot de madame de Sévigné à queliju'un qui exaltoit sa droiture, sa grandeur d'âme et sa politesse : « Eh bien ! ditelle, pour moi, je ne connois que sa laideur : qu'on me le dédouble ! » Maucroix en parle en ces termes : « C'éfoit un homme de grand mérite.... son chefd'œuvre, c'est l'histoire de l'Académie; sa préface des ouvrages de M. Sarrazinest aussi fort estimée. Il fit beaucoup de traités sur des matières de religion. Il mourut .sans recevoir les sacrements, non par mépris de ces secours si nécessaires aux chrétiens : la mort le surprit. Depuis sa conversion, je ne le vis jamais que dans des sentiments très-catholiques.
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C'éîoit un fort honnête homme d'honneur. Peutêtre qu'il ne manquoit pas un peu d'ambition ; cela hii étoil en quelque sorte pardonnable, il étoit de Castres; d'ailleurs il étoit généralement applaudi. »
Mais le coup le plus sensible qui frappa vers celte épocpie le cœur deMaucroix, fulla mort de La Fontaine. On connoit le retour édifiant du poète aux sentiments religieux et jusqu'où, revenu momentanément à la santé, il poussa la contrition et les austérités. Dans ses derniers temps, il s'occupoitde mettre en vers les hymnes de l'Eglise, et l'on voit, par un fragment d'une lettre à Maucroix que nous a conservé l'abbé d'Olivet, combien ce projet l'occupoit fortement. « J'espère (écrit-il, le 26 octobre 1694) que nous attraperons tous deux les quatrevingts ans, et que j'aurai le temps d'achever mes hymnes. Je mourrois d'ennui, si je ne composois plus. Donne-moi tes avis swlc Diesirœ, diesilla, que je t'ai envoyé. J'ai encore un grand dessein où tu pourras m'aider ; je ne te dirai pas ce que c'est que je ne l'aie avancé un peu davantage. »
On ignore quel étoit ce grand dessein de La Fontaine, et l'affoiblissemeut de sa santé ne lui permit pas de pousser bien loin la traduction des psaumes. On prétend, dit M. Walckenaer, d'après d'Olivet, que sa fin fut avancée par l'usage indiscret d'une tisane rafraîchissante, qu'il prit pour se guérir d'un grand échaufT'ement causé par les remèdes qu'on hii avoit administrés pendant sa maladie Rien de plus touchant que les adieux de La Fontaine à Mau-
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croix, dans celte lettre si souvent réinr )rimée : « Tu te trompes assurément, mon cher am; , s'il est bien vrai, comme M. de Soisssons me l'a dit, que lu me crois plus malade d'esprit que de corps. Il me l'a dit pour lâcher de m'inspirer du courage, mais ce n'est pas de quoi je manque. Je t'assure que le meilleur de tes amis n'a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n'est pour aller un peu à l'Académie^ afin que cela m'amuse. Hier, comme j'en revenois, il me prit, au milieu de la rue du Chantre, une si grande foiblesse que je crus véritablement mourir. Oh! mon cher! mourir n'est rien; mais songes-tu que je vaiscomparoîlre devant Dieu? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi. » Quelle charmante naïveté dans ces mots : « 7c sors pour aller unpeu à l'Académie, afin que cela m'amuse. » Et quelle humilité chrétienne, quelle amitié touchante dans ce précieux billet ! — La lecture en émut profondément Maucroix, qui, sans le moindre retard, le 14 février 1695, y répondit parune lettre pleine de tendresse, d'afïectueuse sollicitude et de pieuses exhortations ; puis il ajoute : « Si Dieu te fait la grâce de te renvoyer la santé, j'espère que tu viendras passer avec moi les rentes de ta vie, et que souvent nous parlerons ensemble des miséricordes de Dieu. Cepen Janl si tu n'as pas la force de m'écrire, prie M. Racine de me rendre cet office de charité, le plus grand qu'il me puisse jamais rendre. Adieu, mon bon, mon ancien et mon véri-
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table ami. Que Dieu, par sa très-grande bonté, prenne soin de la santé de ton corps et de celle de ton âme. »
La Fontaine n'avoit pas vainement pressenti sa fin: «Vrai dans sa pénitence, dit d'Olivet, comme dans tout le reste de sa conduite, et n'ayant jamais songé à tromper en rien ni Dieu ni les hommes, » La Fontaine mourut, le 13 avril 1695, âgé de soixante-treize ans neuf mois et cinq jours. Celte date résulte des recherches patientes de M. VValckenaer, qui est parvenu à retrouver l'acte mortuaire, aux Archives du département de la Seine. Jusquelà, tous les biographes mettoienl la mort de La Fontaine au 13 mars 1695, et c'est la date que lui donne Maucroix lui-même dans cette touchante notice que, le premier, j'ai livrée à la publicité. Elle couronne dignement une si belle et si mémorable amitié : « Le 13 mars 1694 i mourut, à Paris, mon trèscher et très-fidèle ami M. de La Fontaine. Nous avons été amis plus de cinquante ans, et je remercie Dieu d'avoir conduit l'amitié extrême que je lui portoisjiisqu'à une assez grande vieillesse, sans aucune iuterruplion ni aucun refroidissement, pouvant dire que je l'ai toujours tendrement aimé, el
1 J'ai dit que l'extrait des Mémoires que nous avons do Maucroix , n'est ([u'une copie de la main du chanoine Murtin , qui, sans doute involontairement, a tronqué souvent le texte par des à peu près abréviatifs. Il est coitain que cette date, parfaitement connue de Maucroix, avoit été altérée par Murtin : passe encore pour Mars au lieu d'Avril, mais lOOi au lieu de 1695, ce n'est pas Maucroix qui se seroit à ce point égaré.