SA VIE ET SES OUVRAGES. CCXVII
autant le dernier jour que le premier. Dieu, par sa miséricorde, le veuille melire dans son saint repos ! C'éloit l'âme la plus sincère et la plus candide que j'aie jamais connue : jamais de déguisement, je ne sais s'il a menti en sa vie. C'étoit au reste un trèsbel esprit, capable de tout ce qu'il vouloit entreprendre. Ses fables, au sentiment des plus habiles, ne mourront jamais ellui feront honneur dans toute la postérité. »
Maucroix. n'avoil pu assister son ami dans ses derniers moments; mais aux expressions de sa dernière lettre, et à l'empressement qu'il met à connoître les moindres cii conslances de sa mort, on comprend qu'il dut être empêché par quelque soin impérieux Nous avons vu déjà qu'il prioit Racine de le tenir au courant des progrès de la maladie : à la nouvelle de la mort, il se hâte d'écrire à Boileau, qu'il sait parfaitement informé, et de lui demander des détails sur la fin si édifiante de leur ami commun : illustre et touchante amitié de ces quatre beaux génies, dont les lettres ont formé les nœuds, et qui se retrouve pieuse et fidèle au jour de l'éternelle séparation !
« Leschoseshors de vraisemblance, écrit Boileau à Maucroix % qu'on m'a dites de M. de La Fontaine, sont à peu près celles que vous avez devinées : je veux dire que ce sont ces haires , ces cilices et ces disciplines dont on m'a assuré qu'il affiigeoit fréquemment son corps, et qui m'ont paru d'autant
1 Lettre du 29 avril lOOo, p. ^21G, dont il faut rectifier l'attribution.
CCXVIll MAUCROIX.
plus incroyables que jamais rien, à mon avis, ne fui plus éloigné de son caractère que ces mortificalions. Mais quoi, la grâce de Dieu ne se borne pas à des changements ordinaires, et c'est quelquefois de véritables métamorphoses qu'elle fait. »
On sait en effet qu'après la mort de La Fontaine, on trouva chez lui plusieurs instruments de mortification, et qu'en le déshabillant pour le mettre sur le lit qu'il ne devoit plus quitter, on vit qu'il étoit couvert d'un cilice. Maucroix, pour tout héritage de son ami, demanda et obtint ce même cilice, qu'il conserva pieusement comme un monument de la vertu de celui qu'il avoit tant aimé.
« J'ai vu, dit l'abbé d'Olivet ', entre les mains de son ami, M de Maucroix, le cilice dont il se trouva couvert, lorsqu'on le déshabilla pour le mettre au lit de la mort. »
Cette correspondance que la perte de La Fontaine amena entre Maucroix et Boileau, sera toujours lue avec intérêt comme toutes les productions vraiment littéraires du grand siècle. C'est là qu'avec une modestie extrême, Maucroix fait lui-même l'appréciation du genre de talent qu'il croit posséder et qu'il envisage au seul point de vue de traducteur, tant est éloignée de lui la prétention de poêle ou d'orateur. « Vous m'avez dit plus d'une fois que la traduction n'a jamais mené personne à l'iramorlaiité. Mettant la main à la conscience, je
1 Ilist. de rAcadéniie fniiiç. Paris, 17ô0, t. u, p. 34C.