‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 104 sur 204 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CCXIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CCXIX

crois aussi que j'aurois tort d'y prétendre... Pour écrire il me faudroit un grand fonds de science et peu de paresse. Je suis fort paresseux et je ne sais pas beaucoup. La traduction répare tout cela; mon auteur est savant pour moi; les matières sont toutes digérées, l'invention et la disposition ne me regardent pas, je n'ai qu'à m'énoncer... »

Boileau ne faisoit pas si bon marché du mérite de Maucroix, el dans cette même lettre dont j'ai précédemment cité quelquesligues, il lui donne les témoignages d'une atTeclion dont, on le sait, l'auîeur du Lutrin n'éloit prodigue avec personne. « Il me semble, Monsieur, dit-il en finissant, que voilà une longue lettre. IMais quoi ! le loisir que je me suis trouvé aujourd'hui à Auteuil m'a comme transporté à Reims, où je me suis imaginé que je vous entretenois dans votre jardin, el que je vous revoyoisencore comme autrefois, avec tousces chers amis que nous avons perdus et qui ont disparu velut somnium sicrgentis. Je n'espère plus de m'y revoir. Mais vous, Monsieur, est-ce que nous ne vous reverrons plus à Pais, et n'avez-vous point quelque curiosité de voir ma solitude d'Autcuil? Que j'aurois de plaisir à vous embrasser et à déposer entre vos mains les chagrins que me donne tous les jours le mauvais goût de la plupart de nos écrivains modernes. »

Maucroix survécut treize ans à La Fontaine, et ses dernières années, avec un peu moins d'ardeur el d'entraînement, le montrent ce qu'il avoit été

toute sa vie. A l'étiule sérieuse des maîtres de l'antiquilé qu'il conlinuoit à transporter dans notre littérature, ilmêloil, comme toujours, ses conversations familières avec les dames et les relations intimes avec quelques amis de choix.

Au nombre de ces derniers, il nous faut citer Fabio Bruslard de Sillery, député du second ordre à l'assemblée du clergé de 1685, et depuis 1689 évêquede Soissons; prélat que l'on a loué pour sa science et ses aimables qualités. De trente-six ans plus jeune que noire chanoine, il étoit neveu de Mesdames de Sillery, l'une abbesse et l'autre religieuse d'Avenay, dont il est question dans l'une des lettres de Maucroix. Fabio brilioit parmi les beaux esprits, et l'érudition n'étoil pas le seul trait distinclif de son talent. Il couroit de lui des poésies légères, échappées de sa muse enjouée, et dont i\laucroix avoitélé le confident ell'Aristarque. C'est à lui que ce dernier dédia ses Homélies d'Aslérius. La solennité du style obligé dans une dédicace déguise à peine l'intimité (pii s'étoit formée cnlre'ccs deux hommes, si bien faits pour se comprendre. Maucroix y loue, et sans qu'on puisse ici le soupçonner de flatterie, le talent de Sillery pour la chaire, et ce thème lui fournit l'occasion d'examiner une question singulière, et qui dernièrement s'est quehjue peu réveillée i)armi nous : la connoissance des écrivains profanes, l'éloculion qui s'acquiert dans leur pratique, est-eile véritablement utile à la prédicat ion de la parole évangélique? « Les saints Pères des premiers siècles de l'Eglise, dit Maucroix,

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