‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 115 sur 204 · POUR DIANE · texte numérisé non relu

POUR DIANE

J'aime toujours Diane ou plutôt je l'adore, Une inquiète ardeur sans cesse me dévore; En vain pour m'assoupir d'un moment de repos, lj\ nuit répand sur moi le jus de ses pavots,

Quand par loiil sous le ciel la naliire sommeille, J'ai beau fermer les yeux, le chagrin me réveille. Je ne puis faire trêve avecque mes douleurs, El je baigne mon lit d'un déluge de pleurs.

Si Diane du moins savoit ce que j'endure,

Ma peine de moitié me sembleroit moins dure.

Mais, hélas ! mes soupirs des vents sont emportés;

El, n'étant point connus, ils ne sont point comptés.

Qu'importe toutefois si je languis pour elle?

Un téméraire espoir ne me rend point fidèle.

Que la terre à mes pieds s'ouvre pour m'abimer

Si je cherche en l'aimant que le bien de l'aimer!

C'est là tout mon désir; car enfin si je l'aime,

C'est seulement pour elle, et non pas pour moi-même.

Jaloux, de mon bonheur si bien persuadés.

Voyez si vos soupçons ne sont pas bien fondés,

Si l'on peut m'accuser de la moindre licence,

El si jamais Amour fut si plein d'iiniocence!

Celle belle, il est vrai, voyant mes déplaisirs,

A mes soupirs parfois a mêlé ses soupirs ;

Et ses beaux yeux m'ont dit, par un muet langage,

Qu'elle eût voulu peut-être en faire davantage ;

Qu'elle plaignoitma peine, et, pour l'amour de moi.

Qu'elle Irouvoit l'honneur une fâcheuse loi.

Voilà, jaloux esprits, toute la récompense

Dont l'aimable Diane a payé ma constance ;

Mais je ne m'en plains pas, et liens mes maux passés

Par un si rare prix trop bien récompensés.

Je n'en espère pas un plus digne salaire ;

C'est toujours trop pour moi, quoi qu'elle puisse l'aire,

Et, si peu que m'accorde une telle beauté,

Elle me donne plus que je n'ai mérité.

Quand je pense aux grandeurs dont l'éclat l'environne,

De sa témérité mon courage s'élonnc.

Je doute du beau feu dont je mo sens épris,

Et ne puis croire encor d'avoir tant enîrepris'.

Mais l'Amour prend plaisir d'égaler lou[es choses;

Ce dieu voit d'un même œil les pavots el les roses.

Et, sansdislinclion de richesse el de sang,

11 veut que ses sujels soient tous d'un même rang.

Fais donc, puissant Amour, que le front ceint de ni]) ries,

Je traverse une mer qui cache tant de syrles;

Des écueils dangereux garde-moi d'approcher,

Et sois de mon vaisseau loi-même le nocher.

Sans toi, lu le sais bien, une pareille audace

Jamais dans mon esprit n'auroit pu trouver place.

Tu m'enflas le courage, el me fis présumer

Qu'il n'esl rien de trop haut pour qui sait bien aimer.

Je le crus, je l'aimai. Dès lors à celte belle

Je vouai pour jamais un service tidèle,

El que d'un feu si beau l'heureux ou trisle cours

Ne Irouveroit sa fin qu'en celle de mes jours.

1 Ce vers manque dans l'édition de M. Walck.

MADRIGAL

Mon Iris chaque jour croit et devient pins belle; Cet astre en s'élevant augmente sa clarté ; Ma passion aussi croit avec sa !,eauté, Et plus elle a d'appas plus je brûle pour elle. Mais il faut bien enfin que le ciel en ce jour Achève ses beautés et borne mon amour; Leur excès ne peut plus s'accroilre davantage. Je vois dessus son front tout ce qui peut charnier, Le ciel nesauroit plus embellir son visage, Et moi je ne saurois davantage l'aimer.

AUTRE

Pour divertir l'ennui qui toujours m'accompagne, Diane, quelquefois j'erre par la cami^agne :

Je vois rouler sur des cailloux

Le liquide argent des fontaines.

Je vois des prés, des bois, des plaines

Kt ne vois rien si beau nue vous.

Recueil Sercy, 16C0, t. v, p. 397.

AUTRE*

Mon amour offensé par les saa;e> discours Dont soiiveiU je m'e'Torce à iliverlir le coiUN De ma donleiir extrême, En devient l>lu^ impérieux ; F.l sitôt que j'ai dit : il ne faut plus ijue j'aime ! Je sens que j'aime mieux.

AUTRE*

0 mon cœur, ô me-; yeux, comment plaire à Silvie!

Cessez, cruel amour, de tournicuier ma vie, Languissons sans plus murmurer :

Il faut apprendre à se contraindre, VA la servaul sau- espérer :

Brûlez, mon cœur, el mourez sans vous plaindre.

Page 1