‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 138 sur 204 · DAMON · texte numérisé non relu

DAMON

Remarque ce vieux Icniple au sommet de ce monl Qui menace le ciel de son superbe fronl: Voilà ce Saint-Tliierri de (jui la renommée Chez cenl peuples divers à bon droit est semée. Tourne ailleurs les regards, contemple Verzené, Au pied de ce haut mont de lorêls couronné; Là mûrit le doux fruit de ces vignes célèbres Qui font nailre au cerveau de si douces ténèbres.

Délicieux coteaux, (pie les astres malins Détournent leurs regards de vos tendres raisins» ! Mais quelle est cette ville à mes yeux inconnue, Où cent clochers hautains s'élèvent dans la nue?

9AMOIV.

C'est l'illustre cité du sacre de nos rois, Reims, la gloire etl'honneurdu climat champenois. Vois-tu ce temple saii.t dont la superbe masse Dans le milieu des airsorcupe tant d'espace";* Considère ces tours dont l'ouvrage migriard Semble de l'architecte avoir épuisé l'art.

1 L'auteur désigiu; ici en généiul les coteaux qui sont .sur les revers septentrionaux lie la Marne, qui prennent le nom de Montagne de lieims, et oii l'on récolte en effet les meilleurs \ins ruuges (le Champagne. ' W.

DE M.IUCROIX. 95

Qui lecroiroit, Tircis? ce délicat ouvrage De cinq siècles entiers a surmonté l'outrage. Là, jamais les mortels n'implorèrent en vain De la reine du ciel le pouvoir souverain. Là, cent prêtres sacrés, imitateurs des anges, Du Très-Haut, nuit et jour, célèbrent les louanges. Dans ce temple fameux l'invincible Louis Rendit de son éclat tons les yeux éblouis. Quand, par la sainte main d'un prélat vénéralde, H recul l'onclion du baume inépuisable; Baume venu des cieux,dan3 l'ampoule enfermé, Qui jamais par les ans ne sera consumé.

TIRCIS

De ce sacre, Damon, vis-tu donc la merveille *?

DAMO;\.

Oui, je vis celte pompe à nulle autre pareille. Le temple éloil orné de superbes tapis. Les draps d'or el de soiealloienl jusLin'aux lambris. Là tout ce que la France a d'illustre jeunesse De ses pompeux babils déploya la ricbesse. Quoiqu'on vit mille objels briller de toutes parts. Pour moi, sur Louis seul j'attachai mes regards. Que son port étoit i\oi)\e, et que sa haute mine Monlroit bien de son sang la céleste origine !

1 On voit qu'il est question ici du sacre de Louis XIV, qui eut lieu à Reims en 1G34.

Mais, Tircis, est-il vrai ({iie ce jeune héros, D'un soin continue' veille à notre repos, Qu'il raffermit dos lois la piiissunce él)ranlée, Et rappelle à la cour la science exilée?

Oui, Damon, il est vrai, le vieux sceptre des lis Prend un nouvel éclat dans les mains de Louis. Ce monarque, la gloire et l'exemple des princes, Travaille sans reiàclic au bien de ses provinces. Maintenant <[uela paix règiie a'.ix climats gaulois, Il fait (Icurir les arts ; il rétablit les lois. Par ses sages décrets la faveur, l'avarice, Ne Irouvenî plus d'entrée au lempic de justice. Le bon droit maintenant n'a plus besoin d'amis; li'équité sert de guide àraveugîe Thémis; Et dans un juste cours à la tin sont réduiles Du rusé chicaneur les immortelles fuites. Louis, des doctes sœursaimeies nourrissons, El se plaît au récit de leurs doctes chansons, il çuîinoille-i beaux-arts, il chérit la sculpture, Eldi\ savanl pinceau l'innocente impo.stin'e. Parlerai-je, Damon, du vaste l)àlimenl Que tout Paris voit croître avec étonnement? Qu'on cesse de vanter vos merveilles antiques, Ouvrages des Césars, cinpies, Ihernies, portiques, Dont en dépit du temps les restes précieux Attirent de si loin l'étranger curieux 1

Le Louvre vous surpasse, illustres édifices,

De la superbe Rome autrefois les délices.

C'est ainsi que, durant la tranquille saison,

Louis fuit du repos le dangereux poison :

Mais si de ses voisins l'outrageante insolence,

Osoit imprudemment défier sa vaillance,

0 combien de héros tomberoientsous sa main,

Et que son glaive afTreux boiroit de sang humain !

Calme tes fiots mutins, orgueilleuse Tamise,

Et ne t'engage point en si haute entreprise.

Je sais que tes guerriers, en France redoutés ,

En déserts autrefois changèrent nos cités ;

Mais ce temps-là n'est plus, et maintenant la Seine

Ne voit qu'avec mépris ton impuissante haine.

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