‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 139 sur 204 · DAMON · texte numérisé non relu

DAMON

Quoi, nous allons rentrer dans ce siècle de fer, Et Bellone s'apprête à sortir de l'enfer ! Auteur de l'univers, souveraine puissance, De nosfoibles troupeaux prends en main ladéfense.

TYRCIS.

Le bruit court en tous lieux que les fiers léopards Semblent vouloir braver la pointe de nos dards : Mais bannis ta frayeur; de leurs tristes ravages Louis met à couvert nos heureux pâturages.

DAMO« .

Que ses prospérités surpassent ses souhaits ! Qu'à pleines mains le ciel le comble de bienfaits ! II. ft

Que ses jours soient sereins! que jamais la tempête N'approche des lauriers qui couronnent sa tête!

Mais, Tyrcis, il est temps de gagner le hameau : Je n'entends plus dans l'air ni voix ni chalumeau : De ces monts élevés tombent les ombres vaines, Et malgré le soleil s'emparent de nos plaines. Allons à ma cabane, et ne dédaigne pas Un peu de mets grossiers qui feront ton repas.

ELEGIE

A PIIILIS.

Ce n'est donc pas assez des maux qne j'ai soufferts : Tn veux, cruel Amotir, que je rentre en les fers, Et qu'à peine essuyé d'im funeste naufrage, J'expose cncor ma vie au pouvoir de l'ofage !

Quand la parque inhumaine enleva de ces lienx, Après vous, ma Philis, ce que j'aimai le mieux, Je crus que mon amour, pour preuve de son zèle, Alloil dans le tom])cau s'enfermer avec elle ; Je crus que nul objet ne pourroitm'enflamraer, Et qu'après ce malheur je cesserois d'aimer:

Cependant, beau sujet de mon nouveau martyre, Vous m'avez engagé sous l'amoureux empire. Mais qui peut refuser un cœur à vos appas ? Qui peut vous voir, Pliilis, et ne vous aimer pas? On a beau résister, il faut rendre les armes A cet aimable ris, source de tant de larmes. Oui, charmante Philis, ce ris si gracieux Vous peut assujettir les hommes et les dieux; De tous les traits d'Amour, c'est le plus redoutaide, Et qui perce les cœurs d'un coup inévitable. Mais qui peut de vos yeuv éviter le pouvoir? Pour ne vous point aimer, il faut ne les pas voir. Le ciel dans ces beaux yeux tous ses trésors assemble Les Grâces, les Amours, y logent tous ensemble. Ces beaux yeux, toutefois, ont un défaut léger, El qu'aisément, Philis, vous pourriez corriger : Ils ne sont pas émus de mon cruel martyre, Et même l'on diroit qu'ils ne font que s'en rire. Philis, sans ce défaut, à mon gré, sous les cieux. On ne pourroit rien voir de si beau que vos yeux, Ah ! que c'est un grand mal d'aimer une insensible. Aux désirs d'un amant toujours inaccessible. Que rien ne peut fléchir, que rien ne peut toucher, Et pour tout dire enfin, moins fille que rocher! Avant que vous aimer, Philis, je le confesse, J'avois offert mes vœux à plus d'une déesse. Iris, la belle Iris, eut mon premier encens : Après elle, Cloris assujettit mes sens.

Et l'aimable Diane, aussi sage que belle,

Durant qualre moissons me vit languir pour elle.

Ces belles ont souvent accueilli mes désirs,

Et ne dédaignoient pas d'écouter mes soupirs.

Elles plaignoient ma peine, et leurs yeux pleins de charmes

N'ont pu voir sans douleur les miens baignés de larmes;

Vous seule tenez bon contre mon amitié,

Et le mal que je sens ne vous fait point pitié.

Je ne demande pas, mon aimable déesse,

Que votre cœur réponde à toute ma tendresse.

Hélas! qu'un si beau sort me feroit de jaloux !

Agréez seulement que je souffre pour vous,

Que mon cœur vous adore, et dites en vous-même :

Je ne veux point l'aimer, mais je veux bien qu'il m'aime.

La faveur est légère, et sans rien hasarder,

Philis, votre vertu peut bien me l'accorder.

DIALOGUE

LYGIDAS, PHIDIAS.

lYCIDAS.

Philis ne m'aime plus, l'ingrate m'a quitté, Elle n'a plus pour moi que de la cruauté;

I)E MAUCPOIX. lOi

Son changement me coule une peine infinie, Je l'aime, cependant, jusques à la folie !

PHIDIAS

L'adoral)le Cloris est reine de mon cœur ; Un blondin travesti du sien est le vainqueur; Pour elle toutefois mon amour est extrême, Mais l'ingrate pour moi n'en use pas de même.

lYCIDAS.

Le plus grand de mes maux est de n'espérer rien, Hélas! de mon amour je n'attends aucun bien : L'amoup, quand il s'éteint, jamais ne se rallume ; Je connois bien aussi qu'en vain je me consume.

PHIDIAS

Quand on approche un coeur qui n'est point enflammé, On peut avec le temps espérer d'être aimé; Mais à dire le vrai, ce n'est pas s'y connoitre Que d'attaquer un cœur dont un autre est le maître.

LYCIDAS

Un harangueur vêtu de la couleur de lys, M'a détruit pour jamais dans l'esprit de Philis ; Le perfide qu'il est, fûl-fl cent pieds sous terre ! Et maudit soit le jour qu'il vit jamais Saint-Pierre!

PHIDIAS

Un galant inconnu vêtu de violet Est aimé de Cloris, tout autre lui déplaît. Maudite soit cent fois la perruque poudrée, Et maudite cent fois sa pantoufle dorée !

LYCIDAS

Combien j'ai fait pour rompre ma prison! Mais mon mal est toujours plus fort que ma raison. Je retombe toujours dans mes premières peines, Et ne puis ni briser ni délacher mes chaînes.

PHIDIAS

Combien j'ai dit de fois, à mon ingrate aussi : Le rouge vous plaîl trop, allez, sortez d'ici. Je veux résolument me tirer d'esclavage, Mais j'ai beau menacer, je n'en suis pas plus sage.

LYCIDAS

Chère coadjutrice, objet jadis si doux,

Venez reprendre un cœur qui soupire pour vous:

Venez le retirer des mains de ma cruelle,

Et ne permettez plus qu'il languisse pour elle.

PHIDIAS

Oh! défunte marquise, objet de tant de vœux! Vous, pour qui tant de fois j'arrachai mes cheveux ; M'abandonnerez-vous à celte autre marquise, Qui sans crainte de Dieu brûle les gens d'église?

LYCIDAS

Que faut-il faire enfin, que dois-je devenir? Le présent m'assassine et je crains l'avenir. Juste ciel, que l'amour est une dure chose ! Malheureux le mortel dont ce tyran dispose.

PHIDIAS

Mes affaires vont mal, il le faut avoner, Hélas! je ne sais plus à quel saint me vouer ; Je te parle d'amour et de la bagatelle : Je pense qu'à la fin j'en perdrai la cervelle.

LYCIDAS

Ah ! j'avois tant juré de ne plus m' engager.

PHIDIAS

Qui cherche le danger périt dans le danger.

LYCIDAS

Qui veut ne plus aimer, doit éviter les dames :

Leurs yenx sans y penser mettent le cœur en flammes.

PHIDIAS

Mais courrons-nous toujours après ce qui nous fuit ? C'est un vilain métier.

lYCIDAS.

Il n'apporte aucun fruit.

PHIDIAS

Ne songeons plus jamais à l'amoureux mystère, Et laissons là Philis et la petite chère.

LYCIDAS

Pourrons-nous soutenir des dessins si hardis?

PHIDIAS

Je m'en repensdéjà.

LYCIDAS

Et moi je m'en dédis.

PHIDIAS

Ma foi, nous sommes fous de faire tant les braves.

LYCIDAS

Oh ! Philis !

PHIDIAS

Oh ! Cloris ! nous sommes vos esclaves î Adorable Cioris, d'où dépend tout mon bien, Apprenez qu'en amour la couleur ne fait rien; Et que tout bien pesé, les hommes de chapitre Aiment peul-êlre mieux que les porteurs de mitre.

MARGUERITE DE JOYEUSE s *

CHANOINESSE A POUSSOY " EN 1654.

A Ham, la belle Margot

Auroit été contente :

Mais pour troubler son repos,

11 ne lui faut pas de coq

Qui chante, qui chante, qui chante.

1 Marguerite de Joyeuse, sœur de la marquise De Brosses.

2 Auprès de Grandpré.

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