SA VIE ET SES OUVRAGES. CVII
iiirs anecdotiques de la cohabitation de nos deux illustres amis. Pour en apprécier la vraisemblance, il faut jeter un coup d'oeil sur ce qui composoit alors le bagage littéraire de l'un et de l'autre.
Maucroix n'avoit encore rien publié, car les recueils Sercy 1 , Lacroix et Richelet, qui le classoient au premier rang parmi les poètes du genre léger, n'avoient point paru, mais la plupart de ses jolies bluettes n'en étoient pas moins sorties de son portefeuille; les amateurs les recueilloient, et nous voyons que Conrart, l'un des grands collectionneurs du xviie siècle, avoit déjà à cette époque enrichi ses miscellanées de vingt pièces inédites du chanoine de Reims. Quant à La Fontaine, l'opinion est reçue qu'à cette date, rien dans ses productions ne pouvoit laisser soupçonner en lui le grand poète. Ses biographes citent en témoignage de son peu de précocité ces vers qui lui échappent trois ans plus lard, en 1659 :
Hélas !... Pour moi je n'ai rien fait encor ; Je ne suis qu'écoulant parmi lant de merveilles. Me sera-t-il permis d'y joindre aussi mes Teilles ? Quand aurai-je ma part d'un si doux entretien ?
D'ailleurs, ajoute-t-on, tout le monde sait que l'idée de ses contes lui fut donnée par la duchesse de Bouillon, qui ne le connut qu'en 1664 ; et quant à ses fables, dont le premier recueil dédié au Dau-
1 Je parle du grand recueil de Sercy, quatre vol. in-I2, 16G0; car le premier de cet éditeur, Paris, 1U33, pet. in-12, contient deux bluettes de llaucroiï.