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SA VIE ET SES OUVRAGES. CIX

Ce dont généralement on ne tient pas assez de compte dans ces appréciations postiiimies, c'est de la chronologie , surnommée pom'lant l'œil de l'histoire. Il me paroit certain que l'amitié qui unit de bonne heure ces grands génies ne s'engagea point tout d'abord sur un pied d'égalité , et qu'il dut y avoir de la part de La Fontaine quelque chose du patronage, résultant non pas seulement de la maturité de l'âge, mais d'une évidente supériorité de talent. On a remarqué avec une certaine affeciation que la Thébaïde et Y Alexandre de Racine, les huit premières Satires de Boileau et le premier recueil de La Fontaine, datent des années 1G64 et 1665, et l'on en a tiré la conclusion que l'amitié qui unit si intimement nos trois grands poètes, avoil pour base un commun point de départ dans l'estime publique et la célébrité. Mais ou n'a point vu que les pièces de Racine et les satires de Boileau , bruyamment annoncées, réclamoient une publicité immédiate; tandis queles productions de La Fontaine, d'un genre tout à fait intime, pouvoient rester en portefeuille, et qu'elles eussent même couru le risque d'y demeurer bien plus longtemps sans les indiscrétions de ses amis et les sollicitations intéressées de son libraire. Pom* trouver la date des œuvres de La Fontaine, ce n'est donc pas celle de leur publication qu'il faut prendre. D'ailleurs, Pellisson nous l'a révélé: Patru, cet Aristarque d'un goût si sûr, n'avoitil point détourné La Fontaine de faire des fables? Ne lui avoit-il point affirmé que ce genre ne comportoit aucun des ornements de la poésie ? En présence

ex MAUCROIX.

d'un pareil pronostic, La Fontaine, entraîné par son pencliant, pouvoit continuer à converser avec ses bêtes, mais on comprend qu'il ait décliné l'honneur périlleux de la publicité. Je rappellerai l'apologue de le. Meunier, son fils et l'âne, qu'avec Brosselle et les commentateurs, j'ai dit avoir été composé à l'occasion de la prise d'habit de Maucroix (1649), et j'ajouterai que les recueils Conrart, qui ne contiennent encore rien de Boileau ni de Racine, nous donnent dix fables de La Fontaine (dont une inédite), toutes des premiers temps de notre auteur et évidemment antérieures à la publication de son premier recueil.

Ce que l'on dit de l'influence de la duchesse de Bouillon sur le génie de La Fontaine est encore moins souteuable. « Le désir de plaire à la nièce de Mazarin et d'amuser son imagination libre et badine lui inspira, dit-on, ses plus jolis contes, et malheureusement aussi les plus licencieux ! » Mais prenez garde ! Joconde, le premier des contes qui ail vu le jour, Joconde, que l'on affirme avoir été inspiré par la belle duchesse, Joconde parut en 1665 : le privilège qui en autorise l'impression , c'est M. Walckenaer qui le dit, est du 14 janvier 1664; or, à cette époque , la duchesse de Bouillon avait tout au plus quatorze ans i ! C'est en vérité

1 Marie-Aune Mancini, ladornière des nièces de Mazariii, n'avoit au plus que douze ans ut demi lorsque, le 20 avril l(i(>2, elle l'ut mariée à Godefroy-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon. Ce ne fut point elle, comme on l'a dit, qui introduisit La Fontaine dans le monde élégant

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