SA VIE ET SES OUVRAGES. CXI
faire trop d'honneur à la précocité de ses inclinations que de lui supposer à cet âge tant de goût pour la poésie erotique.
De tout ceci je conclus à mon tour qu'on s'est trop hâté d'accuser l'indolence de La Fontaine; que sa verve poétique n'a point sommeillé si longtemps qu'on l'a dit , et que dès le temps de son séjour à Reims, bien qu'il n'eût encore publié que sa traduction de V Eunuque de Térence , i\ étoit déjà célèbre dans le monde littéraire par ses contes et ses apologues. A Reims, on n'a jamais douté que le conte de les Bernois n'ait été inspiré par la liaison de Maucroix et de La Fontaine avec un peintre de cette époque, fort célèbre dans les fastes artistiques de la cité.
Nulle ville de France n'a produit plus d'artistes de tout genre que la ville de Reims, et cependant nulle n'a conservé moins de noms illustres. Le livre des taxes perçues au moyen âge sur les bourgeois, manants et habitants de la bonne ville, ofTre à chaque page les noms vulgaires de peintres, verriers , imagiers, d'émailleurs, de ciseleurs, de maitres-desouvrages et de chefs d'ateliers , dont la chronique n'a pas signalé les œuvres. Mais on n'ignore point qu'à celle époque chaque artisan étoit artiste, et
de Paris, puisque plus de cinq ans avant qu'elle le connût, nous le voyons le poëte attitré du surintendant Fouquet. On sait que la duchesse de Bouillon passa en Angleterre on 1687, et qu'elle y mourut le 2 juillet 1699, dans sa quarante-neuvième année.
CXII MADCKOIX.
que les preuves qu'exigeoil la communauté des métiers garantissoient pleinement le talent des compagnons. Il suffisoit d'être reçu dans la corporation pour mériter l'honneur de travailler aux œuvres d'art que commandoit l'Eglise ou la commune. En ce temps où les chefs-d'œuvre se comptoient par les monuments , nul ne s'occupoit à retenir le nom d'artistes qui, reportant tout à Dieu , nedemandoient rienà la postérité: et pour arriver jusqu'à nous, les noms de Libergier, Jehan d'Orbais et Robert de Coucy ont dîi se retrouver, comme par hasard et mégarde , sur la pierre à demi usée de leur sépulture.
Au xvn« siècle, les Rémois n'avoient point trop perdu de leurs goûts libéraux, cl les arts s'étoient maintenus chez eux à une hauteur honorable. En effet, si les toiles de Moilon , d'Hélart et de Tisserant, si les dessins de Bcaussonnet, les moquettes de Jacques, les planches de Colin, d'Edme Moreau et de Regnesson n'ont guère dépassé les limites du sol rémois, personne n'ignore l'élan donné, de leur temps, à l'art françois par l'illustre Robert Nanteuil, peintre, graveur et poéte'toul à la fois. Au moment delà visite de La Fontaine à Maucroix, Nanteuil, attiré par les libéralités du Mazarin, venoit d'abandonner son atelier à Nicolas Regnesson, son gendre et son élève, et déjà digne du glorieux héritage : mais la couronne des artistes réunis, quoique dépouillée de son plus beau fleuron, resplendissoil encore d'un assez vif éclat.
Maucroix, ce voluptueux appréciateur du hcsxix