SA VIE ET SES OUVRAGES. XIX
du même âge que La Fonlaine, Louis et François de Mauoi'oix liaiîtèrenl les mêmes bancs que notre immortel labuliste.
Une récente découverte bibliographique de M. Rathery , bibliothécaire du Louvre , met cette camaraderie iiors de doute. « Au haut de la première garde intérieure collée sur le carton d'un exemplaire de Lucien, Augtist. Pictun. 162L se lisent ces mots d'une écriture du xviF ^ècle : de La Fontaine, ion yarçon, fort sage et fort modeste : et sur le titre , à travers u-.î bâtonnage postérieur , on distingue le nom de Ludovicus Maucroix. A l'intérieur, p. 89 et 151, on rencontre De La Fontaine , tracé négligemment et incomplètement, en caractères majuscules se rapprochant de ceux de l'imprimerie. » M. l'abbé Poqwet, historien de Château-Thierry, a, comme M. Rathery, vu et touché ce volume, provenant, dit-il, de la famille Pinlrel, alliée de la famille La Fonlaine. 11 y trouve la preuve que La Fonlaine fit sa troisième au collège de ChAteau-Thierry : et de celte mention par Maucroix : De La Fontaine, bon garçon, fort sage et fort modeste, il tire la conséquence que fort aimé de ses camarades , le grand poète annonçoit dès ce temps ce caractère aimable qui lui a valu près de la postérité le surnom du bon La Fonlaine.
A la vérité, pour ce qui regarde notre auteur, il s'agit ici de Louis et non point de François Maucroix : mais il esl bien vraisemblable que les deux frères, dont la destinée fut commune, ne se sépa-
rèrent pas plus au début qu'à la fin de leur carrière, el que lous deux reçurent avec La Fontaine les leçons des régents du collège de Château- Tliierry. Les liaisons que Maucroix ne cessa d'avoir avec quelques habitants de cette ville , et les fréquents séjours qu'il y fit plus tard, témoignent assez de sa prédilection pour un pays qui, avec le goût des études littéraires, lui avoit donné pour l'ami de toute sa vie un homme tel que La Fontaine.
Ses études commencées à Château-Thierry se terminèrent sans doute à Paris ; il en alla de même pour La Fontaine. Maucroix, dont le frère aîné avoit pris le parti de l'Eglise, se disposa de bonne heure au barreau. C'étoit la roule que lui prescrivoit la volonté paternelle. « La situation de sa famille, dit l'abbé d'Olivet , le détermina un peu malgré lui à se faire avocat et à fréquenter le barreau. »
C'étoit le beau temps de Patru,qui,de seize ans plus âgé que Maucroix, jouissoit alors de la double renommée de lumière du barreau et d'oracle infaillible en matière de goût littéraire. Comme Conrart, qui se faisoit le patron de chaque nouveau venu an Parnasse, Patru aimoit à tendre la main à tous ceux dont les débuts au Palais promettoient quelque chose. Maucroix, avec une mémoire des plus heureuses, avec un esprit cultivé, beaucoup de vivacité et de saillies, s'annonçant à la fois comme poète et comme avocat , devoit être accueilli , recherché par ces deux hommes illustres. Aussi le fut-il, et la plus étroite liaison, malgré la dififéreuce d'âge, s'établit entre eux.