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bénëtice à Paley. Les artistes ne furent pas traités moins dédaigneusement par Pitt que les écrivains. Pour la peinture, i| ne fit simplement rien. Des sculpteurs, qui avaient été choisis pour exécuter des monuments votés parle Parlement, eurent à faire antichambre des années entières au Trésor, avant de pouvoir obtenir de lui un penny. L’un d’eux, après avoip vainement sollicité, pendant quatorze ans, l’argent qui lui était dû, eut le courage do pré.senter au roi un mémoire, et se fit rendre ainsi une tardive justice. J1 était absolument nécessaire d’employer des architectes, et il paraît que l’on employa le plus mauvais qu’on put trouver. Pendant toute la longue administration de Pitt, on ne vit s’élever aucun monument public d’upe nature ou d’un style quelconques. 11 est enfin permis d'affirmer qu’il n’est aucun des ministres qu’on pourrait lui comparer pour le talent et Phabileté qui ait témoigné une indilférence plus dédaigneuse aux lettres et aux arts.
Le premier ministère de Pitt dura dix-sept ans. Cette longue période se divise par une ligne do profonde démarcation en deux parties exactement égales. La première finit et la seconde commença dans l’automne de
1792. Pendant tout le cours de la période, Pitt déploya au plus haut degré les talents d’un chef parlementaire. Pendant la première partie, il fut un heureux, et, sous plus d’un rapport, un habile ministre ; quant à la seconde partie, il y fut tout à fait au-dessous des dillicultés qu’il eut à combattre; mais son éloquence et sa science
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parfaite do la tactique de la Chambre des communes dissimulèrent à la foule son insuilisance.
Les huit années qui suivirent les élections générales de 1784 furent aussi tranquilles et aussi prospères que n^raporte quelle autre période égale de notre histoire. Les nations voisines, qui avaient naguère été en armes contre l’Angleterre et s’étuient llattées qu’en perdant ses colonies américaines elle avait perdu la principale source de sa richesse et de sa puissance, virent avec surprise et dépit qu’elle était plus riche et plus puissante que jamais. Son commerce s’accroissait, ses manufactures étaient Uorissantes et l’argent remplissait le Trésor. On avait généralement la crainte mal fondée qne la dette publique, inférieure des deux tiers à celle que nous supportons aujourd’hui avec aisance, se trouvât trop lourde pour les forces dç la nation. La raison n’aurait peut-être pas réussi à calmer ces craintes ; Pilt les calma par un tour d’escamotage. Il commença à se persuader à lui-même d’abord, et puis à toute la nation, ses adversaires inclus, qu’un nouveau fonds d’amortissement, qui ne différait des autres fonds d’amortissement que parce qu’il était moins bien conçu , pourrait, en vertu de quelque mystérieux talisman de propagation appartenant à l’argent, mettre dans la poche du créancier public de grosses sommes non prises dans la poche des contribuables.
Le pays, effrayé d’un diuigcr qui u’en était pas un, salua avec la joie d’une confiance aveugle un remède qui n’était pas un remède. Le ministre fut presque universellement proclamé le premier des financiers. En attendant, les deux branches de la maisen de Bourbon apprirent que l’Angleterre était un antago-
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niste aussi formidable qu’elle l’avait jamais été. La France avait formé un plan pour réduire la Hollande sous son vassclage ; mais l’Angleterre s’interposa, et la France recula. L’Espagne interrompit violemment le commerce anglais avec les régions situées près de l’Océan ; mais l’Angleterre arma, et FEspagne recula. A l’intérieur du royaume régnait une tranquillité profonde. Pour la première fois, le roi était populaire. Pendant les vingt-trois années qui avaient suivi son avènement, il n’avait pas été aimé de ses sujets. On rendait justice à scs vertus domestiques, mais en pensant généralement que les bonnes qualités qui le distinguaient dans la vie privée n’existaient pas dans son caiactère politique. Comme monarque, il était vindicatif, rancuneux, opiniâtre, dissimulé. Sous son sceptre, le pays avait subi des désastres et de cruelles disgrâces, disgrâces et désastres qu’on imputait surtout à ses antipathies insurmontables et à sa perverse obstination quand il avait tort. Tous les ministres, les uns après les autres, se plaignaient d’avoir cédé aux caresses, aux supplications et aux promesses du roi, pour entreprendre la direction des affaires dans une conjoncture diflicile ; mais aussitôt qu’ils avaient, au prix do leur bonne renommée et en perdant leurs meilleurs amis, rendu au roi le service demandé, le maître ingrat s’était mis à intriguer contre eux et à leur susciter une opposition pour les renverser. Chatham, Grcnville, Rockingham, do caractères divers, mais tous les trois cœurs tiers et droits , étaient d’accord pour prétendre que le prince sous lequel ils avaient été premiers ministres était un des hommes les moins sincères. II ne plaçait pas sa confiance, disaient-ils, dans les conseil-
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lers connus et responsables auxquels il remettait le sceau de l’Etat, mais il la donnait à des courtisans cachés derrière les chaises de son cabinet. Dans le Parlement, ses ministres, pendant qu’ils se défendaient contre l’opposition, à face découverte, étaient continuellement, à son instigation, attaqués sur leurs lianes ou sur leurs derrières par une vile bande de mercenaires qui se disaient les amis de Sa Majesté. Ces hommes, en possession de places de cour lucratives, parlaient et votaient contre les projets de loi que le lord de la chancellerie ou le secrétaire d’Etat proposaient législativement avec l’autorisation du souverain. Mais, du jour où Pitt prit la direction des affaires, on vit cesser les influences occultes. Son esprit hautain et ambitieux ne pouvait se contenter de l’apparence dn pouvoir. Toute tentative pour le miner à la cour, tou mouvement de mutinerie parmi ses adhérents dans les Chambres étaient aussitôt réprimés. Il n’avait qu’à offrir sa démission, et il dictait ses conditions. C’était lui et lui seul qu’on trouvait entre le roi et la Coalition. Il n’était donc guère moins qu’un maire du palais. La nation approuva le roi d’avoir la sagesse de reposer toute sa confiance sur un si excellent ministre, et les vertus privées de ce prince commencèrent à produire leur effet ; Georges III fut considéré généralement comme le modèle des gentilshommes de province , respectable, honnête, bienveillant, sobre, religieux. Il se levait matin, il dînait selon les lois de la tempérance, il était scrupuleusement fidèle à sa femme, il ne manquait jamais les offices de l’église, et, à l’église, il no manquait jamais un répons. Son peuple pria cordialement le ciel de le faire régner longtemps, et cette prière
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fut d’autant plus cordiale qu’un plus grand relief était donné à ses vertus par les vices et les folies du prince de Galles, qui vivait en intimité étroite avec les chefs de l’opposition.
La force de ce sentiment public se manifesta d’une manière signalée dans une occasion solennelle. Pendant l’automne de 1788, le roi perdit la raison, L’opposition, avide de pouvoir, commit la grande indiscrétion dq prétendre que, par la loi fondamentale de l’Angleterre, le prince héritier présomptif avait le droit d’être investi de la régence et des pleins pouvoirs de la couronne. Pitt, de son coté, maintint la vrqie doctriqe constitutionnelle qui veut que, lorsqu’un souverain, pp raison de son âge, d’une infirmité ou d’pne absence, se trouve incapable d’exercer les fonctions royales, ce soit aux états du royaume de déterminer qui sez a le régent et quelle étendue de pouvoirs sera déférée à ce régent. II s’ensuivit une longue et violente lutte, dans laquelle la grande masse du -peuple soutint Pitt avec le mêpap enthousiasme que pendant les premiers mois do son ministère. Les toi'ies l’applaudirent d’une voix unanime, comme le défenseur du lit de 'Souffrance d’un vertueux et infortuné monaïque contre une faction déloyale et un fils dénaturé„.Quelques whigs l’approuvèrent de maintenir l’autorité du Parlement et les principes de 1688 contre une doctrine qui semblait n’avoir que trop d’affinité avec la théorie seiTile de l’inviolable di’oit d’iiérédité. La classe moyenne, toujours prévenue en faveur des mœurs décentes et des wrtus domestiques, entrevoyait avec terreur dans l’avenir un règne trop semblable à celui de Charles IL Le palais qui, depuis trente ans, était le modèle de la famille
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anglaise, serait une peste publique, ime école de dé^ bauche. Aux modestes repas du bon roi, à son mouton et à sa limonade servis à trois hepres, succéderaient des banquets nocturnes d’où les convives seraipnt ti’ansportés.ivres morts che* eux. 4 la table de trictrac où le bon roi jouait quqlques pièces d’ai'gent avec ses écuyers, succéderaient des tables de pharaon d’où les jeunes patriciens.se lèveraient ruinés après s’y être assis riches. Les appartements de réception, d’où le front austère de la l eipe avait repoussé toute une génération de beautés fragiles, redeviendraient ce qu’ils avaient été aux beaux jours de Barbara Palmer et de Louise de Querouaille. Mais, si sévère que fût la réprobation publique au sujet des nombreux attachements illégitimes du prince, son unique attachement honnête était bhimé plus sévèrement encore. Meme dans les cercles graves et pieux, ses maîtresses protestantes scandalisaient moins que son épouse catboliqùe. Personne n’osait contester qu’il dût avoir la régence; mais scs amis et lui étaient si impopulaires, qqe Pitt, avec l’approbation générale, put proposer de limiter les pouvoirs du régent par des restrictions auxquelles il eût été impossible de soumettre un prince qui aurait eu l’amour et la confiance du pays. Quelques partisans intéressés du cabinet, prévoyant un changement de ministre, passèrent ù l’opposition ; mais la majorité, épurée pgr ces désertions, serra ses rangs et présenta à l’ennemi un front de bataille plus i’erme que jamais. Toutes les fois qu’on alla aux voix, Pitt l’emporta. Lorsque enfin, après trois mois d’un interrègne orageux, la veille même de l’inauguration de la régence, on annonça que le l’oi avait recouvré la raison, la
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nation fit éclater son ivresse. Le soir du jour où Georges III ressaisit le sceptre, rilliuninatiou la plus générale qu’on eût encore vue en Angleterre éclaira de ses splendeurs le vaste espace d’Highgate à Tooting et d’Hammersmith à Greenwich. Le jour où italla rendre grâces dans la cathédrale de sa capitale, tous les chevaux et toutes les voitures, dans un rayon de cent milles autour de Londres, ne suffirent pas pour la multitude qui accourait pour le voir passer dans les rues. Une seconde illumination surpassa la première en magnificence. Pitt eut peine à s’arracher aux tumultueux empressements de la foule innombrable, qui voulait s’atteler à son carrosse depuis Saint -Paul jusqu’à Downing-street. Ce fut le moment où l’on peut dire que sa fortune et sa gloire avaient atteint leur apogée. Son influence dans le cabinet était aussi grande qu’avait été celle de Carr ou de Villiers. Son autorité sur le Parlement était plus absolue qu 'autrefois celle de Walpole ou de Pelham; en même temps, il était le favori de la populace autant que le furent jamais Wilkes on Sacheverell. Rien ne contribua plus à exalter son nom que sa noble pauvreté. On savait que, s’il eût perdu sa place après plus de cinq ans d’omnipotence, il aurait à peine emporté avec lui la somme nécessaire pour meubler la chambre d’avocat où, disait-il gaiement, son intention était de reprendre la carrière du barreau. Ses admirateurs toutefois n’étaient nullement disposés à souffrir qu’il fit dépendre son pain quotidien de son travail quotidien. Les souscriptions volontaires qui lui auraient été offertes, dans la Cité de Londres seulement, eussent suffi à en faiie un homme riche ; mais on peut douter que son orgueil eût daigné ac-
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cepter une fortune si honorablement gagnée et si honorablement donnée.
Tel était le degré de puissance et de gloire où s’était élevé cet homme extraordinaire, à l’Age de vingt-neuf ans. Mais le changement de la marée allait survenir : dix jours s’étaient écoulés depuis la procession triomphale de Saint-Paul, lorsque les états généraux de la France se réunirent à Versailles, après un intervalle de cent soixante-quatorze ans.
Le caractère de la grande révolution qui suivit la réunion des états généraux fut pendant longtemps très-imparfaitement comprise en Angleterre. Burke vit plus loin qu’aucim de ses contemporains, mais tout ce que découvrit sa perspicacité fut décoloré par le reflet de ses passions et de son imagination. U s’écoula plus de trois ans avant que les principes du gouvernement anglais éprouvassent un changement matériel. Bien de plus doux, rien de plus scrupuleusement constitutionnel que la politique intérieure du ministre. On ne pouvait lui imputer aucun acte qui indiquât une humeur aibitraire ou une défiance jalouse du peuple. H n’avait jamais sollicité du Parlement aucun pouvoir extraordinaire; il n’avait jamais fait une dure application des pouvoirs ordinaires que la constitution délègue au gouvernement exécutif. Il n’avait provoqué aucun de ces procès politiques qu’on qualifierait aujourd’hui de persécution oppressive. Par le fait, la seule instance de
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ce genre qui fut introduite devant les tribunaux, pen^dant les huit premières années du miuistèt^e de Pitt, fut le procès de Stockdale, qu’il faut attribuer non au gouvernement, mais à l’opposition. Investi de la puissance ministérielle, Pitt avait rucbcté les gages qu’à son début dans la vie publique il avait donnés aux champions de la réforme parlementaire. En 1785, il avait soumis aux Chambres un plan judicieux pour améliorer le système représentatif, en obtenant du roi que non-seulement il s’abstiendrait de parler contre ce plan , mais encore qu’il le recommanderait au Parlement dans le discours du trône Le projet échoua ; mais on ne peut douter que, si la Révolution française n’avaiypas provoqué une réaction violente du sentiment public, Pitt aurait accompli, sans trop de difficulté et sans trop de danger, cette grande œuvre que lord Grey, à une époque plus rapprochée de nous, ne put accomplir que par des moyens qui ébranlèrent pendant quelque temps les fondements de l’ordre social. Quand les atrocités de la traite des noirs furent pour la première fois exposées au Pai-leraent', aucun abolitionniste ne parla avec plus do chaleur que Pitt, et, une maladie empêchant Wilberforce de paraître à la Chambre, il fut remplacé efficacement par son ami le ministre. Un bill conçu dans une pensée d’humanité, pour mitiger les horreurs de cet infâme trafic, fut voté en 1788, grâce à l’éloquence et à la détermination de Pitt, malgré l’opposition de
> Le discours par lequel le roi ouvrit la session de 1785 se terroir liait par l’assurance que Sa Majesté concourrait cordialement à toutes les mesures tendant à consolider les vrais principes de la cpnstilulion. Ces paroles furent interprélées dans le temps comme ayant rapport au bill de réforme de Pitt.