CHAPITRE PREMIER
Be sa naissance et de sa noblesse.
Sans perdre de temps à étaler ce que le monde recherche avec tant de soin et admire avec si peu de fruit, pour déclarer les avantages de la naissance et des qualités illustres de cette servante de Dieu, il suffit de dire qu'elle a été la bien-aimée et la très-digne fille de notre digne Mèra, Jeanne-Françoise. Fremiot, première religieuse et fondatrice de Tordre de la Visitation, qui a paru en ce siècle comme un astre dans TEglise, et qui a rempli toute la terre de l'odeur dé ses vertus.
On sait quel fut Monsieur son père, et quelles grandes alliances relevoient des deux côtés cette noble famille; mais, quelque éclatantes que soient toutes ces alliances, elles ne sont pas encore le plus riche ornement de sa couronne. Ce qu'elle a de plus glorieux en ce point, c'est d'être fille d'un père qui, du côté maternel, a eu l'honneur d'être parent de saint Bernard, la splendeur et la gloire de la Bourgogne, le soleil de tous les saints de la
France, la plus ferme et la plus inébranlable colonne de TEglise en son siècle, le panégyriste de Thumilité, Tenfant de lait de la Vierge, Tabeille mystique qui n'a pas eu moins de force que de douceur, ni de pointe que de miel dans ses admirables et divins ouvrages, où Ton voit un tissu continuel des divines Ecritures.
Ce qui est singulier et remarquable en cette alliance dont Aimée De Chantai fut honorée, c'est la juste comparaison de sa vie et de sa conduite avec la bienheureuse sainte Humbeline, sœur de ce grand Saint.
Sainte Humbeline, qui fut un prodige d'agréments et le miracle de toutes les beautés de son siècle, étoit fille d'un père saint, d'une mère sainte, et sœur d'un frère qui a été comme un phénix entre les saints de la France. Durant quelque temps elle fut engagée dans le monde et dans le mariage, ayant eu pour époux le propre neveu du duc Othon de Bourgogne, frère unique de la duchesse de Lorraine. Elle étoit adorée de ce jeune prince, duquel elle fut séparée par un coup du ciel, à la fleur de son âge, pour se renfermer dans un cloître, suivant les persuasions de saint Bernard, son frère, ayant pris le voile, et fait la profession religieuse dans Molesmes, où elle vécut ensuite et mourut en odeur d'une parfaite sainteté.
Notre chère sœur Marie-Aimée De Chantai, baronne de Thorenc, semble n'avoir été parente de cette bienheu-
reuse que pour être son image, par une douce et mutuelle correspondance de la nature et de la grâce, qui ont conspiré unanimement pour les rendre si parfaites et si semblables.
L'éminente vertu de M. De Chantai et sa mort si chrétienne et si^ exemplaire, la haute perfection dont notre digne mère Jeanne-Françoise Fremiot a été le modèle et l'exemple à tout le monde, laissent un juste pressentiment à nos cœurs pour espérer qu'un jour Ton pourra dire que notre sœur Marie-Aimée a été, comme sainte Humbeline, sa parente, fille d'un père saint et d'une mère sainte. De même, elle fut engagée quelque temps dans le monde et dans le mariage, ayant été donnée pour ce double lien à M. le baron De Sales de Thorenc, duquel un coup du ciel l'ayant séparée, elle a pris le voile, elle a fait profession religieuse et elle est morte entre les Inras de sa chère mère, qui pouvoit prendre doublement cette qualité, puisqu'elle l'enfantoit pour le ciel par cette profession, comme elle l'avoit conçue et mise au monde en sa preniière naissance. Et le plus noble de tous ses rapports, c'est qu'elle a fait ce sacrifice entre les mains de notre grand Prélat, François de Sales, frère de son unique époux : c'est pourquoi nous pouvons dire que, si Dieu a voulu qu'elle s'engageât dans le mariage, ça été pour faire éclater sa vertu dans tous les états, pour la rendre participante de toutes les couronnes après en
avoir possédé tous les mérites, enfin pour lui donner la gloire, comme à sainte Humbeline, d'être la sœur d'un serviteur de Dieu, qui, pour la douceur de son style, pour sa pureté virginale, pour la suavité toute pure de la dévotion qu'il a rendue domestique et presque naturalisée en tous les états, doit être nommé, à juste titre, le dévot par éminence, et le saint Bernard de notre siècle.