‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 15 sur 94 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Be •€• exeroloei partloiillerf ^ tant dans ta naalioii que daiM naonaftère.

L'Amante du Cantique, faisant le dénombrement des faveurs qu'elle avoit reçues de son Bien-Aimé, publie comme une grâce particulière qu'il a ordonné en elle la charité : et sans doute ce règlement est un céleste don, qui ne peut être assez prisé, tant parce que la vertu, selon le divin sentiment de saint Augustin, n'est autre chose que l'ordre ou le règlement de l'amour, que parce que le propre de l'amour étant de régler toutes les autres passions, et le propre de l'amour sacré, de régler toutes les vertus et d'ordonner leurs fins et leurs exercices, il ne pourroit faire cette juste direction et ordonnance, s'il n'étoit lui-même bien réglé et ordonné pour la gloire.

Cette jeune sulamite pouvoit rendre la même grâce à répoux sacré. Il n'étoit rien de mieux réglé que son amour, ni rien ordonné plus discrètement que ses exercices.

Elle se levoit toujours à cinq heures, à Fimitation de sa bonne mère. Après avoir fait Fexercice du matin, marqué dans Philothée, auquel elle ne manquoit jamais, elle alloit entendre la messe et vaquer à son oraison mentale en laquelle Dieu lui départoit des lumières et des grâces très-abondantes. L'après-dîner, elle se reliroit pour fiiire un peu de lecture spirituelle, si les compagnies qu'elle étoit souvent obligée de recevoir ne l'en divertissoient, ce qu'elle réparoit néanmoins ensuite, dès qu'elle étoit libre. Elle récitoit son chapelet avec attention d'esprit sur les mystères, . et tous soirs elle faisoit l'oraison, où tous les domestiques assistoient, les exhortant à examiner leur conscience avec contrition de cœur et douleur d'esprit; et elle-même leur en donnoit l'exemple.

Son ménage spirituel étant bien rangé par le doux règlement de la charité, tout alloit par ordre dans le temporel, suivant les saintes instructions que sa bonne et sage mère lui avoit données pour l'une et pour l'autre conduite.

Lorsqu'elle se retiroit dans le monastère, une sœur (1) étoit destinée pour l'entretenir, et cette bonne âme l'aimoit comme son bon ange tutélaire et avoit soin, durant cette retraite, de ne lui porter aucune nouvelle

(1) C*est la chère mère Paule-Hiéronyme de Monthouz.

du monde, afin qu'elle pût imiter l'Amante, qui, en sa solitude, ne se plaisoit de traiter qu'avec son Bien-Aimé, et de lui parler cœur à cœur. Elle dit un jour à sa directrice qu'elle ressentoit un si grand-amour pour elle et qu'elle concevoit les désirs d'une si juste reconnoissance de ses services, que, si il lui arrivoit de faire quelque défaut, elle le ressentiroit plus vivement que si elle-même en étoit atteinte. Sincère argument de la grandeur et de la franchise de cette cordiale affection ! Elle rendoit aussi un compte fort exact de son intérieur, tant à sa bonne mère qu'à cette chère sœur, et faisoit cette action de soumission et d'humilité, comme si elle eût fait profession religieuse. C'étoit une merveile d'ouïr les grandes connoissances qu'elle avoit de soi-même, les sentiments profonds dans lesquels elle entroit sur la considération de son néant, et les hautes vues qu'elle avoit des grandeurs de Dieu, sous le bon plaisir duquel elle s'abaissoit avec une entière résignation et indifférence.

On a su que, pour s'affermir davantage dans les maximes de la sainte humilité et pour assujettir la chair à l'esprit en l'attachant à la croix, elle faisoit plusieurs mortifications, même parmi les tracas de son ménage, et prenoit souvent la discipline en secret. Zèle à se mortifier qu'elle augmenta beaucoup les dernières années de sa vie, et qu'elle accompagna d'un très-ardent désir de dresser toutes ses actions pour le pur amour de Dieu,

et à pouvoir acquérir la pureté d'intention pour les sanctifier toutes.

L'obéissance qu'elle rendoit à ceux qui gouvernoient son âme étoit entière, et la confiance en leurs sages avis, parfaite. L'amour qu'elle avoit pour ses sujets étoit si grand et si considéré, que, quoiqu'elle fût si jeune, en l'absence de monsieur son mari, elle compassoit tous leurs différends, et très-volontiers ils la supplioient d'en vouloir être l'arbitre, tant haute étoit l'estime qu'ils avoient de sa vertu, de son bon sens et de son esprit ; et elle n'en savoit aucun réduit en nécessité sans le faire assister et soulager aussitôt.

Page 1