‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 19 sur 94 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Bile demande Phabit de reUg^ieuie et fait lei vœux folennèlf de la profeMlon.

Entre le baptême, la mort et la profession religieuse, Ton" remarque une si grande alliance, que, si saint Paul assure que par le baptême nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ pour la mort, les Pères ne font nulle difficulté de comparer la profession religieuse au baptême, qui est encore une espèce de mort, de sépulcre et de sacrifice.

C'est la raison pour laquelle la novice qui doit passer de la probation à la profession est mise sous le drap mortuaire, pour lui déclarer que de la vie mondaine elle doit passer par la mort de soi-même et de sa propre volonté à la jouissance religieuse. Ce qui doit être pris dans le sens mystique, ordinairement, a paru vérifié dans le sens littéral, en la sainte profession que fit cette illustre agonisante : ce fut en vérité non-seulement un baptême ôt un sacrifice, mais encore la réception de ces derniers

sacrements, consacrée par une mort toute sainte et une religieuse sépulture. En moins de trois heures, elle reçut les sacrements de Pénitence, d'Eucharistie, d'Extrême- Onction, prit rhabit de novice, et presque à même temps le voile noir et fit profession religieuse, et, par une mort toute sainte, consomma sur Theure la pureté de cet holocauste.

Ayant donc reçu le pain des anges et en Thonneur d'assister à la table de Notre Seigneur avec la robe nuptiale intérieure, elle demanda le vêtement extérieur des épouses de Jésus- Christ; et joignant les mains, elle dit à sa bonne Mère : « Oserai-je vous demander une chose? » Sa Mère, qui savoit combien elle avoit ainaé tendrement son défunt mari, s'imagina soudain qu'elle vouloit être enterrée près de lui. « Ma fille, lui répondit-elle, dites ce que vous désirez que l'on fasse pour votre contentement. Ne doutez de rien; s'il est possible, on tâchera de le faire. — Ma chère mère, lui dit-elle avec un profond soupir et rabaissement fervent et modeste, je vous demande en toute humilité la grâce de votre saint habit, et que je sois enterrée avec les religieuses de cette sainte maison. » Et, regardant le serviteur de Dieu : « Monseigneur, dit-elle, je confesse que je suis indigne de cette miséricorde, mais je vous conjure. Monseigneur et mon très-honoré Père, de ne regarder pointa mon indignité, mais à votre charité accoutumée,

et à ce grand désir que Dieu m'avoit donné dès si longtemps, de mourir religieuse. » Ces paroles firent éclater des sanglots parmi la compagnie, et le vénérable serviteur de Dieu ne put empêcher que son bon cœur n'en fût ému et que les larmes ne coulassent doucement sur son visage.

Notre digne Mère, qui étoit au chevet du lit de sa chère fille, l'arrosoit de larmes de consolation et de douleur, ne la considérant plus seulement comme sa fille selon la chair, mais encore comme une chaste colombe qui alloit prendre son vol dans Téternité. Cependant le serviteur de Dieu lui ayant répondu, au nom de toutes les sœurs, qu'il lui donneroit volontiers le saint habit qu'elle désiroit : « mon Dieu, répondit-elle, que rendrai-je à votre divine bonté pour une miséricorde dont je suis indigne ?» Et tout sur l'heure elle reçut l'habit de novice.

Comme l'on vit que ses forces diminuoient sensiblement, le serviteur de Dieu lui demanda si elle ne désiroit pas recevoir l'Extrême-Onction. « Oui, de tout mon cœur, dit-elle, Monseigneur : je n'avois pas la mémoire de le demander; n'ai-je pas commis une grande faute? Hé, mon Dieu ! je conjure votre divine bonté de me la pardonner. » Il lui dit qu'il n'y avoit point de crime où il n'y avoit point de mauvaise volonté. Elle répondit d'un œil serein et d'un jugement présent à toutes les

cérémonies, lesquelles étant achevées, elle dit : « Monseipeur, il me semble d'avoir rendu extérieurement tous les devoirs de chrétienne, étant munie par la grâce de Dieu de tous les sacrements de TËglise ; mais je n'ai pas bien commencé de les rendre en qualité de religieuse. Vous m'avez donné l'habit de novice, et j'en ai fait mille fois les vœux dans mon cœur; n'aurai-je pas la consolation de les faire solennenement de bouche, pour me voir en effet religieuse professe? » Toute la compagnie redoubla ses larmes.

Les sœurs furent en quelque perplexité sur cette demande. Mais le serviteur de Dieu, ayant déclaré qu'il n'y avoit rien d'impossible, dit à cette illustre postulante et agonisante qu'il lui accordoit sa demande au nom de toutes les sœurs. « Mon Dieu, quelle grâce, disoit-elle, mon Dieu, quelle grâce de me voir au même instant novice et professe! Que j'en suis indigne! Monseigneur, ne regardez que ma bonne volonté. immense charité de notre saint Institut! Ma chère Mère, que la divine Miséricorde est infinie et surabondante en votre pauvre et indigne fille !»

Elle fit ainsi les trois vœux, et le serviteur de Dieu lui donna le voile noir. Il ne fut pas nécessaire d'observer toutes les cérémonies, ni de lui mettre le drap de mort, comme aux autres, pour lui rappeler qu'elle devoit mourir à soi et au monde, parce que les draps qui la couvroient

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étoient en effet des draps de mort, et qu'elle n'attendoit que cette, heure.

On dit que dans le pays ou le soleil ne luit que trois ou quatre heures par jour, il ne laisse pas de former l'or aussi pur que dans les climats où il éclaire plus longtemps, parce que, redoublant la force de ses rayons, à cause de la proximité, sa vertu achève en peu d'heures ce qu'elle ne fait ailleurs que plus lentement : le soleil de justice fit en cette âme ce que fait ce bel astre en ces heureuses régions. En trois heures que dura ce conflit, étant fortifiée par sa vertu, elle paracheva ce grand œuvre pour lequel il faut un an tout entier de probation es autres. Dès qu'elle eut prononcé ses vœux, n'ayant plus rien à souhaiter en ce monde, elle s'écria : Maintenant^ Monseigneur, laissez en paix votre très-indigne servante pour aller voir votre salutaire.

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