‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 21 sur 94 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Sel témoie^iMis^ef cfue notre Vénérable Père a rendus de la ▼Mtn de oette défunte*

Si c'est un grand honneur aux saintes Paule, Marcelle et Eustochie, d'avoir eu pour leur panégyriste un saint Jérôme qui, dans ses lettres, fait de si beaux éloges de leur vertu, ce n'est pas une moindre gloire à cette aimable sœur, que le grand François de Sales, qui a paru en doctrine, et pour la direction des Dames, comme le saint Jérôme de son siècle, ait voulu rendre des témoignages si honorables de sa piété durant sa vie et après sa mort, et qu'elle ait fourni une si riche matière à ses divines lettres.

Ce grand serviteur de Dieu, consolant Madame sa sœur, lui écrivit en ces termes : « Voilà le pauvre cher (( frère de Thorenc, qui, étant allé mener un régiment « de douze cents hommes en Piémont, y fut enseveli « vendredi passé. Ce cher frère est trépassé le premier « jour de son arrivée en ce lieu-là, d'une fièvre pestilen-

« tielle ; il étoit aimable, comme chacun sait, et personne « ne peut assez dire combien il s'étoit rendu signalé aux (( yeux de son prince, en l'occasion de Tannée passée. « Sur cela le voilà emporté : mais Dieu est tout bon et (( fait tout en sa bonté. Il est mort dans le sein de « TÉglise, trèsr<lévotement, entre les mains de nos bons « Pères Barnabites, après avoir fait sa confession génère raie au bon Père Dom Juste, s'être réconcilié trois fois, « et reçu la Communion et TExtrême-Onction : que peut- « on lui désirer de mieux selon Tâme et selon le corps? (( 11 a été assisté en sorte que rien ne lui a manqué : « Monseigneur le prince cardinal et Madame la prin- « cesse l'envoyèrent visiter : les dames de la cour lui « envoyèrent des rafraîchissements pour la bouche ; et, « enfin, Monseigneur le prince cardinal, après son tré- « pas, envoya douze flambeaux avec les armoiries de « Son Altesse Sérénissim^ pour honorer ses obsèques. « Béni soit Dieu, qui a eu le soin de recueillir cette âme « entre ses élus; car, en somme, nous ne devons prête tendre autre chose, il ne peut se dire combien la « pauvre petite veuve a témoigné de constance en cette « occasion. »

Écrivant à un sien oncle, il lui dit : « Ma pauvre « chère belle-sœur témoigne, entre ses pleurs et ses « regrets, la plus aimable constance et la plus religieuse « piété qu'il est possible de dire, en quoi elle nous con-

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<c tente extrêmement pour le désir que nous avons <c qu'elle conserve la petite créature qu'elle a dans ses « flancs. »

Et dans une autre lettre, écrite à un seigneur, il lui dit : « Il a plu encore k Notre Seigneur, ces jours passés, <c de me visiter en notre maison, retirant à lui notre « nouvelle veuve, ma sœur de Thorenc, femme des plus <c sages, des plus vertueuses et des plus aimables qu'on « eût su désirer : il me sembloit que mon frère ne fût « pas du tout mort tandis que cette femme vivoit : elle « s'étok vouée à la Visitation dès l'instant de sa viduité, « et avoit déjà fait ce projet au départ de son mari : et « Dieu lui a fait la grâce qu'elle est morte en cette maice son, d'une mort marquée de sainteté extraordinaire. « Elle demtnda Th^bit de religieuse, et fit les vœux « solennels avant que de mourir. Monsieur, il me fait « grand bien de vous dire nés douleurs, puisque vous « me voulez du bien. »

Écrivant à une supérieure de notre Institut, il lui dit : « Vous vous imaginerez bien de quelle sorte nous avons « été touchés ces jours passés ; ma très-chère fille, ce « n'est plus la madame de Thorenc que vous avez vue, « quoique celle-là fût fort aimable ; c'est une madame « de Thorenc toute dédiée à Dieu, tout élevée à Dieu, « et dans le désir de ne vivre qu'en Dieu, toute pleine de « clarté aux choses spirituelles et de la connoîssance de

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« Dieu et de soi-même, en telle sorte que, dans peu de « temps, elle a été une autre mère De Chantai.

« Je ne vous dirai rien de sa fin très-sainte ; on vous « récrira de chez nos sœurs. Entre ceux qui la virent « en cette dernière maladie, il y en eut qui vinrent « me demander la permission de Tinvoquer, et d'autres « qui vinrent renouveler leurs bons propos, émus du « spectacle de cette mort toute pleine de douleurs ex- « trêmes ; mais de douleurs parsemées de « vive Jésus, « je vous embrasse, je vous aime, je vous adore, vous « êtes mon espérance ; vivent Jésus et Marie, que j'aime « plus que ma vie, » et semblables, prononcées si suavece ment que merveilles. Or, sus, ma chère fille, il m'a (( fait grand bien de vous dire ces quatre mots, qui sont « un échantillon de la piété de cette mort : cette chère « âme est trépassée sœur et fille de la Visitation. »

Il est mal aisé de faire en peu de paroles un éloge plus célèbre et donner de plus vives couleurs à ses ardeurs et à ses lumières : c'est représenter son esprit éclairé comme celui d'un chérubin, et enflammé comme un séraphin, c'est-à-dire que son cœur a été comme un trône qui a l'honneur d'être le siège du repos de Dieu, et qui aussi prend son repos en Dieu : quatre singulières réflexions sont remarquables en ce beau panégyrique. La première, que ce grand serviteur de Dieu la dépeint toute dédiée à Dieu, tout élevée en Dieu et dans le désir de ne u 4

no MARIE-AIMÉE DE CHANTAI.

vivre qu'à Dieu ; et n'est-ce pas dire qu'elle est comme l'amante du Cantique, qui s'écrie qu'elle est tout à son Bien-Aimé, comme son Bien-Aimé est tout à elle; qu'elle est comme saint Paul, qui proteste que Jésus est toute sa vie, et que mourir pour lui est son unique avantage.

La seconde réflexion, c'est que le grand serviteur de Dieu ne fait nulle difficulté de nommer celte mort toute sainte et marquée d'une sainteté extraordinaire; éloge incomparable, procédant d'une bouche si pure et si sage, et qui nous donne lieu de pouvoir espérer un jour quelque éclatante déclaration de toute l'Église, et que nous pouvons dire de lui ce que saint Thomas a dit de saint Bonaventure, lorsqu'il le trouva décrivant la vie de saint François, que c'étoit un saint qui décrivoit la vie d'un autre saint; et que si l'Église universelle a canonisé saint Paul, premier ermite, sur le seul témoignage du grand saint Antoine, il n'est point de grandeur qu'un jour cette aimable sœur tant aimée de Dieu ne puisse attendre sur le témoignage du grand évêque de Genève.

La troisième réflexion, c'est que non-seulement il nomme cette mort toute sainte, mais il ajoute qu'elle a été si touchante et si exemplaire, que ceux qui la virent demandèrent permission de l'invoquer. N'est-ce pas approcher des honneurs qui ne sont dus qu'aux martyrs, dont la mort est si précieuse devant Dieu et devant les

MARIE-AIMÉE DE GHANTAL. iil

hommes, qu'ils peuvent être invoqués dès le moment de leur bienheureux trépas.

La quatrième réflexion, c'est qu'il assure qu'en peu de temps elle a été une autre mère De Chantai ; ce qui est lui donner l'éloge que saint Jérôme attribue à sainte Aselle, au regard de sainte Marcelle, et à Eustochie, au regard de sainte Paule: et c'est à dire, avec le Sage, qu'en peu de moments elle a achevé une longue vie, et qu'en peu d'instants, comme les anges, elle est arrivée au terme de la perfection.

DIEU soiT béni!

VIVE JÉSUS I

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