CHAPITRE PREMIER
ll« sa naîMance et de sa conduite Jusqu'à la mort de son père.
M. Bally, du comté de Bourgogne, et M"*^ Clément, son épouse, ont eu en leur mariage la consolation de voir quatre de leurs enfants consacrés au service de Dieu, entre lesquels notre sœur Françoise-Gabrielle a paru comme un vrai miroir de la vie religieuse.
Dès son enfance, sa modestie fit juger qu'elle étoit
choisie pour de grandes choses. Comme elle s'avança en âge elle crut aussi en sagesse, et, par toutes ses actions accompagnées d'une charmante affabilité, elle servoit de conseil à ceux de qui, selon Tordre des temps, elle auroit dû recevoir des instructions. Elle commença bien jeune encore, de pratiquer publiquement ses exercices et maximes de piété, que les enfants du siècle, qui n'ont point goûté les douceurs de l'esprit de Dieu, font passer pour bigoterie ; mais leurs mépris ne servirent que pour enflammer son ardeur. L'on voyoit croître sa flamme sensiblement parmi leurs contradictions; c'étoient comme des gouttes d'eau qui, jetées dans une fournaise, rendent la flamme plus vive au lieu de l'éteindre. Elle nommoit ce triomphe des contradictions du monde, cueillir des fleurs pour l'éternité ; et, lorsqu'elle rencontroit ses compagnes, pour s'informer si elles avoient souffert quelque mépris pour ce beau sujet, elle leur demandoit si elles avoient offert quelque bouquet à Notre Seigneur.
Dieu retira bientôt de ce monde M"'® Bally, laissant à notre sœur la Sainte Vierge pour seule et unique Mère. Son père vivoit, mais plutôt pour exercer sa piété que pour veiller à son éducation, étant demeuré l'espace de douze ans entiers dans un lit, perclus de tous ses membres et tout couvert de plaies dont l'infection étoit insupportable.
Cette bonne fille, considérant en la personne de son père rimage du Fils de Dieu, qui a paru comme un lépreux sur la croix pour nous rendre ses enfants, se résolut de le servir avec une allégresse et une piété plus que filiales. EUepansoit ses plaies avec révérence; elle étoit continuellement auprès de lui pour lui faire compagnie et lui donner tous ses besoins ; et, comme la longueur des nuits cause un long et nouveau martyre à ceux qui souffrent, elle en passoit une grande partie à lui faire quelque lecture spirituelle.
La mauvaise humeur de sa belle-sœur, qui demeuroit au logis, fut une nouvelle épreuve à sa patience. Elle se rendit sa servante pour contenter son inclination altière et bizarre; elle prenoit la peine de la peigner et delà coiffer, elle déroboit le loisir pour instruire ses enfants avec des soins non pareils ; et, après tant de soumissions, elle n'en pouvoit tirer une bonne parole ni une œillade agréable. Les déférences qu'elle lui rendoit redoubloient ses rigueurs, étant du naturel de ceux qui s'endurcissent par les bienfaits, comme la boue par les rayons du soleil, et de ceux qui deviennent plus insensibles, plus vous leur rendez de services. Néanmoins ces rigoureux et injustes traitements ne la rebutèrent point, et elle s'efforça de faire plus de caresses aux enfants, plus elle recevoit de dédains et de déplaisirs de leur mère.
La lecture du livre de l'Introduction fut alors sa conso-
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lation unique ; elle le nomma son maître, son directeur, son consolateur et son paraclet. Elle en parloit dans toutes les compagnies, enseignant ses pratiques à celles qui ne les savoient pas et leur découvrant la pureté de l'esprit qui est renfermé sous la douceur de ces instructions suaves et salutaires.
On ne la vit jamais oisive, car elle employoit ce qui lui restoit de temps, après le service de son père, à faire quelques petits ouvrages de dévotion, et les donnoit par forme de prix aux petits enfants qui retenoient plus fidèlement les points de la doctrine, afin d'exciter entre eux une sainte émulation à mieux apprendre les premiers éléments de la piété chrétienne. Ces occupations ne l'empêchèrent jamais de faire l'oraison mentale deux heures chaque jour. L'on peut même dire que tout le jour lui étoit un temps d'oraison, ayant commencé dès lors à se tenir toujours occupée en Dieu et à jeter les fondements de cet admirable exercice, qui, sur la fin de sa vie, a moins été par forme de simple habitude, qu'une attention simple, continuelle et actuelle de la divine présence.