CHAPITRE III
BUe est envoyée à Moulins pour faire l'ofAoe d'assiitantei et ensuite à Bourg^es, où elle fkit élue supérieure.
L'an 1617, elle ful^envoyée à la fondation du troisième monastère de la congrégation, k Moulins, en Bourbonnois, où, à raison de la pauvreté de ce commencement et pour quelques autres contradictions qui se présentèrent, son humilité eut beaucoup à souffrir, y étant d'autant plus honorée qu'elle souhaitoit avec plus de passion d'y vivre dans l'abaissement et dans le mépris.
Dieu la favorisa d'une grande maladie durant quelques mois, et sa divine bonté lui départit des faveurs extraordinaires dont notre digne Mère a dit que l'amant céleste n'en communiqua pas de plus considérables à sainte Catherine de Gênes.
L'an 1619, notre digne Mère l'appela au monastère de Bourges, nouvellement établi, pour y exercer la charge
d'économe et d'assistante. Elle y parut comme un luisant flambeau de la maison de Dieu, éclairant les sœurs et les enflammant au saint amour et à Tobservance des règles par son exemple.
Nos sœurs de Bourges étant obligées de faire élection d'une supérieure, jetèrent les yeux sur elle, et, nonobstant toutes ses répugnances, elle fut élue par le concours de tous les suffrages. Dès lors, se souvenant de cette parole que David énonce, à la louange de Moïse, qu'il conduisoit son peuple en l'entendement de ses mains, elle ne se contenta pas d'une sagesse purement effective et qui ne réside que dans l'esprit, mais elle la fit passer jusque dans ses mains ; .c'est-à-dir% que ce qu'elle ordonnoit sagement elle le persuadoit par la pratique et les bons exemples.
Son humilité étoit si profonde que parfois on lui entendoit dire et redire : « Tais-toi, tais-toi, fille de l'orgueil! « hé ! quelle es-tu ? Si Dieu ne te tenoit, les démons font « moins de mal que tu n'en ferois ! » Puis, élevant son cœur à Dieu, elle le supplioit de ne l'abandonner point d'un seul moment, s'il ne vouloit voir périr son ouvrage. Jamais elle ne parloit de §oi, et, lorsqu'elle ne pouvoit s'en dispenser, elle ne disoit que quelques courtes paroles de ses misères et de ses défauts. Cette humilité étoit accompagnée d'une charité immense pour le service des soeurs, saines et malades. On seroit en peine de dire
laquelle de ces deux vertus a été la plus excellente en cette supérieure.
Elle disoit qu'une bonne supérieure doit toujours avoir ces trois considérations devant les yeux : sa propre foiblesse, la présence de Dieu et Tobservance des règles ; que la première rétablit dans Thunoiilité, la seconde Vexcite à la ferveur de Famour divin, la troisième produit le zèle ou la sainte jalousie de travailler pour la gloire du Bien-Aimé.
Rendant compte de son intérieur à notre digne Mère, elle lui écrivit un jour en ces termes :
« Ma très-honorée et très-digne Mère, que vous dirai- « je de mon cœur, sinon qu'il est tout à Notre Seigneur « et à votre charité? 11 ne me semble pas que je puisse « avoir d'autre volonté que la vôtre, que je sais n'être « autre que celle de Dieu.
« Depuis six ou sept mois en ça, Dieu me donne une <( vue si vive et si pénétrante de sa sainte présence, que « je ne sais quelquefois si je suis au ciel ou en la terre ; « aussi, dans ces moments, je ne me regarde moi-même « que pour rentrer dans mon néant en la présence de « cette majesté infinie, et je trouve le doux Jésus si beau « que ma vue ne peut être divertie de l'admiration de « ^es beautés et de ses douceurs sur moi.
(( 11 me semble que je dors les yeux ouverts ; je jouis « dans le fond de mon âme d'un doux et tranquille repos,
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<c et cependant la plus haute pointe de mon esprit ne
« laisse pas d'avoir une certaine douce très-délicate et
a imperceptible vue de celui qui tient mon âme en ce doux
« calme. Cette suave réflexion tient ma nature perverse
« soumise et mon esprit vigilant et prompt à tout ce qui
« est de mon devoir. Cela n'empêche pas que je ne voie
« clairement combien je suis infidèle à Dieu et mécon-
« naissante à ses grâces, ce qui m'humilie sans me causer
« de l'inquiétude ni du trouble comme il a fait autrefois.
« Nous sommes nécessiteuses et pauvres à l'extrême.
« Quelquefois cela me donne du souci à raison de nos
« sœurs ; mais tout soudain je jette mon souci sur la pro-
« vidence de notre Père céleste, et je m'efforce de pour-
« voir aux nécessités de notre petite communauté. Si
« quelque chose nécessaire nous manque, nous nous
« encourageons ensemble à souffrir pour honorer la
« sainte pauvreté de Jésus, naissant tout nu dans l'étable
« et mourant tout nu sur la croix. »
Notre digne Mère répondit ainsi à cette excellente lettre : « mon Dieu ! ma fille très-chère, que vos lettres
« me donnent de consolation ! Leur style ressent du tout
« l'esprit des filles de notre vénérable Fondateur et Père.
« Persévérez en cette voie et en cette confiance; ne
« sortez jamais de cet esprit qui est celui de Jésus souf-
(( frant et s'offrant k la volonté de son père. C'est lui
« qui conduit votre cœur; laissez-le faire. En quelque
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a extrémité que vous puissiez tomber pour le temporel, « je vous conjure de demeurer ferme en la foi de la « parole de Dieu. Imitez Abraham dans son délaisse- « ment, qui crut en Vespérance contre l'espérance. Si « Dieu semble tarder un peu à vous assister, ce n'est « que pour vous rendre plus affermie en votre fidélité et «c pour vous donner son secours plus à propos. Regardez « toujours à lui et à son éternité. Consolez-vous en la « douce pensée qu'il est votre Père et que vous êtes sa « fille, sa servante, sa créature et son épouse. Attendez « son secours en patience, et tenez pour certain qu'il ne « vous manquera pas. Et quand, pour sa plus grande « gloire en nous, il lui plairoit de retirer de nous tout « secours temporel, ne serions-nous pas trop heureuses « de mourir de faim, de soif et de nudité, pour révérer la « faim qu'il endura pour nous dans le désert, et la soif et « la i^udité du Calvaire? Quel bonheur de pouvoir être « martyres de la sainte pauvreté, puisque les tyrans ne « nous donnent plus d'occasions de pouvoir l'être pour la « foi ! Courage donc, ma fille, la pauvreté est la première « fille de l'Evangile et la première béatitude que la foi « enseigne.
« Demeurez dans cette confiance, et sachez que le Sauce veur convertira tout à sa gloire et à l'avantage spirituel « de votre cher monastère.
« Nous devons nous réjouir que cette fondation com-
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« mence avec tant de marques de pauvreté, puisque le
« Fils de Dieu a voulu commencer sa vie temporelle et
« souffrante dans une pauvre étable, dans une pauvre
« crèche et sur de la paille.