CHAPITRE IV
hninbles lentiments qu'elle eut aprèi qu'elle fM hori de la charge de tupérienre.
Lorsqu'elle vit achever les six ans de sa charge, elle écrivit en ces termes pour déclarer ses dispositions à notre digne Mère : « C'est bien maintenant, ma très- « honorée Mère, que votre pauvre Gabrielle est toute « gaie et joyeuse, puisqu'elle n'a plus qu'à obéir. En « vérité, Dieu me donne de très-ardents désirs de de- « meurer obéissante à son exemple jusqu'à la mort, et <K je ne trouve en moi autre capacité que de vivre dans la « soumission. »
Le révérend père Placide, son frère, avoit prié notre digne Mère delà faire venir dans notre maison de Besançon, pour la consolation de ses parents et pour servir à rétablissement de cette maison naissante. Il en écrivit aussi à sa chère sœur avec de saintes tendresses. Mais sa présence étant encore nécessaire dans notre monastère de Bourges, elle lit connoître en ces termes à notre digne
Mère, ses sentiments : « Je remercie Dieu de tout mon « cœur, dit-elle, de quoi il vous fait si bien connoîtrece « qui est utile pour le bien de mon âme. Le père Pla- « cide, qui est bon, a cru sans doute que la gloire de « Dieu lui inspiroit ce désir ; mais moi, qui me sens trèsce mauvaise, je craindrois que ce ne fût un mouvement « de la chair et du sang, ayant souvent la pensée que, « lorsque la juste consolation des parents se trouve sur « le chemin, sans que cela nous détourne de la voie « droite, on peut leur accorder quelque satisfaction cor- « diale, pour la révérence du commandement qui nous « ordonne de les honorer. Mais, lorsque leurs désirs ne « s'ajustent pas aux dispositions de Tobéissance, il faut « imiter Notre-Seigneur qui s'absenta de sa sainte mère « pour se trouver dans le temple et leur dire avec lui : « Nesavez-vous pas que, lorsqu'il s'agit de Vobéissance « et de la volonté de Dieu intimée par l'obéissance, il faut « que je m'y trouve ? Mon âge, mes foiblesses et (plus que « tout) mes imperfections et incapacités intérieures me (( rendent inutile à tout ; et Dieu, par sa bonté, me laisse « un doux repos de cœur, dans Tespérance que votre « charité me jugeant indigne de la conduite des autres (( me laissera toute libre pour me préparer à la mort. « Hélas ! je ne vois qu'abjection et que misères en moi ! « Diei> me fait une grande miséricorde de me faire aller « si doucement mon petit train ; sa bonté m'inspire
FRANÇmSE-GABÎllELLE BALLY. 431
« quelquefois une sainte allégresse et suavité de cœur « et d'esprit. Je me trouve tout investie de sa sainte perte sonne, en une manière que je ne peux dire. Et cela, « naa très-chère Mère, me laisse un grand désir de plaire « à Dieu et d'être tout à lui.
« Tout le reste m'est à dégoût, et je n'y peux penser « sans grande nécessité ; il me semble qu'il n'y à plus « rien à faire pour moi en ce monde, que d'être bien « fidèle à mon Dieu, en l'observance de nos saintes règles, « et rien ne peut me donner de la joie, que d'apprendre « comme quoi Notre Seigneur magnifie par tant de mer- « veilles le tombeau de notre vénérable Père et Fondateur, « et que l'on travaille à sa béatification ; ou, lorsque je « reçois quelque avis, ou quelque commandement de « votre charité, je le reçois comme venant de la propre u bouche du Fils de Dieu qui me parle par la vôtre. Je « vous laisse, ma très-douce et très-chère Mère, tout le « soin de moi-même ; c'est la disposition où je me trouve, « attendant l'heure de mon dernier passage pour l'éter- « nité. »