CHAPITRE VI
Se set dévotions parliouUérei et de l'application continuelle de ion etprit eM Bien.
Ses plus tendres dévotions étoient à la sainte humanité du Sauveur, qui est la première source de toutes les grâces, et au très-saint Sacrement de Tau tel, qui est dans réglise le bassin sacré de cette divine fontaine. Lorsqu'elle avoit reçu son divin Epoux, elle étoit comme hors d'elle-même, durant tout ce jour-là. Pour cacher, la puissante application qu'elle avoit avec ce Bien-Aimé, il falloit qu'elle feignît de se divertir en quelque occupation extérieure. Ce fut un secret qu'elle a toujours pratiqué pour cacher les grâces qu'elle recevoit. Mais, plus elle étoit occupée au ménage et à l'extérieur, plus Dieu l'occupoit intérieurement, l'abandonnant au divin attrait, lorsqu'elle sembloit agir avec les créatures. Sur quoi, s'entretenant un jour avec un révérend père Jésuite, de très-grande piété, pour se faire entendre, elle lui dit qu'elle étoit comme un personne que l'on
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tireroit fortement au milieu d'une compagnie, et qui sentiroit bien la douce main qui la tire, mais qui n'oseroit pas se lever pour ne traiter pas incivilement tout le monde, que de même son divin Epoux la tenoit de si près, qu'elle étoit contrainte de lui dire quelquefois : « Tout maintenant, mon Dieu, je serai librement à vous; mais permettez-moi d'achever ce que j'ai commencé par obéissance, et que je vous quitte pour mieux vous trouver. »
Cette ardeur industrieusement cachée éclatoit la nuit contre son inclination, et se produisoit avec innocence. On ouït souvent qu'elle s'écrioit : « Très-doux amour, fondez ce cœur ; mon Bien-Aimé, ne me quittez jamais ; ô mon doux amour, que je demeure toujours fidèle, éternellement fidèle ! » D'autres fois elle s'écrioit : « Mon doux Jésus, qu'il n'y ait jamais de séparation entre votre cœur et le mien! Soyez tout mien, et que je sois toute vôtre! » Lorsqu'elle étoit maîtresse des novices, ces chères filles l'entendoient à son premier sommeil s'écrier ardemment : « Mon Jésus, paissez vous-même vos brebis, que vous m'avez confiées ! Allons, allons, mes chères sœurs, le divin berger nous conduit ; quittons la terre, et que notre conversation ne soit que dans les cieux ! »
Les principales instructions qu'elle donnoit à ses novices étoient de commencer par la connoissance de 3oi-même, par la crainte de la présence de Dieu, parla
mortification des sens pour parvenir à celle du propre jugement, et finir par celle de la propre volonté, pour couronner par un entier dénuement de soi-même et un abandonnement absolu de soumission et de pure conformité au bon plaisir de Dieu. En cela elle enseignoit aux autres le chemin qu'elle avoit tenu.
Elle avoit encore une dévotion singulière à la Sainte Vierge ; et pour cet effet, dans ses fortes attentions mentales, elle supplia son Amant céleste de lui laisser du moins assez de liberté pour pouvoir dire tous les jours vocalement son chapelet et saluer sa glorieuse et souveraine maîtresse. A quoi elle fut si fidèle, qu'en Textrémité de sa dernière maladie, ne pouvant lire la salutation angélique tout entière, elle disoit, du moins, sur chaque grain, ces deux angéliques paroles, Ave Maria, remarquant que tout y étoit compris et que la Sainte Vierge voyoit le fond de son âme. Elle disoit que c'étoit la Vierge qui faisoit tout en son monastère : et, si quelquefois elle étoit obligée de s'absenter de l'office, et de se voir privée de chanter les louanges de sa divine Maîtresse, on voyoit qu'elle disoit, les larmes aux yeux : « reine du Ciel, je ne mérite pas de demeurer avec vos servantes pour chanter vos louanges; et c'est pour ce sujet que votre sacré Fils permet que j'en sois retirée pour des bagatelles de la terre ; agréez ma bonne volonté. »
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Pariant des grandeurs de cette Vierge et Mère, elle disoit qu'après l'infinité incompréhensible de Dieu, il n'y a point d'abîme pour perdre plus heureusement l'esprit humain que de considérer ces qualités de Vierge et de Mère de Dieu. Et puis elle s'arrêtoit là, sans pouvoir passer outre, étant contrainte de se taire et de révérer par un profond silence les grandeurs du mystère que le ciel adore et que les anges ne peuvent dignement expliquer.
Cette Reine des vierges lui octroya le don de virginité en un degré si rare, qu'elle n'adhéra jamais à aucune imagination contre cette angélique vertu. Elle lui obtint aussi une si parfaite pureté de conscience, que la plus légère omission lui donnbit du remords ; et il falloit que tout sur l'heure elle s'allât jeter aux pieds de la Sainte Vierge, la conjurant de faire sa paix avec son Époux qui ne pouvoit réconduire.