‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 28 sur 94 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Exoellenle déclaration de ion intérieur.

Un peu avant sa mort, elle écrivit en ces termes à notre digne Mère, pour lui découvrir ses dispositions : « Mon unique Mère, permettez-moi de vous dire trois « ou quatre mots de mon cœur ; je le sens plus coura- « geux que jamais, et je me trouve si fortement attirée « à l'observance de nos saintes règles et à la fidélité que « je dois à Dieu, que je ne sais ce que signifie cela. Sa « bonté me donne une vigueur et une allégresse d'esprit « non pareille, accompagnée d'une profonde paix ; et « cela, ma très-chère Mère, me fait détacher de toutes « choses, en telle sorte que je ne me soucie de rien, « pourvu qu'il plaise à Dieu que j'accomplisse sa volonté. « Je ressens le désir d'accomplir cette divine volonté si « fortement gravée dans mon cœur, que, pourvu que je « l'accomplisse, cela me suffit, quoique je souffre de « grandes peines de corps et d'esprit, où Dieu m'aban- « donne quelquefois pendant deux ou trois mois tout

« entiers, et, après, sa douce bonté me tend la main de « son amour, qui me comble d'allégresse. Quand je suis « plus avant dans l'obscurité et dans l'impuissance en mon « intérieur, je vais lire l«s saintes instructions que votre « charité nous donne en ses bénites réponses, et je reçois « des lumières et des consolations en ma voie qui ren- « dent le calme à mon esprit. Mon unique Mère, ce n'est « point la peine qui fait mon tourment, mais la seule « crainte de ne pas faire comme je dois ce que mon Dieu « veut de moi. Ce que votre charité nous dit de l'oraison « m'est si utile, qu'il semble qu'il soit dit seulement « pour moi.

« Priez le bon Dieu qu'il me fasse la grâce d'en pro- « fiter selon sa sainte volonté, et qu'il me fasse entrer « dans la patience et dans la pureté de son esprit. Ma « très-chère Mère, nous sommes toutes à Dieu ; pour « moi j'ai une ardente passion d'être tout à lui, plus que « jamais. Je ne sais si je dois mourir bientôt, mais je « sens un désir si véhément de m'unira Dieu et de faire « sa sainte volonté dans les plus petites choses et dans « l'anéantissement de moi-même, que cela me donne « une douce espérance quil me fera l'honneur de me « retirer bientôt de cette vie mortelle pour jouir de lui. « ma très-chère Mère, si je pouvois vous ouvrir tous « les sentiments de mon cœur, que mon âme seroit « satisfaite ! mais je suis si ignorante que je ne le connois

« pas bien moi-même. Je ne sais pas m'expliquer ; voire « il me semble que Dieu prend plaisir à me conduire « comme une aveugle ; il m'est indifférent, pourvu que « ce divin conducteur règne entièrement sur toutes mes « volontés, puisqu'il voit où je dois mettre le pied ; j'ai « la confiance en sa bonté qu'il ne permettra pas que je « chope ou que je me jette dans le précipice. Je ne vois « que défauts et qu'imperfections en moi. Tout ce que je « fais dans la maison est inutile. Je suis toute misère et « toute inutilité, mais je me console sur la pensée que, ne « pouvant être employée qu'aux plus petites choses et « aux plus basses vertus, je demande à mon Dieu la « grâce de pouvoir leur donner le grand et le très-haut « motif de l'obéissance, qui les élèvera en l'ordre sublime « du pur amour qui me tire à soi et, comme j'espère, « qui me consumera enfin comme une victime de sa « sainte volonté. »

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