‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 29 sur 94 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Oet ▼ertiu qu'elle exer^ en sa dernière maladie el de i ditpoiitionf pour bien mourir.

Quinze mois avant son décès, elle fut travaillée d'une fièvre lente, à quoi ses extraordinaires mortifications avoient beaucoup contribué. Nonobstant quoi, elle ne manqua point de se lever, pour faire son heure d'oraison, avec la communauté; et alors qu'elle fut contrainte de tenir entièrement le lit, quelque mal qu'elle eût, elle se levoit du moins pour entendre la messe.

Elle ne manquoit non plus à dire son office, jusqu'à l'extrémité. Sa supérieure lui ayant dit quelques paroles sévères à raison de la rigueur dont elle usoit envers soi, quoiqu'elle fût très-mal, elle voulut se mettre à genoux pour reconnoître sa faute; et la supérieure lui ayant défendu de le faire, elle se prit à pleurer et lui dit : « Ma chère Mère, pourquoi voulez-vous empêcher ma joie, qui sera tout entière si je puis mourir sous la correction et dans l'exercice actuel de l'humilité et de l'obéissance? »

Le supérieure l'ayant une fois trouvée les yeux baignés de larmes et le visage comme absorbé en Dieu, et lui ayant demandé le sujet de ses pleurs, elle répondit naïvement : « Ha ! ma chère Mère, je vois mon Sauveur qui m'applique les mérites de sa passion ; je vois mon âme toute teinte de son sang précieux, et son amour le porte a me faire part des satisfactions surabondantes qu'il a offertes sur la croix à son Père pour mes péchés. Voyez si je n'ai pas sujet de pleurer de douleur et de joie, et quelle confiance je dois avoir en ce doux Sauveur ! mon Sauveur, s'écria-t-elle ensuite, sauvez votre pauvre servante et • votre petite et trop inutile esclave! » elle demeura dans cette occupation intérieure sans pouvoir passer plusoutre.

Lorsqu'elle reçut les sacrements, les sœurs prièrent le confesseur de lui parler de Notre Seigneur ; mais, comme il avoii plus connoissance de l'union de cette âme avec Dieu que nul autre : « Notre bon Dieu, répondit-il, dit tant de choses à cette âme, qu'il n'est pas nécessaire de lui rien dire. Ne la faisons point sortir d'avec son Bien-Aimé ; laissons-la traiter avec lui seul, sans interrompre ni divertir ses colloques. »

Sa supérieure la trouvant un jour tout ardente d'amour, lui dit : « Ma chère sœur, à quoi pensez-vous? — Ma Mère, répondit-elle, aux approches de mon souverain bien, mon cœur tressaille de joie d'aller voir promptement mon Dieu et mon salutaire. » Et, ayant fait une petite

pause et une douce réflexion en Dieu, elle ajouta : « Ma Mère, il faut soumettre ce cœur à demeurer en Fétat où je suis, jusqu'à la consommation des siècles, si c'est la volonté de Dieu. »

Deux jours avant son trépas, elle reçut TExtrême-Onction avec une dévotion merveilleuse, comme elle avoit reçu auparavant le saint Viatique. Elle baisoit le crucifix et le baignoit de larmes, disant : « Voilà le bâton de Jacob, sur lequel je m'appuie pour passer le Jourdain de cette vie ; c'est la clé de David, avec laquelle j'espère ouvrir le ciel; c'est la vei^e de Moïse, avec laquelle j'espère dévorer tous les serpents de l'Egypte ; c'est l'unique signe avec lequel je veux combattre pour vaincre ! »

Ensuite, elle demanda pardon à ce divin Sauveur de toutes les ingratitudes et infidélités de sa vie passée; et, l'heure de son trépas étant arrivée, elle pria qu'on dît pour elle l'oraison que Notre Seigneur fit à son Père pour ses Apôtres après la cène. Elle l'écouta fort attentivement et l'accompagna de plusieurs ferventes saillies et transports d'esprit. Et, comme on finit cette oraison, elle perdit les sens tous à la fois et rendit son âme à Dieu dans une tranquillité non pareille, le 21 de mars 1634, âgée de 60 ans, dont elle en avoit passé 23 dans la religion. Plusieurs personnes qui avoient connu sa vertu vinrent demander quelque chose qui lui eût servi, pour le garder par dévotion.

Dieu nous fasse la grâce de conserver les reliques de son esprit humble, religieux, dévot et tout charitable, d'entrer avec elle dans l'esprit de notre Sauveur, et de Fimiter dans sa sainte patience, pour entrer aussi avec elle dans la participation et jouissance de sa gloire. Ainsi soit-il.

VIVE JÉSUS

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