‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 32 sur 94 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Bile te pretorit det exeroioet et te dégage de la cour de France.

Le tronble et la confusion qui semblent inséparables des cours les plus saintes, ne lui ayant permis jusqu'alors de suivre une méthode particulière dans ses oraisons, ni d'y tenir Tordre qui, par un juste agencement, fait la beauté de toutes choses, elle commença de se prescrire une règle pour prier, et se proposa les sept points d'oraisons suivants, pour les sept jours de la semaine.

Le dimanche, ces paroles que Jésus-Christ disoit de soi-même : « Je suis venu au monde pour apporter la lumière, afin que, qui croit en moi, ne demeure point dans les ténèbres. »

Le lundi, les paroles que saint Jean dit de Jésus- Christ : // étoit au monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne Va point connu.

Le mardi : // est aussi difficile qu'un riche de ce monde entr^ m royaume des cieuço que de faire passer un câble

far le pertuy d'une aiguille : mais, toutefois, rien nest impossible à Dieu,

Le mercredi, cette épouvantable parole du bon Jésus : Mon royaume nest pas de ce monde; et, parlant du démon, il dit : Le prince de ce monde.

Le jeudi, la parole que Notre Seigneur disoit au Père Eternel : Je ne prie point pour le monde ^ mais pour ceux que tu m'as donnés.

Le vendredi : Maintenant est le jugement du monde, et moi, si je suis élevé de terre, je tirerai toutes choses à moi.

Le samedi, la promesse que Notre Seigneur faisoit à ses disciples, leur disant : Si vous m'aimez, mon Père mus donnera un autre consolateur pour demeurer avec tJOtts éternellement, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit et ne le connoît.

Méditant ainsi tous les jours les paroles de la vérité éternelle, son âme recevoit beaucoup de lumières des misères du monde ; en sorte qu'elle prit habitude de répéter presque constamment ce passage de Salomon : Vanité des vanités, et toutes choses sont vanité sous le soleil.

Elle avoit accoutumé de dire que si c'eût été un ermite qui eût prononcé ces paroles, on les auroit prises pour l'exagération d'un contemplatif; mais que Dieu les ayant mises en la bouche d'un des plus grands, des plus riches

et des plus paisibles de tous les rois, elles lui avoient donné une si profonde compassion pour les grands de ce monde, voyant le hasard où ils sont de leur salut, qu'elle eût voulu exhorter chacun à prier pour eux. « Ils sont, disoit-elle quelquefois, entourés d'une éclatante misère; ils descendent aux enfers sans y prendre garde, parce que leur escalier est d'or et de porphyre. Grands en ce monde, ils ne se donnent pas le loisir de considérer que bientôt ils seront très-petits ; commandant aux autres, ils présument d'eux-mêmes et vivent comme si Dieu, le ciel et les anges étoient sous leur obéissance, aussi bien que la terre et les hommes. Combien ils seront détrompés quand, dans un moment, ils se trouveront esclaves des démons, ou, si Dieu leur fait miséricorde, ils se verront devancés dans le royaume des cieux par les pauvres petites créatures qu'ils n'auroient pas jugées dignes de les approcher ni de les suivre ! »

Cette dévote fille a fait profession toute sa vie d'avoir compassion des grands ; elle disoit que c'étoit plus grande charité de prier pour eux que pour ceux qui languissent dans les hôpitaux et les prisons.

Elle célébroit les fêtes des rois, des reines, des princes et des princesses qui ont mérité d'être au catalogue des Saints, avec une révérence toute particulière. Elle disoit que rien ne doit tant humilier et encourager les chrétiens que la sainteté des grands personnages, qui ont conservé

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rhumilité au milieu de la gloire, et qui ont usé de ce monde comme n'en usant point. Elle jeûnoit la veille de leur fête, et toutes ses prières, ces jours-là, étoient pour le salut des princes.

Cette sage demoiselle vivoit ainsi dans son intérieur en vraie religieuse, au milieu de Paris et de la cour. Tant il est vrai que partout on peut être bon, que la sainteté n'est étrangère à aucun lieu, et qu'il n'y a que le mauvais usage des choses de cette vie qui les rende nuisibles au salut de nos âmes.

Dieu l'affligea par le décès de M"*® la comtesse de Saint-Trivier, qu'elle assista et servit en sa maladie, et la pleura d'un cœur de vraie fille, demeurant pourtant fort consolée que la vertueuse vie de cette dame eût fini par une mort très-chrétienne.

Après les funérailles, W^^ la duchesse de Montpensier voulut retenir M"® de Martignat. Dans la haute estime qu'elle avoit pour sa vertu et sa piété, elle lui promettoit de la garder, non comme une suivante, mais comme une personne de croyance qu'elle chérissoit beaucoup : honneur que cette sage fille refusa avec autant de modestie et d'humilité qu'elle avoit de sincère et ardent désir de se dégager de ce grand monde, disant souvent avec David : Seigneur, rompez mes liens, afin qu'avec plus de liberté je vous^ fasse un holocauste de tout moi-même!

M"*" la duchesse de Nemours lui fit les mêmes offres que M"*® la duchesse de Montpensier, et lui fit parler par son confesseur; mais elle en reçut les mêmes remerciements et protestations de son indignité. La bonne princesse ne s'en fâcha point, disant qu'elle connoissoit bien que cela ne se faisoit que par un principe de vertu ; et lui voulant laisser une mémoire de son affection, elle lui fit présent d'une petite croix de diamant, afin que tous les jours elle priât Dieu pour elle et pour ses enfants, ce que la dévote fille a exécuté jusqu'au dernier soupir de sa vie.

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