‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 36 sur 94 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Be fon noviciat et de let vertus.

Notre mère Pé , : Mc.i. à De Châtel, qui avoit été élue supérieure, mit t^xÀm la coutume de notre ordre cette dévote fille à l'essai, où elle demeura quatre mois ; après quoi, voulant traiter avec elle pour sa dot, elle et fort innocemment qu'elle avoit tout quitté par avance ei qu'elle n'avoit chose aucune, alléguant pour toute raison que le père dom Juste ne lui avoit point dit qu'il fallût une dot ; mais seulement qu'on lui avoit accordé sa place; elle fut touchée sensiblement, lorqu'elle vit que l'on n'avoit pas eu dessein de la recevoir sans dot.

Notre monastère n'étant ni achevé de bâtir, ni achevé de renter, elle pleura donc amèrement sa faute, et voyant qu'on ne laissoit pas de la recevoir, elle tira de grands désirs de bien profiter de cette charité et de se tenir bien humble le reste de ses jours dans le monastère ; et, véritablement, cette chère âme s'y donnant soi-même, y a donné un trésor de piété plus précieux que toutes les

richesses du monde. Elle prit Thabit de novice et le nom de sœur Marie-Deoise, Tonzième d'octobre de la même année 1626, âgée environ de cinquante ans.

Or, comme elle avoit fait une longue profession de dévotion dans le monde, on voulut essayer de quelle trempe étoit sa vertu : à cet effet, on la fit passer par toutes les épreuves qu'on pouvoit imaginer lui être plus sensibles,

Elle avoit une directrice de très-grande vertu, mais assez jeune d'âge, qui, dans sa ferveiir, donna toutes les atteintes dont elle pût s'aviser à la dévotion de notre bonne sœur Marie-Denise, et trouva toujours que, véritablement, son cœur étoit un or bien épuré et digne de soutenir toutes les touches. Elle se démit comme un enfant des dévotions, prières et méthodes particulières, où elle s'étoit habituée de si longtemps, se renouvelant comme l'aigle qui quitte ses plumes, quoique belles, pour en prendre d'autres, qui la fassent voler toujours plus haut. Celte vénérable novice se démettant ainsi entièrement de soi-même, se soumit absolument à la direction, rangeant de nouveau son esprit selon le directoire; et cela, gaiement, avec toutes les petites sujétions et attentions aux obéissances et menues pratiques comme une jeune fille. Nous avons vu et ouï dire à toutes les supérieures et directrices de cette chère sœur, qu'elles n'ont jamais eu autre sujet de la corriger que de trop 11 6

182 MARIE-DBlflSE DE MARTIGNAT.

prier et d'être trop avide aux pratiques des vertus, s'oubliant quelquefois de sortir promptement du chœur lorsqu'on sonnoit quelque autre exercice : c'a été toute sa vie son attention la plus pénible, que de prendre garde à cesser ses prières quand la cloche sonnoit. Elle avoit été reçue au rang des sœurs choristes, et lui étant arrivé quelquefois de manquer à quelque cérémonie du chœur et à quelque accent du latin, on lui ordonna, pour la mortifier, de se mettre au rang des sœurs associées pour trois mois; elle obéit humblement, sans dire un seul mot, quoique ce lui fût chose bien cuisante, d'être privée d'assister aux divins offices. Le temps de faire la profession étant échu parmi plusieurs affaires de nouvelles fondations et changement de directrice, on ne pensa point à lui parler de son rang de sœur associée, et elle, par un vrai anéantissement de ses propres désirs, n'en ouvrit jamais la bouche. Seulement, quelque peu de temps avant sa mort, elle confessa à sa supérieure, que tous les jours elle avoit eu à combattre et à s'anéantir sur ce sujet-là ; que, sans cette mortification journalière, la sainte religion lui auroit été trop délicieuse, et qu'enfio Dieu lui avoit fait connoître que c'étoit son mieux d'être en pénitence toute sa vie, séparée de ses propres satisfactions.

La vraie lumière de la grâce lui avoit montré que la moindre faute au service de Dieu est si considérable que

toute notre vie est bien employée à en faire pénilence. Sa supérieure lui demandant comme quoi elle n'avoit jamais parlé de cette peine, en rendant compte de son intérieur, elle lui répondit : « D'autant, ma chère Mère, qu'elle étoil anéantie dans mon âme en un moment, et que Dieu ne m'en a jamais donné la vue, lorsque j'ai parlé de mon intérieur avec mes supérieures. » Cette chère sœur étant d'un âge assez avancé et venant d'une grande table, on vouloit faire quelque attention pour son manger, pour l'accoutumer peu à peu à la frugalité et petitesse de la vie religieuse ; c'est ce qui lui fut insupportable. D'elle-même elle se réduisit non-seulement au train ordinaire, mais par delà, et au-dessus même de l'austérité commune ; de sorte qu'il falloit plus d'attention à retenir sa ferveur, qu'à exciter les plus lâches. Elle disoit de bonne grâce : « Je ne dois pas oublier ce que je suis selon le monde, et ce que je dois être selon la religion. Certes pour avoir été à la cour, et avoir suivi les grandes dames, je ne suis ni princesse, ni grande dame, et, par conséquent, il me faut traiter comme je mérite et non comme j'ai été traitée par le passé. »

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