‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 40 sur 94 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

9e ton hniniUlé el do m duurité pour let Ames du purg^atoirc.

Il arrive souvent que Page apporte de la propre estime dans Tâme, à cause de Texpérience des diverses choses ; notre bonne sœur étoit très-éloignée de ce vice. Aussi, démise d'elle-même, aussi pliable à toutes mains, aussi souple à la volonté de sa supérieure qu'un petit enfanl entre les bras de sa nourrice, si on lui commandoit de quitter toutes ses prières, toutes ses communions et toutes ses mortifications, elle s'y soumettoit sans réplique ; et, si on l'interrogeoit qu'est-ce qu'elle pensoit durant le temps de ses privations? elle répondoit qu'elle se retiroit dans son néant, et se tenoit de même que le pauvre publicain à la porte du temple de Dieu, sachant bien qu'elle étoit indigne d'approcher de ses sacrés mystères ; qu'elle trouvoit que c'étoit encore une grande douceur et miséricorde envers elle de ne point la chasser de la maison de Dieu.

Une fois, dans une rude humiliation et mortification

que Tobéissance lui avoit imposée, elle en eut le cœur lort affligé : mais, sans en parler à aucune créature, elle porta en silence ce bouquet de myrrhe, pour l'attacher à la croix de son divin Époux. A la sainte oraison, tenant un petit crucifix qu'elle portoit nuit et jour, attaché au petit chapelet des âmes du Purgatoire, elle le serroit amoureusement sur son cœur, lorsqu'elle ouït cette voix. « J'ai voulu perdre dans ma passion mon être naturel, que l'amôur m'avoit donné, et qu'il me ravit alors : maintenant veux-tu garder le tien? » Ces courtes paroles firent concevoir de grandes choses à notre bonne sœur. Elle demeura si absorbée, qu'elle n'a su si elle avoit ouï cette douce voix des oreilles du corps ou de la seule intelligence de l'esprit : « Mais d'une chose puis-je assurer, disoit-elle à sa supérieure, que c'étoit bien la voix du Bien-Aimé de nos âmes ; les effets furent un désir et une attention perpétuelle de me détruire, de m'anéantir et de me perdre absolument moi-même. »

Dès ce jour elle entreprit un exercice particulier pour mourir à soi-même en toutes choses : et, à mesure qu'elle s'alloit plus perdant de vue elle-même, le divin amour, l'éclairoit plus qu'à l'ordinaire dans les voies de Dieu. Elle sentoit une certaine vie nouvelle en soi, qui ne pouvoit plus prendre goût ni d'aliment pour sa substance, que dans cet anéantissement et cet oubli.

Elle reçut encore, depuis ce temps-là, des connoissances

plus fréquentes de la délivrance des âmes du Purgatoire par Tapplication des suffrages de la sainte Eglise, et se rendit plus soigneuse h gagner toutes les indulgences qui se pouvoient gagner chaque jour ; et, afin de n'être pas singulière à garder plusieurs médailles, elle les tenoit attachées dans le chœur à de petites tablettes de bois, avec un écrit, au bas, de Tindulgence qu'il y avoit à gagner sur chaque médaille.

Aux récréations et autres occasions où cette chère sœur avoit -congé de parler, elle excitoit souvent les sœurs à gagner les indulgences pour les âmes du Purgatoire. Tout son plaisir et toute sa récréation étoit en la piété ; ce qui étoit tellement reconnu, que qui avoit envie d'apprendre quelque oraison ou indulgence pour lésâmes dii Purgatoire, n'avoit qu'à se mettre auprès de Marie- Denise.

Elle entendoit tous les jours toutes les messes qui se disoient en notre église, priant selon l'intention de ceux qui les faisoient dire ; afin d'obtenir ce qu'ils demandoient à Dieu, par l'intercession de notre glorieux Fondateur, à qui elle avoit une intime dévotion.

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