CHAPITRE XIV
Pratique ezoellente qu'elle nommoft PHorloçe de la PastioDy el def pèlerinages qu'elle faisoit en esprit.
Environ quinze ans avant sa mort, ayant passé tout un carême à suivre nuit et jour par adoration à Jésus- Christ, le petit horloge de la passion, s'éveillant le plus souvent qu'elle pouvoit la nuit, pour honorer le mystère assigné à cette heure-là , Notre Seigneur récompensa cette attention et mortification par une très-grande grâce. Du bon matin, le jour de Pâques, son bon ange réveilla et lui dit : « Votre Rédempteur est ressuscité, louez Dieu ! » se réveillant en sursaut, elle répondit à son ange : « Votre Créateur est vivant, louez Dieu ! » Tout ce jour, la présence de ce cher gardien lui demeura, en sorte que, vraiment, elle expérimenta la faveur que les saintes femmes reçurent au jour de la sainte Résurrection, étant instruites par les anges de la gloire du Sauveur.
Ce fut alors qu'il se fit de grandes conventions entre
cette chère sœur et son saint ange : depuis ce jour-là, elle * ne manqua jamais plusieurs fois le jour de le congratuler de la grâce par laquelle il fut confirmé en la gloire qu'il avoit reçue de Dieu, au temps de la chute des mauvais anges ; à quoi cet esprit glorieux témoigna un tel plaisir que, dès lors, il eut avec cette bonne âme des familiarités tout extraordinaires.
Dès ce moment aussi, ce sqigneux protecteur ne manqua plus à réveiller à toutes les heures de la nuit, pour honorer quelque mystère divin ; en sorte qn'elle a été quinze ans sans dormir jamais une heure entière, parce que toujours, à chaque heure de la nuit, elle étoit éveillée pour faire son adoration à Dieu et rendre hommage aux mystères de notre sainte foi. Ce qu'étant fait, par une grâce très-grande, elle se rendormoit aussi doucement, tranquillement et promptement, et dormoit d'un aussi bon sommeil que si elle n'eût point été éveillée; car Dieu vouloit qu'elle pût continuer cet exercice, par le moyen duquel sa ferveur a semblé enchérir sur celle de ce saint qui disoit de soi-même 'qu'il louoît et bénissoit la divine bonté sept fois le jour, puisqu'elle adoroit et prioit son Sauveur durant les sept heures de la nuit, que la règle et la nécessité humaine ordonnent pour le repos du corps humain.
Etant ainsi bien occupée en Dieu et jour et nuit, elle ne se soucioit point de parler aux créatures, non pas
même à la supérieure, sinon une fois le mois, pour rendre compte de son intérieur. Alors elle étoit un peu diffuse et disoit quelquefois : « Ma bonne Mère, je vous fais perdre bien du temps après moi, mais vous êtes ma lumière, et si vous ne saviez tout ce que je fais, je craindrois de marcher en ténèbres. » Si sa supérieure approuvoit ce qu'elle disoit et la confirmoit en son chemin, elle faisoit un acte d'humilité; si quelquefois, pour mieux la pénétrer et exercer sa vertu, elle désapprouvoit quelque chose de ses pratiques, cette vraie humble s'en départoit sans attache et sans réplique, et disoit : « Vous voyez bien à cette heure, ma bonne Mère, le besoin que j'ai d'être dirigée. Commandez-moi et me défendez tout ce qu'il vous plaira; je ne veux que la sainte obéissance. »
La supérieure voyant marcher cette aimable fille si fidèlement et si droitement en toutes les vertus, n'avoil besoin que de la fortifier à suivre toujours les voies de Dieu, sachant bien que, pour ces âmes choisies, ce divin Ëpoux a des routes inconnues à toutes les créatures, que les demeures de la maison du Père céleste sont en grand nombre, qu'il y a divers offices en son palais, et plusieurs partages entre ses enfants ; que, si tous ne sont pas actifs en leurs dévotions, aussi tous ne sont pas passifs, et que d'aucuns sont passifs et actifs tout ensemble. C'est de ceux-ci qu'étoit notre aimable sœur Marie-Denise, mais
d'une façon qu'il seroil très-difficile d'exprimer, tant ce mélange étoit un, et tant cette union avoit de degrés de prières, de méditations, de repos, d'esprit en Dieu, d'élévation de son âme, d'attention différente, d'action, d'esprit et d'application de son intention.
Cette diversité et multiplicité aboutissoient à une seule fin qui étoit une intime union de cette chère âme avec son Dieu, et un dégagement absolu de toutes les choses basses et qui tiennent de la terre, de l'intérêt propre, ou de rimmortification.
Elle faisoit tous les jours des pèlerinages d'esprit, et avoit pour chaque jour de la semaine sa demeure assignée.
Le dimanche au ciel, devant le trône de l'Agneau ;
Le lundi à Nazareth, pour honorer la descente du Verbe éternel ;
Le mardi à Bethléem, à la naissance du Sauveur;
Le mercredi en Egypte, avec Jésus, Marie et Joseph ;
Le jeudi au Cénacle, à l'institution du saint Sacrement;
Le vendredi au Calvaire, avec le bon larron, honorant les souffrances de Jésus;
Le samedi, aux limbes et au purgatoire.
La supérieure, lisant une fois les résolutions de solitude que cette chère sœur avoit écrites, lui témoigna de rétonnement qu'elle pût faire tant d'actions d'esprit. Elle AI 7
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lui dit : (( Ma bonne Mère, si toutes nos pensées inutiles étoient comptées et mises en méthode comme nos bonnes actions et nos bonnes entreprises spirituelles, croyez que souvent notre mal seroit en plus grand nombre que notre bien : l'esprit humain est prompt, il veut toujours travailler ; nous avons grand besoin de lui donner de bonnes matières. »