CHAPITRE XVIII
Elle est conduite à PinfinneHe où elle continue set ezeroioes et tes oraisons Jusqaes à sa mort; dévotion rare à saint Joseph.
Les effroyables souffrances de notre chère sœur obligèrent la supérieure de lui ordonner de ne monter plas au dortoir, mais de quitter sa cellule pour couchera l'infirmerie, d'où elle pouvoit aller de plein pied daiis\e chœur, faire ses dévotions devant le saint Sacrement.
Elle se soumit, demandant seulement licence de prendre son livre de lectures et quelques petits mémoires de dévotion, qui étoient tout son trésor. Elle alla donc faire ses adieux à cette bien aimée cellule ; baisant la terre, les murailles, et les images qu'elle y laissoit, remerciant à genoux Notre Seigneur des bontés qu'il avoit daigné exercer sur elle en ce petit séjour, d'où elle descendit à l'infirmerie, s'y présentant comme une pauvre bien modeste et bien humble se présenteroit à la porte d'un charitable hôpital. Elle y entra dans cet esprit pour obéir, et ne s'y dispensa d'aucun de ses exercices religieux. Au
contraire, elle augmenta sa mortification et son assiduité à la prière, en telle sorte que, si les infirmières n'eussent eu le soin d'aller dans le chœur l'appeler, elleyauroit passé le jour sans boire ni manger.
Son enflure la rendit si pesante qu'il lui falloit beaucoup de temps pour s'habiller ; pour récompenser ce temps-là, elle obtint de sa supérieure et de son infirmière, qu'elle appeloit sa seconde Mère, de ne dîner qu'à la seconde table, demeurant à genoux nonobstant son mal, devant le saint Sacrement, jusques environ le midi, que l'infirmière alloit la quérir, lui témoignant beaucoup de peine qu'elle jeûnât si tard : « chère sœur, lui répondit-elle, que c'est un grand déjeuner, que la consolation de pouvoir adorer le pain des anges et d'en savourer du moins en esprit la douceur! »
Quelque douleur et quelque inquiétude qu'elle eût souffertes toute la nuit, jamais, jusqu'au jour de son bienheureux décès, elle n'a manqué de se lever le matin pour aller communier dans le chœur. Quelquefois, avant l'oraison, l'infirmière la trouvoit dès quatre heures du matin, qu'elle commençoit à se lever pour être prête à la messe de la communauté, sur les neuf heures; et cela avec une telle violence, que la supérieure, ayant pitié d'une mortification si extraordinaire, lui dit : « Ma bonne sœur Marie-Denise, pourquoi vous levez-vous ?» — « Ha, ma chère Mère, répondit cette fervente fille, il faut atten-
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dre que nous soyons roide et froide dans le tombeau, pour ne s'efforcer pas d'aller trouver notre bon Jéstis au très -saint Sacrement. » Quelquefois elle lui disoit : « Ma chère Mère, 1 ame de mon pauvre prince me sollicite à me lever, et ne me donne point de repos, sinon lorsque je prie, ou lorsque Je souffre. » La supérieure lui disant qu'elle pouvoit et prier et souffrir dans le lit, sans se faire ces extrêmes violences : « Je vous confesse, répondit-elle, qu'il est vrai : mais il me semble que la pensée de la sainte communion doit me donner des ailes. Quand je veux me lever, je me trouve lourde et pesante ; mais je ne m'en étonne point. Je sais que je porte un grand fardeau pour mon pauvre prince. »
Le jour de saint Jérôme, que Monseigneur de Genève nous fit la grâce de sacrer notre église, notre grand autel et nos six chapelles, notre vénérable sœur Marie-Denise, sachant que la Supérieure avoit dévotion d'en dédier une à saint Joseph, elle vint la trouver et la pria à mains jointes que ce fût à saint Joseph mourant entre les bras du doux Jésus et de la sacrée Vierge, et lui dit : « Ma bonne Mère, Dieu m'a fait connoitre que, par cette dévotion à saint Joseph mourant, sa bonté vouloit faire beaucoup de grâces aux personnes agonisantes,et que comme saint Joseph n'alla pas au ciel incontinent, Jésus-Christ ne l'ayant point encore ouvert, mais qu'il descendit aux Limbes, s'est une dévotion très-efficace pour les agoni-
sants et pour les âmes du purgatoire, d'offrir à Dieu la résignation du grand saint Joseph mourant, et laissant Jésus et Marie en cç monde ; et d'honorer la sainte patience de ce grand Saint en son attente tranquille dans les Limbes, jusqu'au jour de Pàque, que Jésus-Christ glorieux et ressuscité l'en retira.
La chapelle fut dédiée et Tautel consacré selon la pieuse inclination de cette chère sœur, qui, regardant consumer les croix de cire sur cet autel, fut saisie d'un sentiment de la présence de la divine Majesté qui absorba ses travaux intérieurs, et la remit dans sa tranquillité et dans sa paix accoutumées ; mais avec des ardeurs si extraordinaires de prier pour l'âme du prince défunt, qu'elle vint dire à la Supérieure : « Ma chère Mère, je crois certainement que Notre Seigneur veut que sa justice purifiante et vengeresse fasse un peu de place à sa miséricorde. »