‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 5 sur 94 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De plusieurs vertus qu'elle pratiqua.

Si la simplicité est comme la source d'une infinité d'attributs et de perfections en Dieu, elle Ta été en cette bonne sœur d'un grand nombre de vertus.

La première vertu qu'on a remarquée en elle, après sa simplicité, est celle que le Fils dje Dieu nomme la première béatitude, c'est-k-dire l'amour de la pauvreté. Notre digne Mère a écrit que, sans la crainte qu'elle eut de contrevenir aux documents du serviteur de Dieu notre vénérable Père, incessamment elle eût importuné les officières pour avoir les moindres habits, les lits les plus usés, et, pour le vivre, ce qui étoit le plus mal apprêté, et qu'elle eût désiré le même pour tout autre chose.

Si elle parloit à des prétendantes, c'étoit pour les exhorter, tout en premier lieu, de loger toute leur confiance en la protection de la sainte Vierge , et leur alléguoit son exemple. « Je n'étois, leurdisoit-elle, qu'une

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pauvre et lourde paysanne, que Ton ne vouloit pas recevoir et qui aussi n'en étois pas digne ; et cependant, parce que je mis toute mon espérance en la Vierge sacrée, elle a changé l'esprit de notre Mère et de nos chères sœurs, qui ont fermé les yeux à mes défauts et m'ont fait la grâce de m'admettre. »

Toutes les fois qu'elle faisoit quelque petit conte en récréation, à quoi elle avoit fort bonne grâce, elle ajoutoit toujours quelque trait de son origine et des viles occupations qu'elle avoit au monde ; et, quoiqu'elle travaillât sans relâche, elle protestoit toujours qu'elle ne gagnoit pas l'eau qu'elle buvoit, et que, si elle eût été chez ses parents, elle voyoit bien qu'elle eût été contrainte de demander l'aumône.

Lorsqu'elle faisoit l'office de dépensière, elleajustoit si à propos toutes choses qu'il lui restoit toujours de quoi donner aux pauvres, et elle sollicitoit toujours les sœurs portières de n'en renvoyer aucun sans leur avoir donné l'aumône, parce qu'elle se tenoit assurée de trouver toujours de quoi leur faire la charité. Pour cet effet, elle ménageoit tous les petits coins et recoins de son jardin, en telle sorte que rien n'y paroissoit jamais vide, afin d'avoir des herbages en plus grande abondance, pour en assister les pauvres ; ne laissant perdre non plus un seul moment de temps, et ayant coutume de dire que la perte du temps étoit contre la pauvreté en toutes

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les religieuses, et que pour son particulier, ce seroit un larcin qu'elle feroit au monastère et aux pauvres.

Les deux vertus qui la regardoient elle-même et le prochain étoient accompagnées d'une pure dévotion qui regarde le culte de Dieu et la révérence qui est due à toutes les choses saintes. C'étoit une âme vraiment dévote, écrit notre digne Mère, qui avoit une familiarité avec Dieu, traitant simplement et amoureusement avec sa Majesté, comme une fille avec son père ; lui faisant fréquemment cette prière : « Mon Dieu, quand je m'éloignerai de vous, en quelque lieu que ce soit, reprenez-moi entre vos bras, comme un bon père fait sa fille ; car vous savez bien que je vous aime de tout mon cœur et que je ne veux jamais changer ni aimer autre que vous. »

Sa parfaite confiance en la protection de la Sainte Vierge augmenta toujours, et, pour lui témoigner ses reconnoissances, elle prenoit plaisir de lui offrir des fleurs de son jardin et d'en orner ses images, surtout les jours de fêtes, auquel temps elle redoubloit ses ferveurs, et elle recevoit des vues toutes particulières des excellences de Marie, principalement k la fête de la Nativité. Elle exhortoit toutes les sœurs à la célébrer avec plus de révérence, leur disant : « Voyez-vous, mes sœurs, lorsque les princesses du monde font célébrer le jour de leur naissance, elles ont coutume de faire de grands

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présents, et de laisser des marques de leur magnificence : que ne devons-nous donc espérer delà Sainte Vierge, qui est la surintendante et la dispensatrice de tous les trésors et de toutes les grâces du ciel, si nous célébrons dignement sa naissance? »

Elle faisoit le même en toutes les autres solennités de la Sainte Vierge, ayant toujours quelques nouvelles réflexions pour enflammer les sœurs à son saint amour.

Comme elle étoit extrêmement simple et naïve, elle ne faisoit nulle difficulté de raconter ses pratiques, ses pensées et ses réflexions. Quelquefois notre vénérable Fondateur, qui Taimoit particulièrement, prenoit de la consolation de s'entretenir avec elle. Un jour elle lui dit avec sa candeur ordinaire : « Monseigneur, si vous étiez « religieuse parmi nous, comment feriez-vous pour être (( bientôt parfaite? » Il lui répondit, se prenant doucement à sourire : « Il me semble qu'avec la grâce de Dieu « je me tiendrois si attentive à pratiquer les petites « et menues observances qui sont introduites céans, que « par ce moyen je tâcherois de gagner le cœur de Dieu. « Je garderois bien le silence, et je parlerois aussi quel- « quefois, même au temps du silence, je veux dire tou- « jours, quand la charité le requerroit, mais non jamais « autrement. Je parlerois bien doucement et y ferois une « attention particulière, parce que la constitution Tor- « donne. Je fermerois et ouvriroisles portes bien douce-

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(( ment, parce que notre Mère lèvent, et nous voulons

« bien faire tout ce que nous savons qu'elle veut que

« Ton fasse.

« Je porterois la vue bien basse et marcherois fort

« doucement ; car, ma chère fille. Dieu et ses anges

« nous regardent toujours, et aiment extrêmement ceux

« qui font bien. Si Ton m'employoit à quelque chose, ou

« que Ton. me donnât une charge, je Taimerois bien et

« tâcherois de faire tout à propos. Si Ton ne m'employoit

« à rien, et que Ton me laissât là, je ne me mêlerois de

« choses quelconques que de bien faire Tobéissance et

« bien aimer Notre Seigneur. Oh ! il me semble que je

« Taimerois de tout mon cœur, ce bon Dieu, et que

« j'appliquerois bien mon esprit à bien observer les

« règles et constitutions ! ma fille ! il faut bien faire, le

« mieux que nous pourrons ; car n'est-il pas vrai que

« nous nous sommes faites religieuses pour cela, nous

(( deux? Je suis certes bien aise qu'il y ait une sœur

« céans, qui veuille être religieuse pour moi ; mais j'aime

« bien que ce soit ma sœur Claude-Simplicienne, car

« je l'aime bien. Or, faisons donc le mieux que nous

« pouvons, rien ne nous doit empêcher de bien faire ce

(( qui est marqué. dans nos constitutions, car nous le

« trouvons avec la grâce de Dieu ; mais il ne nous faut

« pas étonner de nos fautes; car que pouvons-nous sans

« l'aide du bon Dieu? rien du tout. 11 m'est encore avis

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(( que je serois bien joyeux et que je ne m'empresserois « jamais : cela, Dieu merci, je le fais déjà; car jamais « je ne m'empresse. Je me tiendrois bien bas et petit, « je m'humilierois et ferois les pratiques selon les ren- « contres, et, si je ne m'étois pas humilié, je m'humilie- « rois au moins de ce que je ne me serois pas humilié. « Je tâcherois le mieux qu'il me seroit possible de me « tenir en la présence de Dieu et de faire toutes mes « actions pour son amour ; car, ma fille, on nous apprend « céans à faire ainsi : et qu'avons-nous à faire que cela (S en ce monde? rien du tout. Nous savons tout ce qui « est requis, si nous savons cela. Et, à cette heure, il « nous faut quitter nous-mêmes ; commençons tout de (( bon, Dieu nous aidera. Si nous avons bon courage, « nous ferons beaucoup, Dieu aidant.

« Mais savez-vous encore, ma fille Simplicienne? « J'espère que je laisserois bien faire de moi tout ce que « Ton voudroit, et je lirois souvent les chapitres de Thu- « milité et de la modestie dans nos constitutions. ma « chère fille, il les faut bien lire !

Voilà les propres paroles de ce petit entretien, lequel, dit notre digne Mère, contient en substance un abrégé de presque toutes les perfections que notre institut requiert de nous. Cette chère sœur Tavoit écrit et toujours devant ses yeux.

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