‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 63 sur 94 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la mort préoieute de m maltreife et de* instantei rechercha que fon maiire hii fit pour l'épouier, oe qui l'obligea de sortir de Genève.

Trois jours après cette insigne faveur, cette bonne agonisante, munie des sacrements, mourut d'une mort trèsr pieuse et catholique : elle pria même sa fidèle servante de faire dire plusieurs messes pour le salut de son âme, et lui laissa de l'argent pour la nourriture du prêtre qui offriroit le sacrifice en son intention : elle fit encore une action qui Montra également la haute estime qu'elle avoit de la vertu de notre sœur Jacqueline et la reconnoissance de ses services ; mais certes l'honneur qu'elle lui procuroit lui excita un orage qui troubla extraordinairement le calme dont elle avoit joui jusqu'alors et qui lui donna bien de l'inquiétude.

Avant que de mourir, elle conjura son mari par toute leur amitié passée, si son souvenir lui étoit cher et ses prières considérables, qu'après sa mort il voulût épouser Jacqueline, l'assurant que, bien qu'elle ne fût pas de sa

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qualité, il n'en pourroit jamais trouver une plus digne de lui : que sa vertu suppléoit au désavantage de sa naissance, et qu'elle recevroit une très-grande consolation de voir en sa place cette fille si sage et qui leur avoit été si fidèle.

L'espérance de cette bonne hôtesse étoit que Jacqueline, par ses exemples et par la sagesse qu'elle avoit reçue de Dieu, lorsqu'elle auroit pris l'empire que l'amour conjugal donne à une honnête femme sur le cœur de son mari, elle le gagneroit et le coïivertiroit à la foi catholique, apostolique et romaine, de même qu'elle y atoit été rappelée elle-même.

C'étoit bien de l'honneur, selon le monde, à cette fille de tenir la place de sa maîtresse; mais elle ne pouvoit souffrir devant Dieu une plus sensible mortification, dans le dessein qu'elle avoit de conserver sa virginité perpétuelle. Le maître, qui avoit chèrement aimé sa première femme, pour témoigner qu'il honoroit ses recommandations, et considérant d'ailleurs que, tenant un grand logis dans Genève, cette fille lui étoit très-utile, et qu'il lui étoit plus avantageux pour soutenir ses affaires et le tracas du logis, qu'elle entendoit parfaitement, de l'épouser, quoique pauvre, que d'en rechercher une autre plus riche, qui, par défaut d'intelligence, ruineroit peut-être sa maison, résolut de suivre ce conseil, et fit de très-vives instances à notre sœur Jacqueline. Il lui offroit tous les

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avantages qu'elle pourroit souhaiter par son contrat de mariage, et de lui reconnoître une dot considérable, pour lui laisser de quoi vivre honorablement en cas qu'il mourût le premier.

Comme il connoissoit la fermeté de son cœur pour la religion catholique, et que nulle espérance ni promesse ne pourroit ébranler sa constance, il lui promit qu'il lui laisseroit la même liberté pour les exercices de la religion, étant sa femme, doat elle avait joui étant sa servante. II attesta la fidélité qu'il lui avoit témoignée jusqu'alors, touchant ce point, pour l'assurer de l'exactitude qu'il auroit à l'observer lorsqu'elle lui seroit unie par un lien plus étroit, se faisant fort d'en obtenir la permission de la Seigneurie de Genève, dont la politique n'en seroit jamais troublée.

Ces promesses auroient ébloui une âme moins détachée du monde et moins fortement attachée à Dieu ; mais notre sœur Jacqueline avoit conservé jusqu'alors sa virginité comme un beau lis et désiroit la garder toute sa vie. Considérant les périls où elle seroit exposée pour la foi, engagée par un lien indissoluble dans Genève, et que les ministres et les gouverneurs, qui ne veulent souffrir dans leur ville aucun habitant qui ne fasse profession publique de leur malheureuse secte, ne la voyant point paroître dans leur prêche ; ni faire leur cène, ni les autres exercices de leur religion imaginaire, voudroient sans

doute la contraindre d'apostasier, quelque soin que son maître pût apporter à tenir fidèlement sa promesse, elle le remercia très-affectueusement de l'honneur qu'il lui faisoit. « Une pauvre villsigeoise, lui dit-elle, sans biens, sans parents et sans amis, n'est pas digne de votre alliance ; et, d'ailleurs, révérant comme je fais la mémoire de ma bonne défunte maîtresse, je n'aurai jamais la pensée ni la vanité de tenir sa place. »

Cette réponse respectueuse, au lieu: de rebuter les recherches du maître, le rendit plus: ardent en sa poursuite. Il la pressa continuellement et livra de si violents assauts à son esprit, qu'ils l'obligèrent, pour s'éloigner du péril, de lui demander plusieurs fois son congé, sans pouvoir néanmoins l'obtenir ; car le maître espéroit la vaincre par sa persévérance et par l'offre continuée de ses sincères services. La bonne Jacqueline ayant connu son dessein, mit toutes les affaires de la maison au meilleur état qu'elle put, et, une matinée, feignant d'aller seulement pour entendre la messe à son ordinaire dans l'église parochiale d'Annemasse, quitta pour jamais la ville de Genève et se retira dans la maison de M. de Monthouz, dudit lieu d'Annemasse, auquel elle raconta le sujet de sa retraite, lui demandant sa protecfion. Pour lui témoigner que son récit étoit véritable et que sa sortie n'étoit point une fuite honteuse, qui pût lui causer le reproche d'avoir donné refuge à une crimindle, elle pria une personne n 10

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d'Annemasse d'aller trouver son maître de sa part et lui déclarer le sujet de sa retraite ; mais que, pour lui prouver qu'elle aimoit mieux mourir que de lui faire tort, si quelque chose sur le maniement de tout ce qui avoit été confié à sa<^nduite dans sa maison y manquoit, elle le prioit<ie le lui faire savoir, et qu'elle ne sortiroit point de la maison de M. de Monthouz qu'elle n'eût tâché de satisfaire.

11 fut vivement toucha' '; /ctte nouvelle, et, tout sur l'heure, vint trouver Jacqueline, non pour lui adresser aucun reproche sur sa conduite passée, mais pour lui faire de grosses plaintes de son éloignement et du mépris qu'elle témoignoit de son amitié. Il fut même sur le point de se faire catholique pour obtenir d'elle le consentement qu'il lui demandoit avec larmes, et cette proposition embarrassa un peu l'esprit de notre sœur. Elle répondit que, pour donner un dernier mot, elle demandoit le temps de consulter l'avis de son angélique directeur, assurant que, s'il le vouloit, en vue de gagner une âme à Dieu, elle s'y dévoueroit, quoique toute sa vie elle eût ressenti de trtegrandes répugnances pour le mariage. Mais l'attachement que cet homme avoit à ses biens temporels, qu'il n'eût pu maintenir dans Genève étant catholique, et la difficulté de les vendre pour en sortir, prévalant dans son esprit, étouffèrent cette sainte et salutaire pensée. Notre bonne sœur, regrettant la perte d'un maître qoi

lui avoit rendu des témoignages si visibles de son estime et de son affection, et l'ayant conjuré de ne perdre point les biens éternels pour la foible considération de ceux qui passent et qui sont le jouet de la fortune, bénit la miséricorde de Notre-Seigneur qui la dégageoit des pièges (le cette Babylone.

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